30 Birds

30 Birds est le premier jeu du studio bruxellois Ram Ram Studio, composé de deux personnes, et qui a été soutenu par ARTE France ainsi que par la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone), rien que ça ! Et on ne peut pas leur donner tort, tant le jeu est d’une pure beauté graphique, avec une direction artistique assumée, comme on aime en voir dans les jeux indépendants.

Ce test a été réalisé sur une version PC (Steam Deck) fournie par l’Éditeur.

Les Ritourn’ailes

La déesse de Lantern City, Simurgh, s’est fait capturer par un mystérieux scientifique. Zig, notre personnage, doit tenter de la sauver car son absence inquiète beaucoup de monde. D’après la légende, les trente oiseaux chanteurs seraient nécessaires pour que la déesse revienne. Telle est donc la mission de Zig : découvrir où se trouvent tous les oiseaux. Certains vivent leur vie parmi la population quand d’autres sont coincés en cage. C’est à travers un paysage complètement onirique de villes “lanternes volantes” que notre héroïne commence sa quête, bercée par la musique et les rencontres en tout genre.

Comme les Ramages…

Le gameplay de 30 Birds est relativement simple et consiste à explorer les différents environnements, ramasser quelques collectibles, et discuter avec les PNJ, hauts en couleurs pour la plupart, et enfin résoudre quelques énigmes afin de retrouver les oiseaux les mieux cachés. De temps à autre donc, l’exploration sera ponctuée de mini-jeux dont le thème sera principalement axé sur la musique ou encore le dessin (mais pas que). Ces mini-jeux sont plutôt faciles à résoudre, et là n’est pas tant l’intérêt du jeu. Cependant, je les ai trouvés très créatifs et originaux dans leur concept. Mais la force de 30 Birds, ce qui vous fera rester, c’est avant tout son univers.

Complètement fantasmagorique et inspiré du passé médiéval du Moyen-Orient, chaque personne que l’on rencontre est un concept à lui tout seul. Notre aventure prend place lors d’un festival et, bien que son issue se soit (mal) terminée par la disparition de la déesse, les environnements fourmillent de monde et il est très agréable de pouvoir leur parler presque à chacun, quand bien même tous ne sont pas utiles à notre quête. Certains seront des éléments clés quand d’autres pourront nous indiquer notre chemin une fois perdu, et certains encore ne seront là “que” pour développer le lore de l’univers, hyper créatif je le répète. D’abord cantonnée à une seule ville, Zig va très vite découvrir qu’elle peut se déplacer dans d’autres “lanternes”, chacune avec une thématique qui lui est propre et son lot d’amis oiseaux à trouver.

Une fois l’environnement parcouru et les énigmes résolues, vous pourrez alors dialoguer avec les volatiles qui accepteront ainsi de rejoindre votre répertoire téléphonique, en vue de les appeler et de tous se réunir une fois atteint le nombre de 30 afin d’entamer le chant de libération de Simurgh. Ce téléphone sera également utile à d’autres choses, comme afficher une carte des lieux, parcourir les menus, ou encore vérifier notre journal de quêtes ou parcourir notre inventaire. L’univers est riche de découvertes et d’érudition, il fait d’ailleurs appel à tous ce que la culture orientale a développé au fil de son histoire comme l’art, la musique, l’astronomie, l’architecture, les mathématiques, etc. 30 Birds est un jeu atypique qui mêle beauté intellectuelle et visuelle.

Lanternes Magiques

Et parlons-en de sa beauté visuelle ! 30 Birds est un jeu qui nous fait voyager entre contes et réalité, fortement imprégné de réalisme magique. Le nom du jeu serait un jeu de mots avec le nom “Simurgh”, qui se prononce comme “trente oiseaux” en persan. D’ailleurs, le clin d’œil aux références persanes ne s’arrête pas là puisque la direction artistique toute entière (ou presque) est inspirée des miniatures persanes, ainsi que des kamishibaïs, petits théâtres ambulants japonais, composés de papier. Ces références à la culture persane seront loin d’être les seules, car, au cours de nos investigations, nous allons rencontrer des Djinns, figures mythologiques du Moyen-Orient, et donc de la Perse.

La direction artistique de 30 Birds est incroyablement soignée et créative. On navigue entre de la 2D et de la 3D sans jamais vraiment savoir si on est dans l’un ou dans l’autre. En effet, le jeu a des allures de livre pop-up, qui va offrir de beaux jeux de perspectives. Le monde de 30 Birds est composé de lanternes en papier de la taille de villes qui flottent, et chaque fois que nous entrons dans un bâtiment, nous sommes “téléportés” dans une nouvelle lanterne, plus petite. Toutes ces lanternes ont un effet de papier aquarelle peint. On peut même y voir les sillons que l’eau a laissés en séchant. Les couleurs sont cependant plus soutenues que des couleurs aquarelles, sans toutefois être tape à l’œil ou de mauvais goût.

On comprend au premier coup d’œil que les couleurs sont “lumineuses” et que l’équipe créative a trouvé un juste milieu entre un aspect classique et moderne. C’est très réussi, et donne aussi un petit côté “vitrail” du plus bel effet. Le tout est ponctué de touches très contemporaines et très pop, le jeu se déroulant finalement à une époque où l’on croise des synthétiseurs et des distributeurs automatiques. Nos déplacements se font sur les surfaces planes d’un cube (la forme de la lanterne), et lorsque nous arrivons au bord d’une face, nous passons l’angle pour continuer notre marche sur une autre face de ce cube. Cela donne un effet du tonnerre et rappellera des jeux comme Fez, ou, plus récemment, Le Vaillant Petit Page.

Concernant le sound design, il est très inspiré du Moyen-Orient et/ou de l’Inde pour certaines tonalités, mais est également très contemporain et moderne, entre autres avec les différents instruments que l’on va essayer lors des mini-jeux qui, eux, possèdent des sons très synthétiques, presque midi. La bande originale est discrète et laisse surtout place aux sons d’environnement comme des discussions, du vent, de la musique ambiante ou encore le bruit du tram qui nous permet de voyager entre les villes. Cela rend le monde très immersif et reflète très bien cette ambiance de début de soirée d’été dans un monde où les gens vivent autant dehors que dedans, en particulier un soir de fête.

Quid du Steam Deck ?

Concernant la maniabilité du jeu sur le Steam Deck, je n’ai rien de particulier à redire. Le jeu tourne bien et se prête bien à l’aspect portatif de la console, les menus n’étant ni trop petits ni trop encombrants. J’ai juste été gênée à certains moments par le curseur de souris blanc qui apparaît lors des cinématiques ou des menus. Il n’est cependant pas du tout dérangeant et ne m’empêche pas de faire mes actions. L’écran retransmet bien les nombreux détails et les superbes couleurs des environnements et permet même d’apprécier le décor dans son ensemble en un coup d’œil, là où un écran plus grand aurait peut-être saturé notre regard tant il se passe de choses autour de nous dans cette ville en euphorie.

Rencontre avec Ram Ram Studio

Au détour d’une conversation, j’ai pu échanger avec Ram Ram Studio, composé de Coline et de Laurent. Voici ce qu’il est ressorti de cet entretien. Coline est auteure et issue de l’illustration et de la bande dessinée alternative Bruxelloise, qui, on le sait, est extrêmement riche et variée. Laurent, quant à lui est programmeur et musicien avec une formation en philosophie et littérature.

Leurs locaux se situent dans un grand bureau en plein cœur de Bruxelles, partagé avec d’autres développeurs, comme Tolima, par exemple, le studio qui a développé Koira, que j’avais également pu tester cette année. Le Studio travaille en étroite collaboration avec Business Goose, studio fondé par trois amis, avec qui ils mélangent leur créativité, leur expertise et leur talent. Ram Ram Studio a été nominé pour les Belgian Games Awards, ce qui est une grande joie pour la petite équipe. N’hésitez pas à leur apporter votre soutien !

Nés il y a 10 ans lors d’un voyage à Istanbul, Coline et Laurent avaient créé un journal de bord interactif inspiré des miniatures persanes. De là est né 30 Birds. Mais Bruxelles n’est pas en reste et a elle aussi inspiré le Studio. Je vous parle ci-dessus de l’aspect “vitrail” des lanternes, et je suis contente de ne pas m’être trompée car Coline me confirme que ces derniers, très présents dans l’architecture bruxelloise ont été une source d’inspiration presque aussi importante que des arts persan.

Pour conclure…

30 Birds est une véritable pépite visuelle ! Le monde créé par le Ram Ram Studio est tout simplement superbe et intéressant à parcourir. Bien que le gameplay, l’histoire et les énigmes soient assez simples, la direction artistique aux mille détails qui s’offre à nous compense largement. Le jeu en devient même très relaxant car il n’offre finalement pas de défi particulier si ce n’est celui de fourrer son nez un peu partout et fouiner afin de ne rien rater de ce que l’imagination des créateurs a pu nous préparer. Fortement axé sur l’onirisme et l’érudition, 30 Birds est un jeu à parcourir sans hésitation afin de passer un beau moment de détente.

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Direction artistique 

Univers original et riche

Axé sur la beauté et l’érudition

Gameplay très accessible

Les points négatifs

N’offre pas de défi particulier

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