Edge of Eternity

Ecran titre de "Edge of Eternity"

Le JRPG est un type de jeu exigeant et extrêmement codifié, adulé par des millions de joueurs de par le monde. Pas évident de s’y frotter donc, surtout quand on est une petite équipe française et qu’il s’agit d’un titre si ambitieux, tentant de rivaliser avec les grands classiques du genre. Difficile mais pas impossible ! C’est ce que vient de nous prouver Midgar Studio et Dear Villagers avec la sortie sur PC, PS4, PS5, Nintendo Switch (en version cloud), Xbox One et Series, d’Edge of Eternity. Une lettre d’amour écrite au JRPG par des concepteurs qui en sont férus. Mais une question se pose : cet amour sera-t-il réciproque ?

Tales of Corrosion

Heryon, planète en proie à la guerre depuis des décennies. L’affrontement entre humains et Archélites (un peuple extra-terrestre) fait rage et ne semble pas connaître d’issue. C’est dans ce contexte que Daryon, soldat de l’armée humaine, reçoit une lettre de sa sœur Sélène lui apprenant que leur mère est malade. Elle est atteinte de la corrosion, une étrange maladie mortelle et incurable, libérée par les Archélites. Elle lui écrit également qu’elle pense avoir trouvé un remède à la corrosion et demande à Daryon de venir la rejoindre dans leur maison natale. Le jeune homme est tiraillé entre son devoir et son envie de sauver sa mère. Alors qu’il est en plein doute, le destin va s’en mêler pour lui permettre de faire un choix. Envoyé sur une mission avec son groupe de soldats, Daryon verra tous ses compagnons succomber les uns après les autres. Dégouté et blessé, il désertera alors l’armée pour se lancer avec sa sœur dans une aventure qui pourrait bien changer l’issue de la guerre ainsi que le destin du monde. Certes, ce n’est pas le pitch le plus innovant qui soit. Mais Edge of Eternity prend le pari de nous accrocher avec les destins de ses protagonistes dans un monde où la population, déjà en infériorité technologique, manque de ressources. C’est là le vrai combat du récit, celui sur le champ de bataille étant très vite relégué au second plan.

les décors sont superbes dans "Edge of Eternity"

Y a pas que du JRPG là-dedans… 

Annoncé en février 2015, Edge of Eternity est le fruit d’une campagne de financement Kickstarter. Quelques 4 045 contributeurs et 161 246 € récoltés plus tard, les nîmois de Midgar nous proposent aujourd’hui une sortie console. Ce studio au nom prédestiné, évoquant Final Fantasy VII, a été fondé en 2008 et, fort de ses 10 années d’expérience, ils ont un jour décidé de donner vie à leur premier « grand » jeu, un hommage à ce genre qu’ils affectionnent tout particulièrement. Et pour que l’égard soit complet, les créateurs ont fait appel à un compositeur de renom pour collaborer avec Cédric Menendez (leur compositeur et sound designer maison) en la personne de Yasunori Mitsuda (les Xenoblade, Chrono Trigger, Chrono Cross ou encore Inazuma Eleven). Excusez du peu ! Lancée en accès anticipé en novembre 2018 sur Steam, la publication des chapitres s’est faite au fil du temps et des corrections de développement, ce qui explique en grande partie aujourd’hui les différences de niveau technique d’un chapitre à l’autre. Sachant que l’équipe de développement était vraiment resserrée (une quinzaine de personnes à la sortie du titre), l’exploit n’en est que plus beau.

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Encore un décor grandiose dans "Edge of Eternity"

Gemme le crafting ! 

Attaquons maintenant le nerf de la guerre : le gameplay. Comme évoqué à de nombreuses reprises depuis le début de cet article, Edge of Eternity est un JRPG, c’est à dire un jeu de rôle japonais. Pour le cas qui nous intéresse ici, on peut dire que c’est un RPG “à la japonaise”, qui en reprend donc les codes. Comme tant de hits ayant fait la renommée de ce style de jeu, on se retrouve avec des combats au tour par tour. Rien que du très classique jusque-là, avec un emprunt à la saga Final Fantasy par la présence d’une jauge ATB, qui impactera les héros et les ennemis. Les combats se déroulent sur des cases hexagonales appelées Nexus. Cela ajoute un côté stratégique aux joutes, dans le sens où les déplacements prennent de l’importance, que ce soit pour prendre un adversaire à revers ou pour utiliser un élément de l’environnement à son avantage. Sur certaines aires de combat, on peut dénicher des armes de jet fixes ou encore d’énormes cristaux qui renforcent les différents acteurs se trouvant sur les mêmes Nexus qu’eux. En dehors des affrontements, on évolue dans un monde ouvert où il sera possible de collecter des matériaux, pour fabriquer des armes et des équipements dans un atelier, et des gemmes qui serviront à octroyer des compétences aux armes des héros. Il existe également un cycle jour/nuit et des changements météorologiques qui influent sur les personnages, sur les faiblesses des ennemis ainsi que sur la présence de certains adversaires. Si les aller et retours vous ennuient, pas de panique. Il vous suffira de chevaucher un Nekaroo (un chocobo version chat, mais tout aussi mignon) qui, au-delà de vous conduire à bon port, pourra aussi vous aider à glaner des trésors enfouis grâce à son flair.

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And the winner is… 

Au vue de l’intro entièrement réalisée en 3D et dont les graphismes ne sont pas vraiment à la hauteur, je craignais que le reste du jeu soit du même acabit. Or, à mon grand soulagement, ce ne fut pas le cas ! Et dès cet écueil passé, on oublie la modélisation en 3D discutable des personnages pour découvrir des environnements enchanteurs, le tout rehaussés par des illustrations de toute beauté lors des phases de dialogues. On est vite emporté dans les différentes quêtes et on se perd souvent au détour d’une énigme, retardant le moment de continuer l’intrigue principale juste pour profiter encore un peu de la musique et de la beauté des décors. On ne va pas se mentir, parfois on flâne par obligation. En cause ? Un léger manque d’indications sur les missions ou sur les buts à atteindre, qui peut être handicapant par moment. Si le système de combat au tour par tour est parfois un peu lourd, l’ajout de la dimension stratégique m’a beaucoup plu. Idem pour les challenges à réaliser lors des combats afin de gagner des récompenses supplémentaires. Et ce, même si celles-ci ne sont pas toujours adaptées au niveau de votre équipe. Au final, j’ai été happée dans ce jeu et même les fréquents bugs d’affichage ou les baisses de framerate (un comble sur PlayStation 5) ne m’ont pas réellement gênée. On s’attache très vite aux personnages et à leur destin et les dialogues bien écris ajoutent une touche d’humour et de fraîcheur bienvenue. J’ai beaucoup aimé me battre pour sauver Heryon et j’y retournerais sans doute en exploration dès que mon emploi du temps me le permettra.

Pour conclure…

Finalement, Edge of Eternity rate de peu le statut de très bon jeu, pêchant par excès d’ambition. On ne peut qu’espérer qu’un patch soit mis en ligne afin de régler les différents bugs du titre afin de le rendre plus fluide. Toutefois, pour un hommage aux JRPG de la grande époque, celui-ci est vraiment réussi. Si vous arrivez à passer outre les limitations techniques dûes au manque de moyen du studio, vous devriez parcourir le monde d’Heryon avec beaucoup de plaisir. Pour un premier essai, Midgar Studio s’en tire avec les honneurs. Je suivrais désormais avec attention leur prochaines productions qui, avec plus de temps et une équipe plus grande, pourraient faire rentrer les français dans la cour des grands.

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

La musique est de toute beauté

Les décors sont splendides

Le petit côté stratégique des combats est plaisant

Le contenu est riche et le bestiaire varié

Les points négatifs

Encore trop de bugs sonores et d’affichage, et énormément de baisse de framerate (même sur PlayStation 5)

Le système de résolution de certaines énigmes est trop fastidieux

La modélisation 3D des personnages n’est pas franchement réussie

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