Baby – Tome 1

Après avoir intégré en 2024 à leur catalogue, Yan, la dernière œuvre de Chang Sheng, les éditions Glénat réitère en traduisant en français la deuxième intrigue de l’auteur chinois, elle aussi en trois volumes : Baby. Bercé aux mangas, comics et autres long-métrages cinématographiques, le dessinateur s’est servi de ses influences pour nous concocté un récit de science fiction ou l’humanité a été décimée après que les humains se soient vus parasité par un organisme robotique les transformant en androïdes mi-organiques mi-mécaniques. Sorti en librairie le 2 avril 2025, Baby tome 1 voit l’ultime confrontation des survivants contre leurs congénères transformés en armes mortelles.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Parasite Eli

50% femme. 50% machine. 100% badass !

1er décembre 2043… Le “Jour du Jugement” est proche. Dans les rues délabrées de Taïwan un parasite inconnu, Baby transforme les êtres humains en monstres mécaniques, provoquant un véritable carnage et poussant l’humanité au bord de l’extinction. Attaquée par l’un de ces mutants, Élisa survit, mais un Baby réussit à s’introduire dans sa main gauche, sans pour autant la transformer en un hybride mécanique ! Un an plus tard, Élisa décide de quitter la ville pour faire toute la lumière sur cette affaire. Alors qu’elle est gravement blessée, elle croise sous terre une équipe de chercheurs en mission secrète : ils doivent ramener une mystérieuse jeune fille nommée Alice au sanctuaire des humains. Alors qu’ils sont cernés par les mutants et se demandent si leur dernière heure a sonné, Alice pourrait bien être la clé de l’énigme… Quelle est la véritable origine de Baby ? Le mystère qui se cache derrière tout ce chaos sera élucidé au moment même où l’identité d’Alice sera révélée…Après Yan, Chang Sheng revisite le récit postapocalyptique et le survival dans une trilogie d’action survitaminée, entre Parasite et The Walking Dead !

Glénat

Baby commence alors que des hélicoptères militaires foncent vers une mégapole afin de circonscrire des émeutes causées par des mutants ayant attaqué des civils. Changement de lieu, nous voilà dans une église au sommet d’un gratte-ciel, dans laquelle une jeune policière est violemment projetée par un homme d’apparence banale. Toutefois, ce dernier finit par se transformer en créature mi-humaine mi-organique et attaque la policière qui a bien du mal à se défendre face à la force colossale de son adversaire. Après un combat acharné, elle arrive à le vaincre et trouve alors le parasite qui transformé le pauvre homme.

Alors qu’elle l’examine, ce dernier se réactive et lui rentre dans la main, la condamnant à subir le même sort. Contre toute attente, un an plus tard, la policière nommée Elisa n’a toujours pas muté et si ce n’est des douleurs dans la main, rien ne semble avoir changé en elle. Alors que l’humanité est aux portes de l’extinction à cause des organos (humains infectés par le parasite Baby), elle cherche par tous les moyens à survivre et à capturer un organo vivant afin de découvrir comment se débarrasser du parasite qui vit en elle. Avec son indéfectible complice, le robot médical DR-34, elle tente de s’emparer d’un organo tank, mais ce dernier se révèle bien plus puissant qu’elle ne l’avait imaginé et la jeune femme finit par acculer le cyborg dans le métro.

Dans le même temps, une unité militaire de sauvetage débarque afin de retrouver une enfant qui, selon leurs informations, aurait un pouvoir capable de détruire les organos. Après avoir sécurisé l’enfant appelée Alice, les militaires sont guidés par cette dernière jusqu’à un groupe de survivants. Déterminée à ne pas les abandonner, la fillette parvient à imposer à ses sauveurs d’emmener le groupe avec eux. Afin d’évacuer les civils vers leur base, Ryan le chef de l’expédition prévoit d’utiliser le réseau de métro. C’est là que les deux groupes vont se rencontrer, pour le meilleur ou… pour le pire ?

Lisez un extrait de Baby – Tome 1 ici !

Alice au pays des appareils

Derrière ce récit de science-fiction apocalyptique on peut trouver Chang Sheng un dessinateur de manhua (bande-dessinée chinoise) qui s’est découvert sur le tard, puisque jusqu’à l’âge de 35 ans il travaillait dans la publicité. Né en 1968 à Taipei, capitale de Taiwan, il est sorti diplômé de l’école d’art et de commerce Fu-Hsin, section peinture occidentale. Voilà qui explique peut-être le style très occidental de ses personnages qui ont pour point commun d’avoir beaucoup de caractéristiques communes avec des super-héros. C’est donc en 2004 qu’il quitte tout pour poursuivre son rêve d’enfant de devenir mangaka en publiant X Girl et Stanle.

Baby est ainsi la troisième histoire de Chang Sheng, qui a depuis publié Oldman et Yan, même si en réalité ce projet est le premier de tous, comme il l’explique dans la postface du tome 1. En effet, il semblerait que l’intrigue de Baby, ainsi que ces premières esquisses datent de bien avant l’an 2000 et que les deux premiers essais pour publier cette histoire se soient soldés par un échec, se transformant en X Girl et Stanle. Pour autant, le dessinateur ne s’est pas laissé démonter et il admet lui-même que c’est en faisant renaître Elisa qu’il a définitivement forgé son style.

Baby est donc un tournant dans la carrière, tout autant qu’une œuvre importante, aux yeux de son créateur. Il faut bien reconnaître que graphiquement parlant, Baby est assez remarquable par ses dessins aux influences subtiles venus du comics, tout autant que par le cadrage de ses cases empruntant beaucoup à la mise en scène cinématographique. Il en ressort des planches d’une énergie et d’une explosivité folle ou le lecteur en prend plein les yeux à chaque case. Pour autant, l’ensemble reste clair et lisible et ce malgré la quantité de détails astronomiques présents sur chaque organo. Voilà qui est représentatif de la maîtrise de l’artiste qui sait s’amuser avec ses références tout en les intégrant à son univers propre et cela fonctionne admirablement bien, sauf que…

Organo Génétiquement Motorisé

Quand j’ai commencé à m’intéresser à Baby, il faut bien le dire le pitch m’avait interpellé et rendu curieuse de découvrir l’œuvre de Chang Sheng. Mais cela s’est très vite compliqué une fois le tome en main et cela explique également que j’ai mis autant de temps avant d’en faire une critique. En effet, je ne suis à la base pas une fanatique de la science-fiction ou des récits d’anticipation, même si j’ai eu quelques coups de cœur récent, avec la série Fool Night, aussi disponible chez Glénat, notamment. Pour autant, ce ne sont pas des univers vers lesquels je vais me tourner assez facilement, même si, dans le cas de Baby j’étais assez curieuse de découvrir comment un parasite robotisé pouvait transformer les humains en organismes cybernétiques.

Or, il se trouve que chez moi la curiosité est une composante de ma personnalité assez poussée qui me force à toujours aller au fond des choses, et c’est là que le bât blesse dans le cas de Baby. Certes je ne peux absolument rien reprocher au mangaka en termes de graphismes, tant ces derniers sont superbes, avec une grosse influence comics, ce qui n’est absolument pas pour me déplaire. Idem pour la mise en scène très cinématographique de l’histoire, avec des combats extrêmement bien chorégraphiés, d’une énergie peu commune avec des dessins ou l’on ressent l’impact du moindre coup porté. Mais alors me direz-vous, quel peut bien être le souci si cela ne concerne pas l’intrigue, les dessins ou la mise en scène ? Et bien il s’agit tout simplement d’un manque de sentiment en ce qui me concerne.

Je m’explique… Comme Baby est une intrigue complète en trois tomes, l’introduction des personnages est expédiée très rapidement pour pouvoir faire avancer le scénario. Or il se trouve que j’ai besoin d’en savoir un minimum sur les protagonistes pour pouvoir m’y attacher et avoir envie de savoir ce qu’il va leur arriver. Rappelez-vous de mes critiques de Time Salvager et De Neiges et de Flammes, dans les deux cas je n’étais pas parvenue à entrer dans le récit à cause d’un manque d’empathie à l’égard de ses acteurs. Et c’est exactement ce qui se passe avec Baby, comme on ne sait quasiment rien d’Elisa, à part qu’elle a été contaminée par Baby après une intervention de la Police dont elle faisait partie, cela n’aide en rien à créer une connexion avec le lecteur.

Peut-être qu’avec un tout petit peu plus de contexte (pourquoi s’est-elle retrouvée à combattre un homme en train de muter et dans une église au sommet d’un gratte-ciel qui plus est ? Pourquoi était-elle seule à combattre ? Quel est ce fameux cauchemar qu’elle semble faire toutes les nuits ?), j’aurais pu m’intéresser un peu plus à son sort qui pour l’instant m’indiffère totalement, tout comme celui d’Alice et des survivants qu’Elisa à croisé par hasard et dont on ne sait guère plus de choses. Il n’y a qu’Alice et DR-34, petite touche d’humour bienvenue dans cet univers bien trop premier degré, qui m’apparaissent sympathique à la fin du tome 1, quand les autres sont au mieux insupportable (Aaah, Elisa, ses provocations et autres crises de colère à répétition), au pire inexistant (vive les membres de l’équipe de sauvetage tout aussi interchangeables les uns que les autres).

Tout comme avec After God à ses débuts, j’ignore encore quoi penser de Baby. Cela étant, je suis déterminée à suivre l’histoire jusqu’à son épilogue, ne serait-ce que pour comprendre où Chang Sheng souhaite nous amener, même si je suis à peu près certaine de l’implication de Tatiana et de Kenny dans des problèmes à venir. Et puis après tout rien que pour la beauté des organos aussi perturbants qu’impressionnants, le manhua de Chang Sheng mérite bien qu’on lui laisse sa chance malgré tout. On se revoit donc à la sortie du tome 2 de Baby le 2 juillet 2025.

Pour conclure…

C’est donc avec beaucoup de réserves que nous a laissé la lecture de ce tome 1 de Baby, aussi intrigant de par son pitch et sa promesse de base, que déceptif dans sa narration. Malgré des dessins somptueux, de nombreux mystères à élucider et une mise en scène digne des plus grands blockbuster américain, le manque de contexte de l’intrigue nuit cruellement à l’attachement aux personnages. Un gros frein qui pourrait bien nous empêcher de nous immerger dans le récit, tant nous ne sommes pas plus que ça concernés par le destin de ces êtres dont on ne sait absolument rien au final. Heureusement, DR-34 et Alice amènent un peu de légèreté par moment, mais pas sûre que cela soit suffisant pour nous embarquer jusqu’au terme des trois tomes prévu pour mener le scénario à sa conclusion. Pour autant, on a déjà vu des volumes 2 nous faire changer radicalement d’avis, c’est pour cela que nous allons attendre Baby tome 2 prévu pour le 2 juillet 2025 avant de nous faire un avis plus définitif.

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