Leila

Leila est le premier jeu créé par Ubik Studios, une boîte de développement basée à Istanbul, en Turquie, avec une équipe à taille humaine de douze personnes. Le studio a un credo : Celui de créer des jeux comme si le développement était lui-même une activité ludique, c’est-à-dire en s’amusant. En effet, avec une envie de s’éloigner des modes de fonctionnement actuels (où un cadre strict et des délais impossibles sont légion), Ubik Studios choisit le bien-être et la “gouvernance partagée” où chacun et chacune peut exprimer son opinion. C’est pourquoi l’histoire est, pour le studio, tout aussi importante que le jeu en lui-même. Pour eux, le gameplay et l’histoire sont les deux faces d’une même pièce et il devient dès lors important de créer une histoire dont on se souviendra, même après avoir éteint la console. 

Ce test a été réalisé sur une version PC (Steam Deck) fournie par l’Éditeur.

Nous incarnons Leila, qui, à travers un jeu en réalité virtuelle offert par sa fille, va revivre les étapes de sa vie, et notamment des moments clés de celle-ci. En tant que joueurs, nous serons fréquemment confrontés à des puzzles et casse-tête qu’il faudra dénouer pour continuer à avancer et en apprendre plus sur l’histoire de notre personnage. Mais pas seulement, car Leila nous réserve bien des surprises…

Illusions Perdues…

Leila est un jeu narratif (et poétique) en point and click avec une vue à la première personne. Nous devrons nous déplacer en cliquant simplement à l’endroit où l’on souhaite se rendre (indiqué par notre curseur, soit une flèche vers l’avant, soit vers l’arrière). Les éléments du décor pourront être touchés, notamment des arbres avec un liseré lumineux sur leur tronc, comme des veines. Lorsque l’on interagit avec ces derniers, nous avons l’image d’un moment de la vie de notre protagoniste qui s’affiche.

C’est ainsi que l’on va suivre une brève fresque de l’existence de Leila, à des moments clés de sa vie, jusqu’à arriver au cerveau, centre névralgique où certains souvenirs, trop difficiles à affronter, vont être brouillés et protégés par son subconscient. En plus de cela, nous aurons pendant notre promenade intérieure des panneaux indicatifs en bois qui seront disposés çà et là et nous emmènerons résoudre des puzzles et casse-tête divers. Ces mini-jeux, une fois résolus, permettent de revivre (littéralement) des souvenirs ou des visions du monde, narrés par le personnage que l’on incarne, et permettent ainsi de mieux la comprendre et la connaître. Certains souvenirs sont eux-mêmes ponctués de puzzles, ce qui donne une impression de vertige, de mise en abîme, et de “jeux dans le jeu”.

Leila ne nous prend pas par la main, et la façon de procéder pour résoudre ces puzzles n’est pas toujours limpide, c’est en tentant des choses, et surtout en observant, que l’on va finir par trouver comment procéder. Bien sûr, il est également possible de faire appel à des indices, indiqués en haut à gauche de l’écran, pour celles et ceux qui le souhaitent. Cependant, à force d’observer, on finit généralement par trouver la solution.

Certains souvenirs, trop douloureux pour la narratrice, vont nous permettre de choisir si l’on souhaite les affronter ou, au contraire, les éviter. Cela aura simplement pour conséquence de modifier l’ordre de la narration, ce qui est clairement indiqué lors de la possibilité du choix. Un appui long sera dès lors nécessaire pour valider notre décision, ce qui appuie le poids de cette dernière et nous invite à prendre conscience du choix que l’on fait. J’ai trouvé cette procédure très immersive et intéressante. Après des phases de puzzles et autres casse-tête ou des phases de choix à faire, le jeu nous emmènera parfois vers des sessions plus cosy (dans un style qui rappelle le très chouette Unpacking, un de mes jeux préférés). La diversité des mini-jeux proposés et leur éclectisme nous rappellent que l’on se trouve dans le subconscient d’un être vivant par la complexité du cerveau humain qu’ils incarnent

… et Retrouvées

Avec des graphismes en 2D, dessinés et animés à la main de façon traditionnelle, Leila a une identité visuelle très marquée et très esthétique. Les décors sont magnifiques, parfois étranges, avec plein de petits détails. On évolue dans les décors (comme autant de panneaux plantés tels des décors de théâtre), agencés en enfilade pour créer une profondeur que l’on va traverser.

Nous voyagerons de cette façon à travers une forêt, qui nous mènera ensuite à la chambre de Leila lorsqu’elle était plus jeune, ou encore dans les différentes pièces de sa maison actuelle, pour ne citer que ces exemples. La plupart des éléments seront touchables et auront une petite réaction (mention spéciale au petit chat de l’écran d’accueil). Pour ma part, j’ai particulièrement adoré le passage avec le livre de contes qui, pour moi, est le moment où le jeu atteint son paroxysme en termes de poésie. Couplé à cela, la musique, particulièrement à ce moment-là, qui change également, délaissant ses longues vagues ambiantes et Lofi pour prendre alors des airs orientaux

Memories of Mother

J’ai choisi de jouer à Leila en version anglaise sous-titrée en français, mais j’ai également testé la version originale (donc turque) du titre (avec les sous-titres en français), deuxième et dernière langue audio pour ce jeu, de ce que j’ai pu constater. Le HUD est inexistant, ou en tout cas suffisamment discret et anecdotique pour le considérer comme tel. En effet, bien que nous aurons la possibilité d’accéder au journal de conversation et à un menu d’aide lors des énigmes, ces menus sont cachés dans les coins supérieurs droit et gauche de notre écran, sous la forme de petits nuages roses, et n’apparaissent que si on va y placer le curseur.

J’ai testé Leila sur le Steam Deck, et je trouve que le support convient parfaitement. Je n’ai rencontré aucun bug ni même plantage. Le format portable rend d’expérience encore plus intimiste, l’écran tactile peut également être utilisé, et la taille de l’écran n’a pas été un frein. Il convient de garder à l’esprit que les thèmes abordés sont parfois rudes, mais les développeurs ont donné la possibilité de sauter certains passages sensibles et de proposer un résumé écrit plutôt que de vivre la scène en images, pour les personnes qui ne seraient pas à l’aise avec ces sujets, certains pouvant faire écho au vécu de l’un ou l’autre d’entre nous. 

Pour conclure…

Leila a été une belle découverte. Avec sa direction artistique, ses énigmes originales et l’histoire de notre protagoniste, le jeu nous emmène pour un voyage éclectique et poétique à travers les méandres de son esprit, mais aussi de son vécu avec des sujets forts et qui parleront à tout un chacun.

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Direction artistique superbe

Énigmes variées et originales

Narration et musique 

Accessibilité par rapport à certains sujets

Les points négatifs

Manque de lisibilité pour certaines énigmes

Vous devriez Lire aussi
Another Code : Recollection

Dans le même genre

Laisser un commentaire

En savoir plus sur GeeksByGirls

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture