Habituée du catalogue Glénat, Kachou Hashimoto vient de voir sa troisième œuvre, une série courte nommée La Guilde Marchande de Pandémonia intégrer les publications de l’éditeur français. Complète en quatre volumes seulement, les aventures de Lucciola Lunatria promettent de trouver rapidement une conclusion puisque le planning de sortie annonce d’ores et déjà un tome tous les deux mois. Sorti le 18 février 2026, La Guilde Marchande de Pandémonia tome 1 ouvre donc le bal de cette saga de fantasy atypique où il n’est plus question de chasser les monstres, mais bien de les considérer comme des partenaires commerciaux. Il est désormais temps pour nous de vous faire notre rapport.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Monster Inc.
La thune est plus forte que l’épée !
Pandémonia, les terres où s’affrontent monstres et humains, où seule règne la loi du plus fort. Au cœur de ces affrontements se trouve la vaillante Lucciola Lunatria. Lorsque son chemin croise celui de Bilkis Draco, membre de la guilde des marchands, elle découvre un monde très particulier : celui du commerce avec les monstres. Désireuse d’amener la paix en Pandémonia, elle décide alors de rejoindre la guilde. Réussira-t-elle à lier ses aspirations avec celles de cette organisation ?
Glénat

La Guilde Marchande de Pandémonia tome 1 s’ouvre sur un classique combat entre l’héroïne Lucciola Lunatria aux “griffes d’argent” et un roi démon sévissant sur la terre de Pandémonia. Cependant, loin d’occire le monstre, la jeune fille se retrouve par hasard catapultée dans une benne de fumier appartenant à Bilkis Draco, négociant de rang 1 au sein de la Guilde Marchande de Pandémonia. Devant le préjudice qu’il affirme avoir subi de l’héroïne, le marchand insiste pour l’employer jusqu’à ce qu’elle ait remboursé sa dette, ce qui n’est pas au goût de Lucciola qui n’a qu’une hâte, retourner au combat contre le roi démon afin de l’achever.

Un but qui va à l’encontre des projets de Bilkis, représentant d’une société dont la fonction principale est de négocier et de commercer avec les monstres afin de s’approprier des ressources et des matières premières uniques dont eux-seuls disposent. Embarquée à la découverte d’un monde où une entente entre les deux races est possible, Lucciola commence à douter du bien-fondé de sa mission. Toutefois, ce n’est que lors de sa seconde rencontre avec le roi démon qu’elle pourchassait que l’héroïne entrevoit un moyen d’établir une paix durable, et ce, de façon diplomatique.

Mise devant les méfaits perpétrés par les héros en chassant des créatures qu’ils considèrent comme nuisibles, la jeune fille assiste envoûtée à la négociation entre Bilkis et le roi démon menant à un accord mutuellement profitable pour les deux parties. Désormais convaincue, Lucciola se voit remettre une lettre de recommandation par Bilkis afin d’intégrer la guilde et de devenir à son tour négociante. Ce n’est cependant qu’après deux tentatives ratées à l’examen écrit que l’ancienne héroïne reconvertie accède enfin à l’examen final censé faire d’elle un membre à part entière de la Guilde Marchande de Pandémonia.
Lisez un extrait de La Guilde Marchande de Pandemonia – Tome 1 ici !
Monstres et Merveilles
Entre Kachou Hashimoto et Glénat c’est une grande histoire d’amour qui a débuté il y a quatorze ans de cela avec l’obtention des droits de publications internationaux de sa série Cagaster (à l’exclusion du Japon). Initialement publié sur son site internet entre 2005 et 2013, puis compilé sous la forme de neuf dōjinshi sortis entre 2010 et 2013, la mangaka a refusé toutes les offres de publications de la part de maisons d’édition japonaises (l’obligeant à retirer son histoire d’internet), avant de finalement dire oui à Glénat en 2012, qui compilera la saga en 6 volumes parus entre 2014 et 2015. Ce ne sera finalement qu’en 2016 que les lecteurs japonais pourront découvrir Cagaster en sept volumes reliés publiés par Tokuma Shoten.


Son manga suivant nommé Arbos Anima (toujours en cours à ce jour) se fera également une place de choix au sein de la maison Glénat à partir de juillet 2016. L’artiste, à la vocation précoce datant du collège, après un passage dans une école de dessin devient assistante de mangaka (notamment de Daisuke Higushi l’auteur du manga de football Whistle!) avant de prendre son envol en 2010. Voilà qui explique la très grande maîtrise graphique de la mangaka qui a actuellement à son actif plus d’une dizaine de mangas.

Il faut bien dire que les dessins de La Guilde Marchande de Pandémonia sont assez superbes que ce soit dans le design de ses personnages ou du bestiaire qui leur tient la dragée haute. Les planches fourmillent de détails et la finesse des traits créent un contraste intéressant entre la fragilité de la condition des humains et leur force de caractère. Mais ce qui est le plus fascinant dans le cas de ce manga, c’est bien son pitch de départ…

Consortium en Pandémonia
Quand il est question de fantasy, très souvent les monstres et autres démons n’ont vraiment pas le beau rôle, même si j’ai pu constater que depuis quelque temps certaines oeuvres tentent de changer la donne comme Beast King and Medicinal Herb, Lord of the Fans, Tatari ou encore Diablomachia même si dans ces trois derniers cas cela ne concernent qu’une poignée d’individus près à se dresser contre leur semblables. Ainsi, faire des monstres des partenaires commerciaux, malgré le danger que représentent les négociations avec ces derniers est une grande première qui mérite que l’on s’y intéresse. Je dois reconnaître que l’un des gros point forts de La Guilde Marchande de Pandémonia tient en son héroïne, au départ persuadée d’agir pour le bien commun à l’aide de ses griffes d’argent dont elle est certaine d’avoir hérité de la grande héroïne au trident d’argent.

Lucciola Lunatria n’a qu’une seule obsession, obtenir la paix et si pour cela elle doit se remettre entièrement en question elle n’hésite pas. C’est sa résilience et le fait de la voir tout tenter pour réussir des pourparlers mutuellement avantageux qui en font un personnage principal aussi attachant. Par ailleurs, contrairement aux autres négociants de la Guilde, ayant une grande science du combat et ayant vécu sa vie sur les routes, elle ne craint ni les monstres, qu’elle ne sous-estime pas cependant, ni de se salir les mains. Heureusement pour compenser le caractère très droit de l’apprentie négociante, Kachou Hashimoto a eu l’excellente idée de lui adjoindre deux collaborateurs aussi novices qu’elle, assez antipathiques de prime abord. Un noble parvenu et une prêtresse imbue d’elle-même, qui vont sans aucun doute évoluer en parallèle de la trajectoire de Lucciola.

Certes le premier tome est très verbeux et beaucoup d’informations sont données au lecteur, mais elles sont indispensables pour poser parfaitement les bases de l’univers de Pandémonia et les règles qui le régissent. Je vous rassure, cela n’est jamais ennuyeux, pour peu que l’on se laisse emporter à la suite de Lucciola dans son changement drastique de vie. Par ailleurs, tout ce qui touche au commerce dans La Guilde Marchande de Pandémonia est traité avec la plus grande précision ce qui apporte une certaine réalité à cette intrigue qui en est pourtant totalement dépourvue du fait de sa nature de fiction de fantasy. C’est donc avec grand intérêt que j’attends la réouverture des pourparlers de Lucciola avec la parution du tome 2 de La Guilde Marchande de Pandémonia prévue pour le 22 avril 2026.

La Guilde Marchande de Pandémonia réussit le pari de renouveler les codes de la fantasy en troquant les épées contre des contrats commerciaux. Si ce premier tome s’avère particulièrement verbeux pour poser les jalons de son univers, la précision des mécanismes marchands et la résilience de Lucciola Lunatria rendent l’immersion totale. Entourée de collaborateurs aux tempéraments prometteurs, notre héroïne nous entraîne dans une aventure où la diplomatie devient l’arme la plus noble. Une entame solide et rigoureuse qui donne furieusement envie de retourner à la table des négociations dès le 22 avril prochain pour le second volume.




