
Un étudiant qui code une démo, la balance sur YouTube et se retrouve approché par Sony pour en faire un jeu complet : sur le papier, l’histoire de Lost Soul Aside avait tout du conte de fées moderne. Sauf que pour Yang Bing, l’étudiant devenu chef de projet malgré lui, la magie a vite tourné au cauchemar. Alors que de petits studios parviennent parfois à faire trembler les mastodontes du AAA, Lost Soul Aside a enfin débarqué, le 29 août 2025 plus précisément, sur PC et PlayStation 5 après dix ans de gestation chaotique et de refontes à répétition. La question demeure : que vaut ce prétendu successeur de Devil May Cry une fois la manette en main ? Disons-le clairement : Kaser n’est pas Dante… et nous, on n’a pas été saucé.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Âme perdue, dix d’embauchés !

Pour bien comprendre les manquements de Lost Soul Aside, il faut revenir brièvement sur son histoire. Tout commence en 2014, quand Yang Bing, étudiant sud-coréen, bricole seul une démo sous Unreal Engine 4. L’aventure aurait pu s’arrêter là si le jeune homme n’avait pas publié, deux ans plus tard, un trailer sur sa chaîne YouTube. Repérée par Sony, la vidéo lui ouvre alors les portes du China Hero Project, initiative destinée à soutenir les jeunes studios de jeux vidéo, en particulier en Chine. Pour assurer le développement, Yang Bing fonde UltiZero Games en janvier 2017 et s’entoure d’une petite équipe.

Mais on ne s’improvise pas leader : très vite, son inexpérience en matière de management comme de conception d’un jeu complet se fait sentir, au point que Sony doit intervenir. Au fil des années, Lost Soul Aside change de visage à plusieurs reprises, à mesure que l’équipe grandit et que son créateur prend conscience des limites du projet. Les premiers trailers présentés à la Gamescom avaient pourtant frappé fort, attisant la curiosité des joueurs. Mais en 2020, les ambitions sont revues à la baisse, et en 2022 Sony annonce un accompagnement renforcé pour mener le projet à son terme. Malgré tout, les reports s’accumulent. Et ce n’est finalement que le 29 août 2025, soit 9 ans après avoir été repéré par Sony, que les joueurs ont pu poser les mains sur Lost Soul Aside. Pour le meilleur… ou pour le pire.
Muppet Show


Lost Soul Aside nous entraîne au cœur de la capitale de l’Empire de Celestria, où vivent Kaser et sa sœur Louisa, membres actifs de la rébellion menée par Sélène, chef du groupe LUEUR, bien décidée à renverser la tyrannie de l’empereur. Lors du festival impérial, l’organisation prévoit un coup d’éclat avec l’aide de Zana et Gethya, deux « bénies » aux pouvoirs redoutables : l’une spécialisée dans le combat, l’autre dans la téléportation. Mais le soir venu, alors que l’opération est sur le point d’être lancée, Kaser et Louisa assistent à l’irruption de créatures mystérieuses. Séparé de sa sœur, Kaser se retrouve à errer dans un gigantesque laboratoire souterrain où il rencontre Lord Arena, une créature draconique enfermée depuis des années et utilisée comme cobaye par l’empereur Hautcastel. Celui-ci lui révèle la véritable nature des assaillants : les Voidtrax, venus d’une dimension parallèle.

Arena propose alors à Kaser de fusionner avec son essence afin de le libérer et de lui conférer des pouvoirs capables de contrer l’invasion. Le pacte scellé, Arena devient son ombre, une entité volante toujours à ses côtés. À peine sorti du laboratoire, Kaser assiste à l’attaque de Louisa par un Voidtrax qui dérobe son âme. Commence alors un périple pour Kaser et Arena : retrouver les âmes volées des habitants de la capitale et empêcher le retour d’Aramon, chef des Voidtrax, scellé il y a des siècles. Soyons honnêtes : l’intrigue de Lost Soul Aside relève d’un classicisme usé jusqu’à la corde et ses rebondissements se devinent à des kilomètres. Certes, la direction artistique reste plaisante, cependant les personnages auraient pu gagner en charisme s’ils n’étaient pas prisonniers de leurs archétypes.


Les décors, eux, se montrent variés et souvent somptueux, et la bande-son accompagne correctement l’action, même si elle manque de thèmes vraiment mémorables. Alors, tout va bien me direz-vous ? Eh bien non. Car ici, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais la réalisation qui s’écroule. L’animation des personnages est catastrophique : les PNJ restent toujours à la même place et sont réduits à une ou deux actions répétées en boucle, quand les héros arborent des visages inexpressifs, parfois même totalement décalés par rapport aux événements. Un problème accentué par un doublage anglais plus que médiocre, qui non seulement empêche toute empathie envers les protagonistes, mais brise l’immersion à chaque réplique.

Kaser flotteur
L’épopée de Kaser dans Lost Soul Aside consiste à parcourir les différentes zones de la carte du monde à la recherche des entrées menant aux dimensions parallèles où reposent les fragments de cristaux d’âmes. Cinq fragments à réunir, cinq biomes à explorer. Sur le papier, cela promet une belle variété ; en pratique, les environnements paraissent gigantesques… jusqu’à ce que les murs invisibles vous rappellent brutalement leurs limites, réduisant l’exploration à peau de chagrin. Ces phases de recherche servent surtout à faire le plein de potions en tout genre et d’ingrédients pour en concocter auprès de Lyana, la fille de la gardienne du sceau d’Aramon, qui vous accompagne dans vos aventures.


C’est par son intermédiaire que vous pourrez sauvegarder, accéder à la boutique, synthétiser vos potions et, bonus non négligeable, retrouver d’un coup toute votre santé et vos remèdes en lui parlant. Si sa présence est constante, son placement reste pour le moins erratique : omniprésente dans des moments où l’action se fait calme, elle disparaît dès que les boss s’enchaînent, là où sa présence aurait été bienvenue. Autre paradoxe : la collecte d’ingrédients et la préparation de potions sont totalement optionnelles. Résultat, on se retrouve rapidement avec un inventaire bondé, faute de réelle nécessité d’utiliser ces remèdes en combat. À cela s’ajoute le problème des environnements, trop souvent vides : hormis quelques poches d’ennemis éparpillées, la faune normale du monde de Kaser semble avoir déserté.

Quant aux séquences de plateforme censées dynamiser l’exploration, elles se transforment vite en épreuve de patience à cause de la précision douteuse des sauts. Heureusement, Lost Soul Aside se rattrape sur son système de combat, et on sent bien que c’est là qu’UltiZero a mis le paquet. Grâce aux pouvoirs d’Arena et à la possibilité de manier jusqu’à quatre types d’armes interchangeables à la volée d’une simple pression sur R1, Kaser se révèle particulièrement plaisant à contrôler. Attaques légères, coups lourds, techniques spéciales, esquives, parades : l’arsenal est riche, et la profondeur vient des arbres de compétences propres à chaque arme, ainsi que des accessoires à équiper.



Les pouvoirs d’Arena évoluent également au fil de l’aventure via des pierres spécifiques, renforçant la diversité des affrontements. Les combats sont nerveux, rapides et globalement jouissifs. Dommage que la lisibilité parte en fumée face aux ennemis imposants et que le manque d’impact des coups se fasse cruellement sentir. Ajoutez à cela un équilibrage bancal, avec des pics de difficulté difficiles à justifier au milieu de phases où l’on roule sur le jeu, et vous obtenez un système grisant, mais frustrant. Comptez une quinzaine d’heures pour boucler l’intrigue, sans que le titre trouve jamais son juste tempo.



Devil Must Cry
Je le confesse volontiers, l’arrivée d’un jeu présenté comme le nouveau Devil may Cry avait de quoi m’enthousiasmer au plus haut point, autant que l’esthétique de Lost Soul Aside dans les trailers. Toutefois, si l’hommage et les influences sont bien là, il n’égale jamais son illustre aîné ni aucun des gros titres dont il s’inspire. Comment ne pas penser à Midgar en découvrant la capitale impériale, à NieR Replicant ver.1.22474487139, tant Arena évoque immédiatement Weiss, que ce soit dans ses réactions ou sa manière de s’exprimer. Aussi, impossible de ne pas voir en Kaser un clone un peu râté de Noctis, le héros de Final Fantasy XV. Cela aurait pu fonctionner si les influences avaient été plus subtiles et surtout mieux digérées. En l’état, cela dessert plus le titre qu’autre chose, lui donnant un aspect parfois nanardesque renforcé par les très nombreux bugs rencontrés tout au long du périple.

Et encore, je suis chanceuse, ayant reçu Lost Soul Aside bien après sa sortie, j’ai pu bénéficier au cours du test de patches correctifs qui ont beaucoup amélioré les baisses subites de framerate et réglant le problème des musiques se coupant brutalement à des moments incongrus. Si cela n’a pas tout corrigé, les freezes continuant à chaque changement de lieu et les musiques s’arrêtant encore de manière abrupte (sans aucun fondu) à chaque gain d’items, au moins le jeu est un peu plus fluide. Cela m’a évité de subir les effets indésirables liés à la cinétose, plus que présents lors de mes premières heures de jeu, la faute à des lags constants, avant que les patchs ne viennent mettre un peu d’ordre sur ce point. Pour autant, bien que gênant, ce ne sont pas les bugs d’affichages qui m’ont le plus fait rager, mais bien la caméra.


Capricieuse et friande d’angles de vue totalement inadaptés, elle a tendance à ruiner certaines phases de boss, où il devenait impossible de suivre correctement l’action. D’autre part, j’aurais apprécié un peu plus d’explications sur certaines mécaniques, Lyana ayant au bout d’un moment décidé de ne plus me réapprovisionner en grandes potions de soin sans que je ne sache pourquoi. Ceci dit, j’avoue avoir souvent zappé les descriptions intégrées au menu en équipant les objets, peut-être ceci explique t-il cela ?



En tout état de cause, la frustration a été le sentiment dominant lors de mon incursion dans Lost Soul Aside et je ne peux décemment pas vous le recommander au prix fort de 70 €. Je suis bien consciente du travail accompli par le studio UltiZero Games, et je salue volontier l’engagement de l’équipe créative, mais malgré ça le jeu ne m’a pas convaincu, manquant par trop de finitions. Si vous souhaitez vous laisser tenter tout de même, je vous suggère d’attendre une grosse promotion ou un nombre conséquent de patches correctifs, mais pour moi l’aventure est belle et bien terminée.
Malgré une volonté de bien faire affichée, un développement chaotique et un manque de finition font que Lost Soul Aside ne parvient pas à convaincre réellement. Entre ses bugs à répétitions, la modélisation de ses personnages plus que bancale et ses problèmes d’équilibrage, le titre d’UltiZero Games engendre beaucoup de grincements de dents et ce malgré des environnements superbes et un système de combat aussi nerveux que jouissif. Malheureusement, chaque qualité citée s’accompagne toujours d’un mais…, qui finit par lasser le joueur et le laisser sur le bord de la route. Une expérience à tenter pour les plus curieux, mais uniquement après un nombre conséquent de patches correctifs ou à la faveur d’une énorme promotion.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Des environnements vastes, superbes et variés.
Un système de combat assez jouissif et nerveux.
Un système de progression bien pensé pour Arena et Kaser.
Une musique convaincante qui renforce l’ambiance du jeu.
Les points négatifs
Une intrigue trop classique et des personnages aux personnalités peu intéressantes.
Des cut-scenes frisant la parodie (involontaire).
Des environnements vastes, mais terriblement vides.
De trop nombreux bugs de toutes sortes qui viennent gâcher l’expérience.
Des protagonistes le plus souvent statiques, voire totalement inexpressifs.
Une précision dans les sauts qui laisse à désirer.
Un manque de lisibilité dans les combats dès que les adversaires affichent des gabarits imposants.
Des influences mal digérées.
Des coups qui manquent d’impact.




