Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise

Miyazaki est sans aucun doute le cinéaste japonais le plus connu en occident. En effet, depuis un peu plus de vingt ans, ses magnifiques films d’animation émerveillent nos yeux d’enfants dans les salles obscures. Et pourtant, lorsque l’on parle du maître, “dessin animé” ne rime pas uniquement avec jeune public. Il a su, au fil de ses créations, captiver une audience plus mature en proposant des oeuvres engagées et philosophiquement très abouties. C’est ce que cet ouvrage nous propose de (re)découvrir.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Depuis Walt Disney, nul créateur de dessin animé n’a autant marqué son époque que Hayao Miyazaki. Depuis la fondation du studio Ghibli en 1983, le maître japonais a enchainé les chefs d’oeuvre, depuis « Nausicaä, la vallée du vent » jusqu’au récent « Le garçon et le héron », en passant par « Le voyage de Chihiro » ou « Princesse Mononoke ».

Ecran Fantastique

Une approche psycholo-ghibli

Qui ne s’est jamais demandé, devant un film de Hayao Miyazaki, la source de ses idées farfelues et fantastiques, complètement hors du commun mais surtout hors des codes du monde occidental ? Si certains films nous livrent leurs clefs de compréhension assez facilement, comme Princesse Mononoke ou Le Vent se Lève par exemple, d’autres nous émerveillent mais nous laissent quelque peu désemparés quant à leur intention et leur signification profonde, Le Voyage de Chihiro ou Ponyo sur la Falaise font partie de ceux-là… D’autres encore sont presque des anomalies dans sa carrière, comme Porco Rosso par exemple, et enfin, certains sont de véritables poupées russes que le cinéaste n’aura de cesse de réinterpréter, voire modifier à travers différents médias, comme Nausicaa de la Vallée du Vent.

Évidemment, si vous avez déjà parcouru une biographie du maître, vous avez les pistes essentielles en mains afin de comprendre les méandres de son imaginaire : Le traumatisme de son enfance lié à la guerre (bien plus singulier que vous ne le pensez), la maladie de sa mère et la façon dont cela affectera leur relation, ou encore la redondance “mécanico-nostalgique” trouble du monde de l’aviation qu’il relie à son héritage familial, entre fascination et culpabilité… Tout cet aspect purement biographique, presque psychologique s’il en est, l’auteur, Steve Nauman, le distille très intelligemment tout au long de l’ouvrage “Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise”, avec parcimonie, et toujours au service des œuvres présentées. Outre une plongée dans la psyché et les souvenirs d’Hayao, l’ouvrage se permet également une approche assez technique du monde de l’animation et en particulier de celle du cinéaste.

Exigeant jusqu’à la manie, Miyazaki s’est révélé un artiste acharné, capable de réussir les entreprises les plus insensés pour étonner le public partout dans le monde grâce à ses films toujours plus fascinants. Explorant les traumatismes de l’enfance, les fantasmes aériens, les mondes imaginaires psychanalytiques, ses créations résonnent en profondeur pour qui prend la peine d’aller jusqu’à s’y perdre. 

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Qui est Qui chez Miyazaki ?

Nous découvrons ainsi la façon dont un studio d’animation traditionnelle fonctionne (rappelons que Miyazaki a débuté sa carrière chez la Toeï, véritable usine à gaz de l’animation japonaise) et par la suite, la raison qui le fera quitter son poste afin de fonder son propre studio, le désormais légendaire Ghibli, avec un autre génie, Isao Takahata (que nous connaissons pour les chefs d’oeuvre que sont Le Tombeau des Lucioles ou Le Conte de la Princesse Kaguya). Et c’est finalement là que ce “Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise” tire véritablement son épingle du jeu, en nous présentant les proches collaborateur.ices du cinéaste, ainsi que ses compagnons de luttes (syndicale notamment) dans de multiples feuillets dédiés, tel une sorte de lexique disséminé tout au long du livre afin de nous ancrer pleinement dans “l’entreprise” Ghibli, une boîte d’animation avec ses employés, ainsi que ses contraintes et innovations techniques.

L’ouvrage “Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise” est donc, vous l’aurez compris, très complet et très détaillé. Abordant l’essentiel de ce qui fait de Miyazaki un cinéaste à part. Les points clés de sa personne sont abordés, que ce soit son engagement écologique, ses luttes syndicales ou son exigence envers lui-même. Mais l’ouvrage aborde également les “parts d’ombre” du cinéaste, comme par exemple quand il s’agit de demander l’impossible à ses employé.es ou bien lorsqu’il impose une exigence de travail aussi poussée que la sienne à ses animateur.ices. Plusieurs extraits d’interview viennent d’ailleurs très bien illustrer cet aspect de la vie du studio, finalement pas si souvent abordé lorsque l’on parle de l’œuvre du cinéaste.

Attention à Trotoro d’enthousiasme

Il faut néanmoins mettre en garde les plus exigeants car ce livre reste une « simple » biographie, et non une étude extrêmement poussée de l’artiste. J’ai, lors de ma lecture passionnante de “Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise”, eu un regret, celui du balayage en surface de certains traîts psychologiques et artistiques du maître, et particulièrement en ce qui concerne sa relation avec Goro, son fils, devenu animateur chez Ghibli. On connaît tous l’histoire autour de sa première réalisation, Les Contes de Terremer, que son père aura détestée et sur laquelle il aura des mots très durs, allant même jusqu’à renier son fils en tant que réalisateur… Un aspect fascinant de Miyazaki, tant il entre en contradiction avec certaines valeurs véhiculées dans ses dessins animés (je pense notamment à Chihiro, jeune fille empotée à qui il laissera le temps de se développer tout au long du métrage sous un regard finalement patient et bienveillant, loin de son attitude dans la réalité donc). Cette réaction acerbe et destructrice face au travail de sa descendance n’est que partiellement abordée dans le livre et de manière assez superficielle, dommage… Il ne fallait peut être pas trop entacher l’image du maître… Vous l’aurez donc compris, bien que (presque) excellent en tout point, « Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise » n’est pas une analyse très poussée des thématiques de l’artiste ou encore un ouvrage exigeant sur les procédés cinématographiques du maître… Le livre ne brosse finalement qu’en surface la psyché de Miyazaki et ne livre aucun exégète de l’oeuvre. Je ne saurais d’ailleurs que trop vous conseiller, en guise de complément, l’ouvrage « Le Monde de Miyazaki », orchestré par Susan Napier. Il s’agit d’un receuil d’éssais (universitaires ou autres) sur les différents films du réalisateur.

Personnage secret, presque mythique, la vie et l’oeuvre de Hayao Miyazaki constituent une fantastique aventure dont ce livre vous permettra de saisir toutes les nuances.

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Haya-ode à la Joie

“Hayao Miyazaki, le Magicien de l’Animation Japonaise” est un livre très complet que nous propose Steve Nauman et l’Ecran Fantastique. Il ne manque aucun point essentiel. Les éléments clés de la vie, la psychologie et l’œuvre du cinéaste sont traités avec érudition et objectivité. Nauman n’est pas un fan émerveillé et aveuglé par l’aura du cinéaste mais bien un fin connaisseur et analyste du monde de l’animation japonaise, et cela fait très plaisir ! Il se veut didactique et précis, n’hésitant pas à parsemer son ouvrage de portraits en tous genres, que ce soit de films ou de collaborateurs, afin de nous donner une vue d’ensemble du maître et de son studio.

À part certains aspects qui m’auraient paru devoir être un peu plus creusés (l’aspect nihiliste de certaines déclarations du cinéaste ou encore sa relation conflictuelle avec le travail de son fils), cette nouvelle publication sur Hayao Miyazaki peut très bien compléter vos connaissances actuelles ou, mieux encore, vous faire découvrir de zéro les coulisses du studio Ghibli de façon très bien documentée.

Pour conclure…

Miyazaki, le magicien de l’animation japonaise, est un ouvrage relativement dense mais très digeste. De par sa construction, sa narration et sa maquette générale, il sait se montrer à la fois extrêmement complet mais aussi didactique. Trouvant largement sa place dans les nombreuses publications déjà existantes sur le cinéaste, il apporte un complément d’expertise sur le monde de l’animation japonaise et un aspect technique qui n’est pas toujours le fort des autres auteurs sur le sujet. 

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