Hayao Miyazaki. Ce simple nom a le pouvoir de faire naître un sourire sur le visage de beaucoup de gens. Que ce soit par des souvenirs d’enfance, de beaux moments passés en famille, de l’apaisement lors d’une mauvaise passe, ou tout simplement grâce à la première fois où son univers animé nous a enchanté, il est difficile de ne pas ressentir une certaine chaleur au creux de la poitrine lorsque l’on entend ce nom. Réalisateur japonais cultissime depuis une vingtaine d’années, il a eu droit à de (très) nombreux ouvrages qui explorent son univers, sa psyché, ses valeurs, et même ses techniques d’animation. Ne serait-ce que sur ce site, plusieurs livres lui étant dédiés ont déjà été chroniqués (Hayao Miyazaki, Le Magicien de l’Animation Japonaise par exemple). Dès lors, comment apporter du neuf dans cette offre pléthorique ? Eh bien, c’est ici qu’entre en scène Nicolas Rapold avec ce magnifique “Les Mondes de Hayao Miyazaki” où l’auteur décide d’aborder un nouveau pan du personnage, à savoir ses influences et ses références culturelles. D’où lui viennent ses idées de scénarios innovants ? Qui lui inspire sa mise en scène bourrée de maestria ? À qui pense-t-il lorsqu’il crée ses nombreuses héroïnes emblématiques ? Ces réponses, et bien d’autres, se trouvent au cœur de cette nouvelle publication des éditions Ynnis.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Découvrez les sources d’inspiration de Hayao Miyazaki, l’un des plus grands créateurs d’animation de tous les temps. Mon Voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké… Toutes ces oeuvres sont autant de films inoubliables qui ont captivé le public du monde entier. Les longs métrages de Hayao Miyazaki ont marqué durablement l’histoire du cinéma d’animation.
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On Récolte ce que l’on Sème
On le sait, dans la tête de tout grand génie se cachent souvent un millier de références. Bien qu’on aimerait le croire, rien n’est créé ex nihilo, et il y a toujours un terreau fertile d’où émergent les meilleures idées. Nicolas Rapold, journaliste cinéma au New York Times, s’est donné pour mission de trouver toutes ces petites graines desquelles ont germé au fil du temps les plus belles œuvres de Hayao Miyazaki. C’est en épluchant un nombre conséquent d’interviews qu’il a réuni progressivement la somme de toutes les influences du maître afin de nous les livrer dans un magnifique écrin, richement documenté et superbement illustré.

Au fil des pages de ce livre, partez pour un voyage à travers les sources d »inspiration du réalisateur de génie. Du folklore japonais aux souvenirs d’enfance de l’animateur, de l’architecture européenne aux grands classiques du cinéma, en passant par les évènements politiques du XXe siècle, vous verrez comment la vision de Hayao Miyazaki lui a permis de créer des mondes aussi fantastiques que réalistes et aux thématiques centrales telles que l’enfance, la nature ou la résistance.
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Le Monde pour seule Inspiration
L’ouvrage est conséquent ! Mais c’est normal quand on connaît la culture générale du bonhomme. Miyazaki est en effet un puits de culture et de connaissances. Non content d’être un esthète émérite de ses contrées, ainsi qu’un grand admirateur de l’art occidental, il est avant tout un grand curieux et un infatigable voyageur. Il est en effet très rare qu’il ne se rende pas sur place lui-même afin d’effectuer les repérages nécessaires à sa prochaine création. Ainsi, l’ouvrage, qui se divise en différentes thématiques, aborde d’abord les très nombreuses références littéraires du réalisateur, puis les voyages effectués par lui et ses équipes aux quatre coins de l’occident (rappelons que Miyazaki est un fan inconditionnel d’architecture européenne), mais également de l’archipel nippon, pour enfin nous permettre d’explorer l’histoire du cinéma à travers ses yeux et ses souvenirs.


Il est passionnant de se rendre compte que, quelquefois, une seule idée (une seule image !) est en réalité le fruit d’un nombre conséquent de références en tout genre, si intelligemment amalgamées qu’elles deviennent une nouvelle référence pour de nombreux artistes et amoureux de l’art. Prenons cet exemple cité dans le livre de Nicolas Rapold concernant le fantastique Palais des Bains du Voyage de Chihiro où l’auteur a découvert que cet emblématique édifice était en réalité inspiré de pas moins de six bâtiments ayant marqué le réalisateur au cours de ses pérégrinations.


Ainsi, les étages de bains sont inspirés à la fois du Dôgo Onsen de la ville de Matsuyama où l’équipe de production du film allait souvent se détendre, et à la fois de l’hôtel Meguro Gajoen, lieu destiné à accueillir des banquets ; la chaufferie est elle inspirée d’une papeterie datant de 1927 qui avait impressionné le maître avec cet alignement hors norme de petits tiroirs en bois, les différents motifs floraux présents dans le bâtiment sont quant à eux directement repris des peintures du château de Nijô à Kyoto, quand les dortoirs des employés du Onsen sont eux directement un souvenir d’enfance d’usines à textiles de Miyazaki, et que le bureau de Yubaba au sommet de la tour est lui un pastiche du Rokumeikan, une auberge de l’ère Meiji parfaitement conservée encore aujourd’hui.


Ce patchwork visuel est donc issu de l’incroyable “mémoire visuelle” du réalisateur et est d’ailleurs très souvent salué par son producteur Toshio Suzuki. On imagine alors le travail de recherche conséquent qu’a réalisé Nicolas Rapold afin de réunir l’ensemble de ces références, et ce pour un seul élément d’un seul des films du réalisateur.


Ce mille-feuille conceptuel dont est capable Miyazaki est encore plus impressionnant lorsqu’il s’agit d’inventer des structures fictives et fantaisistes, comme le Château dans le Ciel par exemple. En effet, bien que certaines origines de Laputa semblent évidemment logiques, comme Jonathan Swift et son Gulliver par exemple, il est tout de même toujours passionnant de découvrir au détour d’une illustration de JJ Grandville datant de 1850 pour Les Voyages de Gulliver un immense château-ville volant, reposant sur un gigantesque socle en forme de galette et de se dire alors que le doute n’est plus permis.

Et pourtant, quelques pages plus loin, on s’étonne cette fois de découvrir une illustration de Moebius d’un Mont-Saint-Michel volant (si si !) ressemblant à s’y méprendre au Laputa de Miyazaki. Quand on sait que les deux artistes s’admiraient mutuellement depuis de nombreuses années, ce lien visuel devient alors d’une tout autre portée et d’une très charmante poésie. Nicolas Rapold parsème ainsi son foisonnant ouvrage d’anecdotes plus intéressantes les unes que les autres, toujours parfaitement sourcées, documentées, et illustrées. Vous aurez ainsi la chance de croiser de magnifiques gravures de Vingt Mille Lieues Sous les mers partageant la page avec une tapisserie indienne illustrant l’épopée mythologique de Ramayana. Car explorer l’esprit de Miyazaki en profondeur, c’est aussi se cultiver à travers des histoires des quatre coins du monde.

Que vou soyez fan ou cinéphile, vous y découvrirez un roche mélange des influences culturelles, historiques et artistiques qui ont façonné l’univers narratif du cofondateur du mythiques studio Ghibli, qui a fait rêver des générations d’enfants, petits ou grands.
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Nicolas Rapold fait mouche avec ce très bel ouvrage consacré à Hayao Miyazaki. Dans un marché littéraire qui a, ces dernières années, été quelque peu inondé par des livres consacrés au réalisateur japonais, le journaliste américain a su tirer son épingle du jeu. Dans Les Mondes de Hayao Miyazaki, son sujet d’étude n’est pas la psyché de l’artiste, ni ses techniques d’animation, ou les valeurs sur lesquelles reposent ses fables, mais bien le background culturel auquel le génie fait appel lorsqu’il se lance dans une nouvelle création. À travers toute la carrière de Miyazaki, Nicolas Rapold cherche (et trouve) toutes les œuvres d’art, les images mentales, les histoires et les lieux dont s’est servi le maître pour atteindre l’excellence comme il l’a si souvent fait.




