La traque de la vérité continue inexorablement pour Mao et ses alliés avec ce tome 22 de Mao, apparu en librairie le 18 mars 2026 et qui commence à voir les incompréhensions entre Nanoka et Mao devenir difficiles à gérer pour nos deux héros. Entre Yurako qui compte bien prendre sa place auprès de Mao et Byoki plus résolu que jamais à comprendre la raison des actes de Sana et à ressusciter Daigo, les obstacles sont nombreux à se dresser devant l’onmyoji et son groupe. Un combat qui s’éternise et des non-dits qui s’accumulent, il n’en fallait pas plus pour faire monter la tension d’un cran.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

La mue de Ran-Mao
Le Retour de Rumiko Takahashi
À l’âge de 7 ans, la jeune Nanoka Kiba a perdu ses deux parents dans un accident. Aujourd’hui en troisième année de collège, elle revient sur les lieux du drame et se retrouve projetée un siècle plus tôt, en pleine ère Taisho. Dans ce Japon du début du XXe siècle, elle rencontre Mao, un chasseur de yôkai, qui la considère comme l’un d’entre eux. À la recherche de la créature qui l’a maudit, il va aider Nanoka à lever le mystère sur sa véritable nature…
On ne présente plus Rumiko Takahashi, Grand Prix 2019 du Festival international de la BD d’Angoulême. Cette autrice hors pair qui avait débuté sa carrière en 1978 avec Urusei Yatsura, éditée pour la première fois en France en 1994 avec Ranma 1/2, retourne à la prépublication hebdomadaire avec Mao, sa nouvelle série shônen. Il s’agit là d’un condensé de tout son art, un savant mélange entre action, drame, horreur et humour, qui saura plaire aussi bien à ses premiers fans qu’aux nouveaux lecteurs à la recherche d’un bon shônen de voyage entre les mondes (isekai) !
Glénat

À cheval entre deux époques, Mao entremêle les destins de Nanoka et de Mao dans une intrigue où passé et présent se répondent sans cesse. Rescapée d’un accident ayant coûté la vie à ses parents, Nanoka voit son destin basculer lorsqu’elle franchit un portail la ramenant cent ans en arrière. Elle y rencontre Mao, médecin et maître onmyoji du clan Goko, expert en malédictions durant l’ère Taisho (1912-1926). Intrigué par la présence de la jeune fille, Mao rouvre les plaies de son propre passé, remontant jusqu’à la nuit tragique qui a vu l’extermination de son clan, neuf siècles auparavant.

Maudit par Byoki, dont il a hérité d’une forme d’immortalité, il découvre que ce dernier convoite également Nanoka, maudite lors de l’accident dans son enfance, cherchant à faire d’eux deux de potentiels réceptacles. Mais Mao n’est pas seul à avoir survécu : d’anciens disciples du clan, eux aussi marqués par cette nuit fatale, refont surface, animés par des objectifs divergents. D’un côté, certains comme Hyakka, Kamon et Natsuno rejoignent Mao, désormais lavé des accusations pesant sur la mort de Sana. De l’autre, Shiranui et Hakubi, épaulés par Yurako, tentent de reconstruire le clan en recrutant de nouveaux adeptes aux pouvoirs singuliers.

Dans l’ombre, tous poursuivent un double objectif : retrouver les instruments maudits dispersés après la chute du clan, et percer le mystère des véritables circonstances de sa destruction. Parallèlement, Byoki poursuit ses propres desseins. Après avoir échoué à faire de Mao et Nanoka ses hôtes, il cherche à ramener à la vie Daigo, ancien maître onmyoji et frère spirituel de Mao, n’hésitant pas à manipuler Natsuno pour reconstituer son corps avant de tenter de s’emparer de son âme, qui pour une raison inconnue se trouve dans les yeux du maître de la terre.

Entre révélations et affrontements, Mao et Nanoka doivent également faire face à une série d’affaires aux ramifications occultes. Une enquête sur une mystérieuse poupée dont l’aura maléfique intrigue Kamon après la mort de son propriétaire, les conduit jusqu’à un artisan employant ses créations pour assassiner sur demande. Mais l’homme usurpant l’identité du clan Goko, utilise des noyaux de puissances appartenant à Hakubi pour insuffler vie à ses créations, ce qui n’est pas franchement au goût de ce dernier…
Retrouvez notre critique complète de Mao – Tome 1 à 10 ici !
Le dr-âme Daigo
Daigo s’est fait voler son âme. Pour une raison inconnue, elle se trouve en possession de Natsuno. Quel destin étrange les relie l’un à l’autre ? De son côté, Byoki sort enfin de l’ombre, déterminé à connaître la vérité, quitte à utiliser la manière forte !
Glénat

Le combat contre Tsuyako la poupée maléfique fait rage depuis la fin du tome 21 de Mao et Hakubi s’est joint à la bataille, dans le but de voir les capacités de la poupée en tant qu’arme. Tandis que Mao, Nanoka et Hyakka tentent de contrer la création de l’artisan, Kamon décide de se dresser contre Hakubi et engage la lutte. Cependant, le métal dominant le bois, Kamon est désavantagé face à son adversaire et doit ruser pour affaiblir l’emprise de ce dernier sur la poupée. Ayant réussi à déstabiliser son opposant, le maître du bois offre une opportunité à Mao de détruire Tsuyako dont il ne subsiste plus que la tête. Devant son chef-d’œuvre détruit, l’artisan s’empare du visage de Tsuyako, qui le tue, avant que Hyakka ne brûle ce qui restait de la poupée.

Hakubi ayant atteint son but de récupérer ses noyaux, tout en lançant un avertissement clair à toute personne désireuse de se servir de la réputation du clan Goko, se retire. De retour au cabinet de Mao, la petite troupe se sépare et Nanoka, sur le chemin du retour, aperçoit une jeune servante dans l’embarras. Désireuse de porter secours à l’enfant qui n’a pas la force de transporter sa cage pleine de souris jusque chez elle, l’adolescente intriguée se charge du transport de la cage. Arrivées à leur destination finale, Nanoka de plus en plus troublée par l’utilisation de souris par la propriétaire raffinée de la demeure, entre discrètement dans la propriété pour espionner les faits et gestes de la maîtresse de maison.

Elle découvre alors que la dame en question est habitée par un ayakashi serpent qui se rend immédiatement compte de la présence de l’intruse. Obligée de se battre en protégeant la petite servante, Nanoka se retrouve bien vite en mauvaise posture jusqu’à l’intervention de Yurako…
Découvrez un extrait de Mao – Tome 22 ici !
La douleur des sentiments
Si l’intrigue évolue toujours à son rythme dans ce nouveau volume de Mao, au moins je suis ravie de voir enfin les relations entre Mao et Nanoka s’approfondir un peu plus.Comme les révélations concernant la mort de Sana arrivent au compte-gouttes, je dois bien reconnaître que certains détails concernant la nuit fatidique de la destruction du clan Goko m’échappent désormais, dilués dans les sous-intrigues et autres enquêtes menées par Mao et consorts. Si je me souviens des grandes lignes, je suis désormais totalement incapable de formuler des théories concernant de futures révélations, les détails et autres indices disséminés ça et là par Rumiko Takahashi ayant été éclipsés de ma mémoire.

Certes, il me suffirait de reprendre ma lecture du début de la saga à chaque tome reçu, mais le temps manquant, je préfère désormais attendre que le scénario imaginé par la mangaka arrive à sa conclusion avant de refaire une lecture globale, me permettant de saisir enfin toutes les subtilités de la narration mise en place par l’autrice qui a déjà maintes fois prouvé sa maestria sur le sujet. Mais revenons à nos héros dont la relation n’est visiblement pas prête à se stabiliser. Entre le silence de Mao qui estime que ses actes et ses paroles sibyllines sont suffisantes pour faire comprendre à sa compagne son attachement pour elle et Nanoka paralysée par la peur de dévoiler ses sentiments à l’élu de son cœur au risque d’être confrontée à son absence de réaction ou à un rejet pur et simple, Yurako a un terrain idéal pour semer la zizanie.

Bien que la réaction de jalousie de Nanoka soit légitime, je me demande bien dans quelle mesure la sœur de Sana tente sciemment de contrarier les sentiments du duo. Doté du même visage que sa jumelle dont était amoureux l’apprenti Onmyoji, elle estime sans doute déjà avoir gagné la bataille dans le cœur de Mao et ne considère pas réellement l’adolescente comme une rivale.
J’aime beaucoup avoir accès aux pensées d’Otoya, le familier de Mao et témoin privilégié de la relation entre son maître et Nanoka. Malgré sa condition de non-humain, il est bien souvent plus subtil et clairvoyant que l’onmyoji qui accumule les bourdes dès que cela implique de communiquer avec celle dont il est tombé amoureux. Cependant, il semblerait qu’un semblant de compréhension soit enfin de mise entre les deux maudits par Byoki et j’ai vraiment hâte de voir ce qui nous attend dans le prochain volume de Mao qui sera disponible à la vente à partir du 17 juin 2026.
Ce vingt-deuxième tome de Mao confirme la tendance d’une série qui avance à son rythme, sans jamais vraiment appuyer sur l’accélérateur, mais en distillant avec soin ses révélations et ses émotions. Si les rebondissements autour de Tsuyako offrent leur lot d’action bien menée, c’est bel et bien le dernier paragraphe qui m’a le plus touchée, car il reflète une réalité que beaucoup de lecteurs de longues sagas connaissent bien : celle de se retrouver un peu noyée dans les détails tout en restant profondément attachée aux personnages. Et c’est finalement là toute la force de Rumiko Takahashi — nous tenir en haleine non pas par des twists fracassants, mais par ces petites frustrations sentimentales savamment entretenues entre Mao et Nanoka, où chaque non-dit pèse autant qu’une révélation. Avec Yurako en trouble-fête calculée et Otoya en seul vrai lucide du groupe, le prochain volume, attendu pour le 17 juin 2026, a tout pour nous offrir enfin ce semblant de rapprochement que l’on espère depuis bien trop longtemps.




