Promenons-nous dans l’espace – Tome 2

La rentrée dernière avait été l’occasion de découvrir un tout nouveau manga, aussi touchant qu’éclairant, sur les difficultés rencontrées par tous ceux incapables de rentrer dans le carcan imposé par la société. Ce manga, c’était Promenons-nous dans l’espace, écrit et dessiné par Inuhiko Doronoda. Après un premier tome qui nous avait enthousiasmés, Promenons-nous dans l’espace tome 2 s’est glissé dans les rayons des libraires le 21 janvier 2026. La mangaka dézoome un peu des personnages de Kobayashi et d’Uno et de leurs difficultés pour enrichir son récit avec toute une galerie de protagonistes ayant chacun leurs faiblesses et leurs astuces pour avancer dans la vie. De quoi nous rendre on ne peut plus curieux de découvrir la suite de l’histoire de cette amitié décidément pas comme les autres.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Héros atypiques

Ensemble, nous irons plus loin.

En difficulté scolaire depuis des années, Yamato Kobayashi se donne des airs de mauvais garçon et enchaîne les petits boulots en dehors des heures de cours, sans jamais tenir sur la durée.

Jusqu’au jour où Keisuke Uno est transféré dans sa classe…

Pris de panique lorsqu’on lui parle avec trop d’insistance, incapable de faire plusieurs choses à la fois, ce lycéen pas comme les autres peine à gérer les aspects les plus “normaux” de la vie quotidienne, mais il s’accroche grâce à une multitude d’astuces qui lui permettent d’avancer.

Kobayashi, qui se reconnaît en Uno, tente alors de changer, lui aussi…

Glénat

Promenons-nous dans l’espace nous décrit la vie quotidienne de Yamato Kobayashi, un lycéen affublé de l’étiquette de mauvais garçon, séchant les cours et incapable d’être stable dans les petits boulots qu’il collectionne. Alors qu’il accepte, de guerre lasse, d’être catalogué comme tel, faute de savoir comment changer le regard des autres sur lui, il fait un beau jour la rencontre de Keisuke Uno. Cet élève transféré, à la logique particulière et aux difficultés bien réelles pour évoluer dans sa vie quotidienne, a mis en place nombre de stratégies pour progresser malgré tout.

Devant les efforts constants de ce petit nouveau pour s’adapter, Kobayashi commence à se demander s’il est réellement une cause perdue et si, lui aussi, à force d’efforts, ne pourrait pas changer sa vie. Entre les deux garçons débute alors une amitié qui va les amener à se dépasser l’un l’autre pour devenir enfin une meilleure version d’eux-mêmes. Cependant, le chemin est semé d’embûches pour Kobayashi, qui rencontre des difficultés pour effectuer certaines tâches à son travail, où il n’est pas vraiment aidé par des collègues aux préjugés bien ancrés à son sujet.

Après avoir réussi à leur faire comprendre qu’il est différent de ce à quoi ils s’attendaient, Yamato commence à se faire une place au sein de la boutique. C’est alors qu’Uno, passionné par l’espace, décide de s’inscrire au club d’astronomie. Malheureusement, celui-ci est sur le point de fermer faute de membres, et seules deux inscriptions supplémentaires pourraient lui permettre de poursuivre ses activités. Qu’à cela ne tienne, afin de soutenir son ami, Yamato décide de s’inscrire également malgré sa totale méconnaissance du sujet.

Mental aux fraises

En difficulté scolaire depuis des années, Yamato Kobayashi se donne des airs de mauvais garçon et enchaîne les petits boulots en dehors des heures de cours, sans jamais tenir sur la durée. Son amitié naissante avec Keisuke Uno, un lycéen pas comme les autres, l’encourage peu à peu à affronter ses problèmes. Kobayashi souhaite participer aux activités estivales du club d’astronomie, auquel il vient de s’inscrire avec Uno, mais un obstacle de taille menace de l’en empêcher : tout dépendra de ses résultats aux examens de fin de trimestre ! N’ayant pas étudié depuis des années, il ne parvient pas à se concentrer. L’intervention d’un sauveur inattendu va cependant changer la donne ! De son côté, Uno peine à s’adapter à son nouveau rythme de vie…

Glénat 

Désormais membres à part entière du club d’astronomie, depuis la fin du premier tome de Promenons-nous dans l’espace, Kobayashi et Uno voient avec enthousiasme arriver le jour de leur première soirée d’observation des étoiles. En compagnie du responsable du club et du professeur qui le chapeaute, les deux nouvelles recrues se plongent dans l’immensité de l’espace, l’occasion pour chacun d’appréhender sa place dans l’univers et de se lancer dans une réflexion intime et personnelle. Ayant apprécié sa virée nocturne, Kobayashi est impatient de se rendre au planétarium pendant les vacances.

C’est donc avec horreur qu’il apprend que s’il n’obtient pas la moyenne à ses examens de fin de trimestre, il écopera de cours de rattrapage, l’obligeant à manquer la sortie du club. Pire encore, sécher les épreuves lui interdirait à jamais la participation aux activités extrascolaires. Un challenge de taille pour le lycéen, en échec scolaire depuis de nombreuses années déjà. Cependant, motivé par Uno qui révise d’arrache-pied, Kobayashi se lance lui aussi à corps perdu dans les révisions. Mais la tâche s’annonce pour le moins complexe pour l’étudiant qui, n’ayant aucune méthode de travail, patauge pour assimiler les connaissances.

Après avoir déserté l’environnement trop calme de la bibliothèque scolaire pour celui, plus confortable, de la boutique de donuts Mochi-D, les deux adolescents se mettent au travail. Alors qu’Uno reste concentré, Yamato, lui, se retrouve submergé et commence à baisser les bras. C’est alors que surgit Naoki Yamada, le supérieur de Kobayashi à son petit boulot, qui accepte d’aider l’adolescent. Soutenu pour la première fois, Yamato décide de se donner à fond pour réussir ses examens… ou du moins limiter la catastrophe.

Lisez un extrait de Promenons-nous dans l’espace – Tome 2 ici !

Uno-centrisme

Tandis que le premier tome de Promenons-nous dans l’espace était quasiment centré sur les difficultés de Kobayashi, Inuhiko Doronoda décide désormais d’ouvrir son intrigue à d’autres protagonistes, à commencer par Uno. Si l’adolescent agissait comme un moteur pour Kobayashi, ses difficultés et sa façon de les résoudre laissant penser qu’il s’en sortait plutôt bien, la mangaka le place cette fois face à une problématique inédite, pour laquelle il n’a guère de solution. J’ai trouvé assez malin, de la part de l’autrice, d’introduire des personnages variés, chacun doté d’une spécificité propre, comme pour rappeler que, finalement, aucun d’entre nous n’est réellement taillé pour le moule que la société tente de nous imposer.

Entre l’asocial Mikawa du club d’astronomie, Monsieur Yamada, l’ex-professeur traumatisé, ou encore Mochizuki, le collègue psychorigide, il y en a pour tous les profils. Chaque lecteur peut ainsi s’identifier, ce qui renforce le lien avec les personnages de Promenons-nous dans l’espace. Je le répète souvent : en ce qui me concerne, l’emprise d’une intrigue et sa capacité à me happer dans la lecture dépendent avant tout de ma faculté à m’y projeter et à y trouver un écho à mon propre vécu. Récemment, j’ai ressenti cela avec Idol Escape et Mon Adolescence Explosive , dont les questionnements sur la parentalité m’ont renvoyée à mes propres réactions de mère. Dans un autre registre, La Romancière et le Mercenaire  m’avait envoûtée grâce à sa réflexion sur le pouvoir des mots et leur usage par un écrivain.

Même si aucun des personnages ne nous correspond totalement, les interrogations de Kobayashi et des autres permettent malgré tout de trouver des résonances avec nos propres problématiques. Par exemple, je me situerais quelque part entre Uno et Mochizuki : sociable en apparence, mais avec un besoin régulier d’isolement que je réprime parfois par crainte du rejet. À cela s’ajoute une tendance, lorsque je forme quelqu’un, à exiger que les choses soient faites exactement comme je les ferais moi-même. Et une fois qu’une méthode m’a été inculquée, j’ai énormément de mal à la voir évoluer, ce qui peut me déstabiliser, voire me rendre plus sèche que je ne le voudrais.

En somme, la grande force de l’autrice réside dans sa capacité à fédérer les lecteurs autour de son duo central tout en proposant des figures suffisamment nuancées pour parler à chacun. Une qualité qui se confirme avec ce tome 2 de Promenons-nous dans l’espace et que l’on espère voir s’ancrer définitivement avec le tome 3 du manga, prévu pour le 20 mai 2026.

Pour conclure…

Ce deuxième tome de Promenons-nous dans l’espace ne se contente pas de poursuivre l’évolution de Kobayashi et d’Uno : il élargit le regard. Là où le premier volume explorait surtout la difficulté d’exister quand on ne correspond pas aux attentes, ce tome 2 montre que personne n’est parfaitement armé face aux normes imposées. Chacun compose, chacun tâtonne, chacun invente ses propres stratégies pour tenir debout. C’est sans doute là que réside la grande réussite d’Inuhiko Doronoda : proposer des personnages imparfaits, tantôt maladroits, tantôt rigides, mais toujours profondément humains. Des figures dans lesquelles on peut se reconnaître, même partiellement. Car si nous ne sommes jamais exactement Kobayashi, Uno ou Mikawa, il y a toujours en nous un fragment de leurs hésitations, de leurs peurs ou de leurs aspirations. Et c’est précisément cette capacité à faire écho à notre propre vécu qui rend la lecture si engageante. Promenons-nous dans l’espace ne parle pas seulement d’astronomie ou de réussite scolaire, il parle d’adaptation, de regard des autres, de peur de décevoir, de besoin d’isolement ou de contrôle. En somme, il parle de nous. Un tome 2 plus choral, plus nuancé, qui confirme la finesse d’écriture de la mangaka et qui donne envie de poursuivre l’aventure avec le tome 3, d’ores et déjà annoncé pour une parution le 20 mai 2026.

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