Le Carnaval des Cadavres

Mike Mignola, créateur de Hellboy, revient avec un ouvrage de septs contes, inspirés d’histoires folkloriques et fantastiques du monde entier. Nous retrouvons dans ce Carnaval des Cadavres, son coloriste attitré, Dave Stewart, donnant à ce tome une ambiance très proche des épisodes de Hellboy. Au fil des pages nous croiserons fantômes, vampires, et autres kobold, mais surtout, un gamin qui joue aux quilles avec des osements, sans qui cet ouvrage n’aurait jamais vu le jour…

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Le créateur de Hellboy se renouvelle magistralement avec cet opus au titre aussi surprenant qu’évocateur, qui inaigure un nouvel univers merveilleusement féérique et poétique.

Delcourt

Danse Macabre

Tout commence par un vieux conte populaire italien qui parle d’un gamin qui joue aux quilles avec des ossements. Mike Mignola tombe sous le charme et décide d’adapter cette histoire. De cette dernière vont en découler six autres qui vont se dérouler dans les Contrées Inconnues, et c’est donc ainsi que va naître Le Carnaval des Cadavres. Cet univers a été créé de toutes pièces par l’auteur dans le pur style de fantastique médiéval, cela afin d’y intégrer les différentes histoires. Tout au long du récit, un canard va nous accompagner et ponctuer notre lecture de quelques remarques. La plus intrigante sera de nous annoncer que ce tome du Carnaval des Cadavres s’avère être le premier d’une série.

Le comics est vraiment agréable à lire, et j’ai vite compris pourquoi Mike Mignola souhaitait adapter l’histoire de ce garçon aux quilles. En effet, c’est ce conte qui ouvre l’ouvrage, et très vite l’ambiance du récit, son côté mystérieux (et original) nous enveloppe et nous entraîne avec lui. S’ensuivent ensuite des histoires plus courtes et presque anecdotiques, tant elles sont concises et tiennent sur une page recto verso, en alternance avec d’autres histoires plus conséquentes, mais tout aussi intéressantes et bien ficelées que la première, pourtant criante de simplicité. Étrangement, en lisant ces histoires dans ce monde pourtant sombre et peuplé de créatures parfois fort peu sympathiques, on se sent détendu, et c’est avec beaucoup d’intérêt et d’humour également de temps en temps que l’on parcourt ces Contrées Inconnues.

On le sait, Mike Mignola a un talent particulier pour raconter ses histoires de manière posée, poétique et intrigante, amenant ses thématiques de manière progressive afin de mieux nous enivrer de son univers si particulier. Ici, le fantastique, bien qu’il soit omniprésent, n’est jamais complètement expliqué ni révélé et plane constamment dans une sorte de non-dit très poétique. À la fois pulp et gothique, l’auteur pioche une fois encore dans ses grandes inspirations que sont Edgard Alan Poe et Howard Philip Lovecraft afin de construire des récits courts et impactants, où le surnaturel a la part belle.

Dans ces mondes parallèles, tout est permis, tout est possible, mais ils sont pourtant régis par de nombreuses règles, bien souvent incompréhensibles pour le commun des mortels. Comme à la grande époque de Hellboy, l’auteur prend le parti pris de laisser l’explorateur face à une certaine méconnaissance et incompréhension sur ce qu’il vient de voir, de vivre, et de lire. Cela pour notre plus grand plaisir à nous, lecteurs, qui pouvons alors laisser notre esprit et notre imagination vagabonder dans ces contrées mystérieuses encore plusieurs heures après avoir refermé le livre. Un véritable petit tour de force dont seul Mike Mignola a le secret dans le monde du comics, et qu’il semble affiner toujours un peu plus au fil des années. 

Le Carnaval des Cadavres est une anthologie qui regroupe huit contes fantastiques et folkloriques, entièrement écrits et dessinés par Mike Mignola, et mis en couleurs par Dave Stewart.

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Rêves et Cauchemars

Du côté du dessin, ce dernier est plutôt minimaliste, en ligne claire, et nous fait comprendre rapidement que tout l’intérêt réside dans le fond plutôt que dans la forme, bien que certaines planches restent très intéressantes avec leur style tortueux et sinueux qui rend le tout très vivant et organique. Nous retrouvons le style particulier de Mike Mignola avec ses nombreux contrastes et ses clairs obscurs. Côté couleurs, le coloriste Dave Stewart fait un travail remarquable en donnant vie à ces planches avec des couleurs tantôt très naturalistes et tantôt plutôt criardes, qui créent un contraste supplémentaire, et ajoute une dimension visuelle impactante à chaque histoire.

Les planches sont alors baignées dans un espèce de flou artistique et mystérieux, évoquant des lieux presque immatériels plutôt que de situer l’action dans des endroits précis. Cela participe évidemment grandement à l’atmosphère onirique (et parfois cauchemardesque) du comics. Rien n’est jamais complètement défini ni tracé, le dessin ne se veut pas réaliste, mais plutôt évocateur et expressionniste. Ce qui compte ici, ce sont les émotions et les impressions plutôt que la précision. C’est toujours appréciable dans les comics d’avoir quelques bonus en fin de tome, telles que les couvertures alternatives. Ici, nous aurons la chance d’avoir un aperçu du carnet de croquis de Mike Mignola lui-même, avec de nombreux crayonnés et planches en noir et blanc.

Juste avant ce carnet de croquis, Mike Mignola nous explique sa démarche, son inspiration, et ce qui l’a motivé à créer cet album. Nous apprendrons par exemple que malgré son envie d’être à la retraite, son besoin de dessiner est tellement fort qu’il n’a pas pu s’arrêter. L’ensemble donne un objet très intéressant et très complet, un très beau complément à la saga de Hellboy en somme, qui permettra aux plus nostalgiques de la grande époque de se replonger pour quelque temps dans le style et l’ambiance si particuliers des enquêtes paranormales du démon à corne, bien qu’il n’apparaisse pas dans l’ouvrage

De la recherche du coeur battant d’un sorcier mort depuis longtemps, à une fille pirate qui fait un pacte avec le diable, en passant par un garçon qui remporte un prix dans un jeu un peu macabre où pullulent les morts-vivants, Mike Mignola contruit un monde étrange d’une lumineuse fantaisie.

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Pour conclure…

Mike Mignola nous ravit une fois de plus avec son style si particulier, alliant ambiance horrifique, contes folkloriques, et dessins ciselés. Chaque histoire, qu’elle soit très courte ou plus conséquente, parvient à installer une atmosphère très enivrante et envoûtante, nous plongeant, le temps de la lecture, dans un autre monde où tout peut arriver. Reprenant le style de la saga Hellboy qui a fait son succès, l’auteur fait mouche une fois de plus en nous présentant son mystérieux Carnaval des Cadavres.

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