Pour le pire – Tome 11

On le savait depuis la publication japonaise du onzième tome de Pour le pire le 28 septembre 2023, la série de Taro Nogizaka a trouvé sa conclusion avec un tome 12 paru le 29 mars 2024. Alors qu’une adaptation live du manga semble se préciser, la version française toujours éditée par Glénat atteint donc l’avant-dernier volume de l’histoire entre Arata et Shinju qui nous a tenu en haleine depuis plus de trois ans. Et les révélations ainsi que les coups de théâtre sont de mise avant que le mangaka ne nous livre l’épilogue de ce mariage aussi improbable qu’empoisonné entre une tueuse en série et un travailleur social. Paru le 4 septembre 2024 en librairie, Pour le pire tome 11 est loin de nous décevoir.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Entente bancale

Le clown de Shinagawa avait défrayé la chronique lors de son arrestation : cette tueuse en série corpulente, déguisée en clown, avait découpé et caché les corps de ses victimes… Pour aider l’enfant d’une victime à retrouver la tête de son père, Arata Natsume, assistant social, va la rencontrer. Mais contre toute attente, une frêle et fragile jeune fille arrive en face de lui. Est-elle vraiment un monstre sanguinaire ? Pour le savoir, Arata va devoir se livrer à un jeu dangereux en se prétendant amoureux d’elle… Une héroïne serial killer, mythomane, psychopathe mais néanmoins sensible et attendrissante… Comme Arata, vous succomberez vite aux charmes venimeux de cette héroïne hors du commun, et suivrez avec intérêt cette enquête qui n’est pas sans rappeler Mindhunter. Et comme toujours, les traits de Nogizaka sculptent avec réalisme toute la beauté et la noirceur de l’âme humaine !

Glénat

Dans Pour le pire, tout commence avec un meurtre, ou plutôt trois meurtres pour être précis. Après avoir tué et mis en pièces trois hommes, Shinju Shinagawa est arrêtée en flagrant délit alors qu’elle porte un maquillage de clown. La tueuse obèse est très vite surnommée “le clown de Shinagawa”, l’affaire est médiatisée alors que la tueuse se mure dans le silence et est condamnée à la peine capitale. Quelque temps plus tard, Arata Natsume, un travailleur social, est contacté par la famille de l’une des victimes, dont la tête n’a toujours pas été retrouvée.

Il apprend alors que le jeune Takuto, dont il s’est un peu occupé par le passé, s’est lancé dans une relation par lettres interposées avec Shinagawa, afin de lui faire avouer où se trouve le crâne de son père, en se faisant passer pour Arata. Mais la détenue refuse de continuer l’échange à moins de le rencontrer. Mis au pied du mur, le trentenaire accepte de leur venir en aide et se rend au centre de détention pour y rencontrer Shinju. Ce n’est cependant pas la tueuse en série obèse et attardée qui se présente devant lui, mais une jeune fille frêle, à l’intelligence aiguisée et à l’esprit machiavélique.

Après quelques mots, Shinju fait demi-tour pour mettre fin à l’entretien, quand Arata paniqué lui déclare être amoureux d’elle. Commence alors un jeu de mensonge qui amène le couple à se marier réellement, alors que le procès de Shinju est rouvert en appel et que cette dernière accepte enfin de parler. De découvertes en demies vérités, Arata apprend à connaître sa femme et fini par l’aider à s’échapper à la faveur d’un vice de procédure. Cependant, ils savent pertinemment que la parenthèse de liberté n’est que temporaire et qu’ils ne possèdent qu’une seule solution pour qu’elle dure… pour l’éternité.

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Les Noces Funestes

Arata Natsume, employé aux services d’aide à l’enfance, la trentaine et célibataire, prend contact avec Shinju Shinagawa. Cette détenue de 21 ans est condamnée à mort pour le meurtre de trois hommes, parmi lesquels le père d’un enfant dont il a la charge. Au cours de leurs entrevues au parloir, Arata demande Shinju en mariage et ce coup de bluff les conduit de fil en aiguille à se marier pour de vrai. Qui plus est, sa condamnation à mort est annulée grâce à Arata. Tous deux profitent alors de son transfert au pénitencier pour s’enfuir ensemble. Mais tandis que les révélations s’enchaînent sur le passé de Shinju, Arata lui propose de mourir avec elle…

Glénat

Tandis qu’Arata a fini par découvrir où Shinju a caché la tête du père de Takuto dans le tome 9 de Pour le pire, il sait que son escapade avec son épouse touche à sa fin et il lui propose de mourir ensemble à la fin du tome 10. Une fois sa décision prise, le jeune homme décide de permettre à Shinju de rencontrer les personnes qui lui sont proches, ce qui se réduit à sa belle-mère : Ayako. Une fois les deux femmes présentées, Arata tente de mettre vite fin à l’entretien, mais sa mère ne l’entend pas de cette oreille et compte bien avoir une discussion à cœur ouvert avec sa bru.

Désireuse de connaître les véritables sentiments de la criminelle pour son fils, ainsi que leurs projets pour la suite, Ayako tente de sonder l’esprit de Shinju dans un face-à-face ou le moindre faux pas pourrait lui coûter la vérité. Ayant fini par mettre fin à l’entretien, Arata repart en voiture avec Shinju, mais alors que la police les prend en chasse, l’évadée réalise enfin ce que son mari cherchait à lui cacher, ses véritables sentiments pour le premier homme qu’elle a tué. Mais ses réflexions sont interrompues par le terre-plein central qui surgit brutalement devant la voiture du couple…

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Ange déçu

Maintenant que nous sommes presque à la fin de Pour le pire, je m’aperçois à quel point la série a évolué depuis ses débuts, sans pour autant que je m’en sois rendu compte. Des séries avec des couples atypiques, il en existe pas mal, que ce soit dans Love of Kill ou même dans Badducks pour ne citer qu’eux. Pour autant, l’intelligence de Taro Nogizaka dans la construction de son intrigue confine au génie, pour avoir réussi à nous faire passer insidieusement d’un jeu de dupe à une histoire ou les sentiments découverts sont véritables. Le duel entre Arata et Shinju a pris fin, au moment où il est venu chercher son épouse pour lui permettre quelques jours de liberté.

Devant les révélations qu’elle lui a faites et la vérité qu’elle lui a dévoilée, Arata a basculé et s’est mis à aimer cette fille qui n’a été mis au monde que comme substitut. J’avoue ne pas avoir compris à quel moment le point de bascule a été atteint, mais c’est en cela que le mangaka est excellent, arrivant à nous faire accepter cet état de fait sans que cela ne nous étonne plus que ça. Pire encore, j’ai fini par me rendre compte que, à l’instar de l’éducateur, j’avais fini par éprouver de la peine pour la vie de Shinju, mes sentiments ayant évolué en parallèle de ceux d’Arata. Certes, comme il est le narrateur de l’histoire, nous n’avons accès qu’à ses pensées et, quelques fois, à celles de personnages côtoyant le couple.

Mais en ce qui concerne la tueuse en série, ses pensées demeurent toujours aussi inaccessibles, et tout ce à quoi nous pouvons nous raccrocher son ses paroles sans vraiment savoir si elle continue de jouer un rôle. Cependant, on en vient à se dire que tout ce qu’elle raconte ne peut être que la vérité, occultant volontairement mensonges et omissions dont elle s’est copieusement servie depuis le début du récit. J’ai beaucoup aimé l’intervention d’Ayako, la mère d’Arata, qui possède la même intuition fine que son rejeton et une compréhension aiguë de la nature humaine. Elle se retrouve toutefois totalement prise au dépourvu devant sa belle fille qui réagit violemment.

Maintenant que le lien qui reliait Shinju et Arata à disparu en même temps que son obligation de rester près d’elle, je suis curieuse de voir comment Taro Nogizaka va conclure sa série et j’espère sincèrement que le chapitre final ne me décevra pas. Cela étant, il faudra attendre un peu avant de le savoir puisque la date de sortie du douzième et ultime tome de Pour le pire n’est pour l’instant toujours pas connue.

Pour conclure…

On s’achemine donc tout doucement vers l’ultime volume de Pour le pire, avec ce tome 11 qui voit la relation entre Arata et Shinju prendre un virage inattendu. Voilà de quoi rebattre une dernière fois les cartes pour Taro Nogizaka et pourquoi pas nous réserver une ultime surprise comme il sait si bien les orchestrer. Dans l’absolu, il est hors de question de louper l’épilogue de ce mariage aussi tordu que dangereux et dont on ne sait pour l’instant toujours pas la date de sortie.

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