Hérétique

Delcourt revient en force en ce début d’année avec son magnifique nouveau grand format. Cette fois, c’est l’auteur Robbie Morrison qui nous livre une récit complet sous la forme d’un thriller historique à l’ambiance particulièrement réussie. Grâce aux magnifiques dessins de son co-auteur Charlie Adlard, vous serez immergés dans la Belgique de 1529 et dans une ambiance pesante et paranoïaque de chasse aux sorcières menée par l’Inquisition.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Belgique 1529. La ville d’Anvers est ravagée par une série de meurtres macabres. La toute-puissante Inquisition force le chevalier, médecin, avocat et magicien noir réputé Cornelius Agrippa à enquêter.

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Memento Mori

Anvers, 1529. Au petit matin, un corps est retrouvé dans la cathédrale. Un corps sans vie, victime d’une mise en scène des plus morbides. Puis ce sont d’autres victimes qui se voient devenir les pantins assassinés d’un tueur en série très mystérieux. L’Inquisition, alors au plus fort de sa puissance, mais aussi de sa cruauté, n’a d’autre choix que de faire appel à Cornelius Agrippa, un enquêteur implacable, mais quelque peu excentrique, afin de lever le voile sur cette affaire horrible. Bien que ce dernier accepte, accompagné de son jeune apprenti Jean Wier, il n’est pas du tout en accord avec les méthodes inquisitrices, et décide bien vite de mener son investigation à sa manière…

Alors que les meurtres s’intensifient, Agrippa, sa fille Juliette et son élève Jean Wier sont plongés dans un tourbillon de meurtres, de folie et de magie.

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Historia Magistra Vitae Est

Qui est réellement Cornelius Agrippa ? Figure historique ayant réellement existé, mais encore bien mystérieuse, il est un brillant médecin et avocat pour certains, et un mystique ésotérique pour d’autresPeut-être était-il au final un peu les deux à la foisL’auteur Robbie Morrison décide de garder une part du mystère en contant son récit Hérétique à travers les yeux du jeune apprenti Jean Wier, à la manière d’un Umberto Eco dans Le Nom de la Rose, avec son jeune Adso.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul parallèle que l’on peut faire entre les deux œuvres, car les similitudes se retrouvent également dans l’ambiance extrêmement pesante et glauque du récit, ainsi que par le portrait que Robbie Morrison dresse de son héros excentrique, savant presque omniscient, à l’instar du Guillaume de Baskerville de Umberto Eco. Ajoutant une touche de dynamisme et de fougue cependant au vieux bricart, l’auteur nous offre un personnage succulent, savant mélange de Sherlock Holmes et de Dr Frankenstein.

L’enquête d’Hérétique est plutôt réussie, et bien qu’elle n’échappe malheureusement pas à quelques poncifs du genre, elle reste tout du long intéressante et prenante, abordant plusieurs thématiques liées à l’époque qu’il aurait été dommage de bouder. La figure de l’Inquisition et de ses dérives sont le deuxième sujet principal du récit, se mélangeant habilement à l’enquête de Cornelius Agrippa, et permettant surtout de placer l’histoire dans une ambiance extrêmement marquée, une ambiance qui nous fascine tous finalement, celle des thrillers historiques, celle de la religion et de ses mystères et dérives, celle du mysticisme et des ruelles sombres, celle des assassinats et des mises en scènes lugubres.

Et nous n’y échappons pas dans Hérétique ! Nous retrouvons ainsi notre lot de meurtres sanglants, de théories du complot et d’ancrages historiques fascinants. Si vous êtes friands des Dan Brown (Da Vinci Code) et autre Henri Loevenbruck (L’Apothicaire), vous ne serez absolument pas déçus. Et preuve que Robbie Morrison a réussi son entreprise, c’est qu’une fois le comics refermé, nous n’avons qu’une envie : en apprendre plus sur Cornelius Agrippa, tant le portrait qu’il en dresse est réussi.

Mais Hérétique permet également de découvrir une cité post-médiévale fascinante, la ville d’Anvers regorgeant d’anecdotes et de lieux emblématiques très intéressants. La Cathédrale, évidemment, avec sa tour surplombant la cité et sa nef démesurément grande, mais aussi et surtout l’intrigante Vleeshuis (la maison de la viande), la plus belle et la plus cossue des habitations anversoises de par le succès que rencontrait la guilde des bouchers à l’époque. Dans un aspect moins prestigieux mais tout aussi fascinant, nous parcourons grâce à Cornélius Agrippa et Jean Wier les cryptes souterraines de la cité, ainsi que l’horrible et rebutant abattoir de la ville pour une scène mémorable.

Ars Longa, Vita Brevis

À la partie graphique, c’est le très talentueux Charlie Adlard (aka Monsieur The Walking Dead) qui nous offre sans doute quelques-unes des plus belles planches de sa carrière. Optant pour un style clair-obscur aux noirs omniprésents, il détaille la ville d’Anvers avec une précision à toute épreuve. Chaque bâtiment, chaque ruelle, chaque palais est reconnaissable et possède une véritable présence. Mention spéciale à la cathédrale gothique, trônant magnifiquement au centre du récit comme elle trône au centre de la cité.

Le style gothique, fourni et ornementé, se retrouve d’ailleurs dans chaque case, que ce soit dans les intérieurs bourgeois superbement dessinés, dans les robes des dames, détaillées à souhait, mais aussi et surtout dans l’atelier de Cornelius Agrippa, véritable laboratoire de savant fou, tout droit sorti d’un film de la Hammer. Côté caractérisation des personnages, son talent pour les visages et les expressions fait mouche, bien qu’on ait parfois l’impression de croiser Rick Grimes ou Michonne en lieu et place de nos protagonistes, l’artiste ayant une façon de traiter les visages un peu systématiques d’une œuvre à l’autre.

L’ouvrage est presque totalement réalisé en noir et blanc, avec très peu de nuances, ce qui permet des contrastes tranchés et expressionnistes à souhait. Cela sied évidemment parfaitement à la noirceur de l’histoire et offre une immersion totale à la fois dans le lieu et dans l’époque. Quelques fulgurances graphiques, dont je vous laisse la découverte, achèvent de faire de cet Hérétique un somptueux comics que le grand format sublime encore davantage.

Pour conclure…

C’est un récit haletant à l’ambiance pesante et paranoïaque que nous offre Robbie Morrison. Dans la lignée des grands auteurs de thrillers historiques, l’écrivain parvient à nous offrir notre lot de complots, de meurtres imaginatifs et d’intrigues extrêmement sombres. Au dessin, nous retrouvons un Charlie Adlard en très grande forme qui sublime la ville d’Anvers et son héritage gothique. Bref, Hérétique est une très belle réussite.

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