Hauntii

Le studio Moonloop nous livre un très beau jeu, à la fois visuellement audacieux et très poétique dans ses thématiques. Il fait le choix d’un chara-design tout en simplicité pour mieux nous épater par ses décors et ses environnements que nous allons (longuement) parcourir à la recherche de différents défis et énigmes à résoudre. Mélangeant bien les genres (twin stick, plateforme, jeu de tir, party game), Hauntii sait être généreux et diversifié. Cependant, cette profusion de mécaniques de jeu pose également parfois quelques soucis dans leur aboutissement, voyons plutôt… 

Ce test a été réalisé sur une version Nintendo Switch fournie par l’Éditeur.

Un Bien Beau Spectr’acle

Dans Hauntii, nous incarnons un fantôme perdu dans l’Éternité, ayant perdu la mémoire sur sa vie passée, il va chercher à savoir qui il est et qui il a été avant sa mort. Nous serons aidés dans notre quête par une Eternienne, habitante d’Éternité qui doit nous aider à faire notre ascension, et qui deviendra notre compagne de route. Tout au long de notre parcours, nous allons devoir retrouver des fragments de notre passé en participant à toute une série d’épreuves dans un environnement où la couleur noire domine, à l’exception de quelques zones de clarté.

Cependant, il faudra faire attention à ne pas quitter les chemins balisés par la lumière sous peine de se faire entraîner par des fantômes malveillants évoluant dans les ombres noires. Petit focus sur les souvenirs que nous découvrons tout au long de l’aventure qui sont très doux et poétiques, dessinés, eux, à l’inverse du reste du jeu, en noir sur fond blanc, sans doute afin de montrer qu’il s’agit du monde des vivants. Ils permettent de créer une véritable empathie pour le personnage que nous incarnons.

Enfin, parlons un peu plus en détail d’Eternienne, notre compagne de fortune. Bien que possédant les atours de la gentillesse et de la pureté (elle est représentée sous la forme d’un spectre banc volant lentement et gracieusement à nos côtés), les “habitants” du monde des morts n’auront de cesse de nous mettre en garde sur elle et de nous inciter à ne pas lui faire confiance, mystère mystère donc…

Fantôme à Sticks

La majorité du gameplay de Hauntii consiste à hanter toutes sortes de choses comme des arbres, des ennemis, la population ou des animaux afin de progresser d’une zone à l’autre du jeu ou bien développer des capacités inédites. Cette compétence peut être utilisée pour résoudre des puzzles ou pour nous faciliter la vie lors de certains combats. Lorsque l’on va hanter les arbres par exemple, nous aurons la possibilité de les secouer afin qu’ils libèrent des morceaux de lumière qui créeront à leur tour de nouveaux chemins blancs en touchant le sol, dévoilant petit à petit de nouvelles zones à explorer sans crainte d’être tué par les fantômes se cachant dans les zones sombres de la map.

La création d’un nouveau chemin blanc peut aussi être permise grâce à la résolution de certaines petites énigmes. Ces zones noires et mortelles, si elles ne sont pas trop conséquentes, peuvent être traversées grâce à un bouton de sprint, mais ce dernier est très limité dans le temps. La carte du monde, bien que reçue assez tardivement, est d’ailleurs très grande, avec de nombreuses zones à découvrir au fur et à mesure de notre exploration, chacune comprenant un nombre défini de souvenirs à récupérer, d’ennemis à combattre et de PNJ avec lesquels interagir. Lorsque nous aurons découvert un nombre défini de souvenirs, ces derniers étant représentés sous la forme d’étoiles, nous aurons la possibilité de nous rendre à une station pour y créer des constellations et débloquer la vision d’un souvenir et un point de compétence.

Le système de sauvegarde se fait via des checkpoints sous la forme de prismes en cristal sur lesquels il faut passer pour les activer. Le jeu est un twin stick, ce qui signifie que les deux joysticks sont utilisés, celui de gauche pour se déplacer, celui de droite pour tirer ou hanter. Hauntii a malheureusement quelques petits soucis de gameplay, comme une précision de tir et une perspective très moyennes, quelques bugs de son et oublis de traduction.

La perspective est la partie qui m’a posé le plus de soucis, je dois bien l’avouer… Le jeu étant entièrement réalisé en vue isométrique, la vision spatiale devrait s’en voir grandement simplifiée, mais ce n’est malheureusement pas le cas ici ! Je ne sais pas réellement s’il était dans l’intention des développeurs d’en faire une source de difficulté ou bien si c’est moi qui ai un problème de visualisation spatiale mais certaines épreuves nécessitant de jouer sur des alignements verticaux (par exemple se placer pile sous un ennemi volant afin de le toucher en tirant en l’air) m’ont posé beaucoup (trop) de soucis et donc de frustration. Je l’avoue, j’en ai abandonné plusieurs suite à de nombreux échecs liés à ce problème majeur du gameplay…

Mélodie en Sous-Sol

Le visuel de Hauntii est un line art fait main, qui ressemble à de la gravure. En effet, à l’inverse d’un dessin classique tracé en noir sur fond blanc, nous avons l’impression que c’est ici l’inverse et que les designers sont venus gratter dans la matière noire afin de créer des traits et des zones claires. Le tout donne un rendu très ambitieux, à cheval entre le clair-obscur complexe (on pensera à l’art de Druillet par exemple) et le pixel-art expérimental (façon Retour de Obra Dinn). Cela crée une véritable ambiance visuelle qui reste le point fort principal du jeu, à mon sens.

Les environnements sont très riches, peut-être parfois trop, et l’on a vite fait de ne plus savoir où donner de la tête. Le chara-design ainsi que les décors, les architectures et les créatures lorgnent sans s’en cacher du côté de Tim Burton, alliant courbes sinueuses et déformation parfois expressionnistes. Hauntii se divise en cinq grandes zones parmi lesquelles une forêt et une fête foraine pour n’en citer que deux et vous laisser la surprise du reste.

En résumé, bien que reprenant des poncifs artistiques assez éculés (associer l’art de Burton avec le monde de la mort n’est pas ce qu’il y a de plus original, vous en conviendrez), Hauntii sait largement tirer son épingle du jeu par des choix plus audacieux en ce qui concerne la colorimétrie et les ambiances très marquées. Le jeu est très beau et c’est surtout ça qu’il faut retenir car c’est essentiellement son aspect esthétique qui vous fera tenir et persévérer à certains moments où le gameplay montrera ses faiblesses.

Mention spéciale aux immenses ponts et aqueducs qui mènent d’une zone à l’autre, la caméra se permet alors un élargissement de plan qui parvient à créer un véritable effet “waw” tant les notions de gigantisme et de profondeur sont parfaitement gérées malgré la contrainte de la bichromie. La musique quant à elle, dans un style classique, est très jolie bien que discrète. Elle associe partitions symphoniques très mélodiques (vous entendrez des relents de John Williams et de Danny Elfman, pas de hasard ici) avec une emphase sur les violons, l’instrument devenu indispensable lorsque l’on veut évoquer la mort et les fantômes (La Danse Macabre de Camille Saint-Saëns n’est jamais très loin).

Pour conclure…

En conclusion, Hauntii est un jeu réussissant de véritables tours de force mais possédant également de grosses lacunes. Le jeu brille par sa direction artistique sans faute, tout en clair-obscur parfaitement géré afin de rendre un univers représentant un au-delà à la fois festif, mystérieux et poétique. Le gameplay est diversifié, la plupart du temps en twin stick où nous nous déplaçons dans des environnements modélisés en perspective isométrique, le tout ponctué de phases s’apparentant davantage à de la plateforme ou des mini jeux façon party-game (courses d’obstacles, courses de rapidité, jeu de tir, collecte d’items…). Malheureusement, certaines mécaniques ne sont, à mon sens, pas assez abouties pour tenir sur la longueur (le jeu pourra sembler assez long et répétitif à certains, ce fut mon cas) et leurs approximations peuvent assez vite empiéter sur l’amusement général que devrait procurer ce genre de jeux. 

La  note  de la  rédaction

3/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Direction Artistique

Musique

Gameplay Ambitieux

Les points négatifs

Mécaniques approximatives

Répétitif

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