Revenons un peu en arrière, au mois d’avril plus exactement. Je vous faisais alors découvrir un manga post-apocalyptique mettant en scène une épidémie causée par des machines et ayant mené à la quasi extinction de l’humanité. Cette série complète en trois tomes et intitulée Baby vient de trouver sa conclusion avec une sortie en librairie le 17 septembre 2025. Alors que l’héroïne Elisa vient de dévoiler à ses alliés humains son infection par Baby, l’avenir s’annonce bien sombre pour les survivants. Vont-ils choisir d’accepter l’aide d’Elisa ou céder à la peur ? Nous avons désormais la réponse.
Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.


Greffe d’organo
50% femme. 50% machine. 100% badass !
1er décembre 2043… Le “Jour du Jugement” est proche. Dans les rues délabrées de Taïwan un parasite inconnu, Baby transforme les êtres humains en monstres mécaniques, provoquant un véritable carnage et poussant l’humanité au bord de l’extinction. Attaquée par l’un de ces mutants, Élisa survit, mais un Baby réussit à s’introduire dans sa main gauche, sans pour autant la transformer en un hybride mécanique ! Un an plus tard, Élisa décide de quitter la ville pour faire toute la lumière sur cette affaire. Alors qu’elle est gravement blessée, elle croise sous terre une équipe de chercheurs en mission secrète : ils doivent ramener une mystérieuse jeune fille nommée Alice au sanctuaire des humains. Alors qu’ils sont cernés par les mutants et se demandent si leur dernière heure a sonné, Alice pourrait bien être la clé de l’énigme… Quelle est la véritable origine de Baby ? Le mystère qui se cache derrière tout ce chaos sera élucidé au moment même où l’identité d’Alice sera révélée…Après Yan, Chang Sheng revisite le récit postapocalyptique et le survival dans une trilogie d’action survitaminée, entre Parasite et The Walking Dead !
Glénat

Baby nous plonge dans un monde en ruine ou la plupart de l’humanité a été infectée par un parasite mécanique nommé Baby, se transformant du même coup en organos : hybrides humain/machine cherchant à anéantir les derniers vestiges du monde humain. Dans cette société annihilée, nous rencontrons Elisa, une ex-policière, infectée par le parasite robotique sans pour autant muter en organo. Vivant seule avec DR-34 un robot médical programmé pour apprendre à interagir avec les humains, la jeune femme tente par tous les moyens de capturer un organo vivant afin de comprendre comment retirer cette bombe à retardement qui vit en elle et pourrais la faire muter à n’importe quel moment.

C’est lors de la traque d’un cyborg particulièrement puissant qu’Elisa finit dans le métro. Dans le même temps, une escouade de sauvetage ayant pour but de localiser une enfant apparemment capable d’arrêter les organos. Mais alors que les militaires menés par Ryan localisent la fillette, nommée Alice, elle leur indique l’emplacement d’un groupe de survivants et refuse de partir sans eux. Obligés de prendre la tête du groupe, les militaires font la connaissance d’Elisa qui finit par se débarrasser de son adversaire. En route vers le bunker qui leur sert de QG, La petite troupe fait face à une attaque massive d’organos, qui se termine sans victime grâce à l’intervention d’Elisa qui dévoile malgré elle son statut d’infectée. Une question se pose alors, comment les autres membres du groupe vont-ils prendre cette révélation ?

Bunker et trahisons
Comme prévu, dans le tome 2 de Baby, la transformation d’Elisa divise le groupe de réfugié qui ignore encore si ils peuvent faire confiance à la jeune femme après sa démonstration de force. C’est alors que l’un des réfugiés, qui s’avère être le chef du “Projet Baby” et l’un des concepteur du parasite est reconnu par Elisa comme étant le Dr Nohman. Après une rapide explication sur la création du vecteur d’extermination de l’humanité, Tatiana, adolescente trouvée seule dans une rame de métro, se déchaîne contre Elisa.

La traitant de monstre, cette dernière implique à l’ex-policière l’attaque qui vient de se produire, obligeant la jeune femme à se séparer du groupe pour partir en solitaire, non sans avoir auparavant promis à Alice de revenir. C’est donc avec DR-34 pour seule compagnie qu’Elisa prend un chemin différent. Malheureusement, à peine sorti du métro et alors qu’ils empruntent une voie rapide qui les laisse particulièrement à découvert, DR-34 et Elisa sont attaqués par des organos volants. S’ils veulent survivre ils vont devoir faire un choix, même si ce n’est pas forcément Elisa qui aura le dernier mot…
Lisez un extrait de Baby – Tome 2 ici !
On ne laisse pas Baby dans un coin…

Alors qu’Elisa vient de repartir du camp des “défectueux” (des humains n’ayant jamais terminé leur évolution en organos) après avoir appris à contrôler son pouvoir auprès du Seigneur de la Terre, leur chef, le tome 3 de Baby s’ouvre alors que Kenny emmène Alice avec lui. Alors que le soldat est rattrapé par ses coéquipiers et par Simba, il se révèle être un traître dont la mission est d’enlever Alice pour la conduire auprès de la Matrice. Cependant, alors qu’il s’apprête à partir, Elisa débarque bien décidée à l’empêcher de nuire.

Mise sur la voie par une photo glanée auprès du marchand du camp des défectueux, elle force Kenny à s’expliquer avant que celui-ci ne réussisse à prendre la fuite avec la fillette. Lancée à sa poursuite, Elisa parvient à le rattraper, suivie par Ryan, Jim et Simba. Mais alors que Kenny vaincu va leur divulguer des informations cruciales, il est abattu par Tatiana qui est en fait un organo sous camouflage humain. Commence alors pour Elisa une rude bataille, contre un organo surarmé et dont l’issue pourrait bien déterminer le destin de l’humanité…
Découvrez un extrait de Baby – Tome 3 ici !
Eli-mine le moral des troupes
Je le pressentais dans ma dernière critique de Baby, entre Kenny qui suintait la traîtrise et Tatiana dont l’introduction était pour le moins ambigu, me faisant suspecter d’emblé un double jeu, je ne m’étais pas trompée. J’imagine que cela tient certainement à sa nature de trilogie, mais les ficelles narratives sont soit très grosses, soit tellement ténues que certains événements sont balancés comme ça sans aucune montée en puissance dramatique. Décidément, les tomes 2 et 3 de Baby confirment le ressenti que j’avais eu lors de ma lecture du premier volume, à savoir que du début à la fin j’ai été incapable de m’attacher aux personnages, le seul arrivant à m’apparaître sympathique et humain dans ce ramassis de cliché étant le robot DR-34. Un comble !

En effet, entre Elisa qui est insupportable avec ses accès de colères aussi incompréhensibles que récurrents, Jim et Ryan qui sont le cliché de soldat entraînés et obéissants, Simba qui n’arrive jamais à sortir de son rôle de gros râleur, les défectueux qui sont totalement inexistant point de vue personnalité, il y a de quoi faire. Seule Alice tire un peu son épingle du jeu, mais là encore Baby manque cruellement de développement pour nous permettre de mieux cerner les motivations et autres psychées des personnages. Ainsi, certains ressorts dramatiques tombent complètement à plat, comme lors du sacrifice d’une réfugiée pour permettre à Simba de survivre sous prétexte qu’elle est… amoureuse de lui !?! Sachant que rien, mais alors strictement rien ne présageait un quelconque rapprochement entre les deux.

Dans le même ordre d’idée, les motivations des divers antagonistes comme Kenny, Tatiana et même de celle qui est réellement derrière l’invasion de Baby sont cousues de fil blanc et peine à me convaincre, me faisant voir le manga de Chang Sheng comme une banale intrigue avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre, sans aucune nuance de gris.

Moi qui adore les récit où la frontière est ténue entre le bien et le mal et où le héros oscille parfois entre l’un et l’autre sans trop savoir de quel côté il se trouve (a ce titre Pour le pire, Choujin X et même After God font, pour moi, figure de référence) Je ne suis pas vraiment à la fête avec Baby. Pour autant, je me dois de reconnaître que niveau graphismes et mise en scène Chang Sheng à un niveau très élevé, tant on en prend plein les yeux sans discontinuer au fil des pages. Que ce soit les moments où les protagonistes sont statiques ou ceux lorsque l’action est complètement débridée, il n’y a rien a redire. C’est beau, c’est nerveux et c’est dynamique comme pas permis.

Il est d’ailleurs extrêmement dommage qu’un tel écrin soit un peu gâché par les défauts énumérés plus haut. Je pense sincèrement ne pas avoir compris outre mesure les intentions de Chang Sheng avec son récit et je suis certaine que d’autres lecteurs ne manqueront pas de trouver à Baby bien plus de qualités que moi. J’ai tenu jusqu’à l’épilogue de la série par pure curiosité, mais je ne suis pas certaine de renouveler l’expérience si d’aventure le mangaka se lançait dans la publication d’un Baby 2, comme il l’évoque dans la postface.
C’est sur un bilan assez mitigé que se termine Baby. Non que l’histoire ne soit pas dotée de qualités ou que le style graphique laisse à désirer, loin de là. Pour autant, l’intrigue menée tambour battant du fait de son statut de trilogie, empêche véritablement l’implication du lecteur en ne brossant que superficiellement le portrait des personnages rencontrés. Il est donc impossible d’établir une réelle connexion émotionnelle avec eux et donc de se préoccuper de leur sort. Pour couronner le tout, nombre de rebondissements s’avèrent extrêmement prévisibles, à tel point que l’on se demande comment les protagonistes eux-mêmes ont pu survivre si longtemps avec un aveuglement pareil. Certes il faut bien prendre en compte qu’il s’agit d’une des premières oeuvres de Chang Sheng, mais, si comme il en parle dans la postface du dernier tome, il parvient un jour à faire publier une deuxième partie à Baby, pas sûre que je répondrais présente pour retrouver Elisa et Alice.




