After God – Tome 1 à 4

Quand les humains décident de s’opposer aux dieux, la bataille est loin d’être gagnée et ce n’est pas Sumi Eno qui prétendra le contraire. Avec After God, série commencée en 2021 sur la plateforme web Ura Sunday et désormais disponible en France grâce à l’éditeur Glénat, la mangaka nous emporte dans une bataille au long court dont dépend le destin de la race humaine tout entière. Heureusement pour nous, il reste un espoir et ce dernier s’appelle… Waka !

Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.

R-IPO-ste humaine

Pardonner aux divinités ? Impossible…

Alors que des divinités ont envahi le Japon, la jeune Waka cherche à s’introduire dans cette zone dangereuse de Tokyo, bien décidée à retrouver son amie disparue. Seulement, la jeune fille est habitée par “quelque chose”… S’agit-il du déclencheur de la ruine et de la destruction ? Ou bien est-ce l’arme qui sauvera le monde ?
Sumi Eno explore le thème du déicide dans le monde contemporain avec des scènes extraordinairement détaillées et violentes qui sont sa marque de fabrique. Mais elle n’hésite pas non plus à ponctuer son récit de moments plus légers et drôles qui humanisent ses personnages.
Avec After God, Sumi Eno signe une œuvre intensément perturbante, mais dont la maestria graphique vous emporte aux frontières des pouvoirs et de la manipulation.

Glénat

After God commence alors que des divinités (aussi nommés IPO) sont apparues subitement sur Terre 30 ans auparavant, contaminant les sols et l’air surtout dans l’archipel du Japon, faisant de ces territoires des zones dangereuses totalement interdites d’accès aux êtres humains sauf aux membres de l’institut de Recherche Anti-Divinité. C’est lors de sa patrouille que Tokinaga, le vétérinaire de l’Institut, rencontre une adolescente devant la frontière délimitant une zone dangereuse.

La jeune fille, nommée Waka, lui explique être à la recherche d’une amie. Interrompu par Yon, une jeune femme qui a décidé de servir une divinité en échange de son pouvoir, Tokinaga est pris pour cible, mais Waka qui semble avoir un pouvoir équivalent à ceux d’un IPO s’interpose. Après la fuite de Yon et l’évanouissement de Waka, cette dernière est transportée à l’Institut afin de déterminer si elle est une menace ou un allié des hommes. Quel secret cache donc l’adolescente ? Pourquoi les dieux sont-ils aussi immobiles depuis de nombreuses années ? Que recherchent-ils ? C’est à Tokinaga et ses collègues de le découvrir.

Découvrez un extrait de After God – Tome 1 ici !

La Divine Tragédie

Sumi Eno, qui se cache derrière After God, fait partie de ces mangakas que l’on découvre en France via leur première ou deuxième oeuvre (dans son cas) et dont on ne sait absolument rien par ailleurs, à l’instar de Fe autrice de Love of Kill disponible chez Vega Dupuis que nous avons découvert récemment. Mais autant cette dernière se dévoile légèrement au fil de ses pages en nous abreuvant de trivia sur la création de son intrigue, autant Sumi Eno se contente de clarification ou de mise en contexte des références utilisées dans le manga et qui sont parfois extrêmement obscures pour le grand public.

Tout juste sait-on que sa première histoire, intitulée Ajuu-Tan, est une romance sur fond de maladie rendant les hommes aussi sanguinaires que des bêtes. Toutefois, on s’aperçoit au premier coup d’œil de la maîtrise graphique de la mangaka qui met en scène des divinités aussi belles que dérangeantes. Chacune de ses cases est un régal pour les yeux, fourmillant de milles détails sans pour autant nuire à la lisibilité de l’action, ce qui est un sacré exploit. Aussi à l’aise dans la représentation de ses personnages humains que ceux animaux, l’autrice alterne les poses statiques et les mouvements avec un naturel qui renforce le réalisme de la fiction rendant la mise en scène d’After God extrêmement fluide.

Floutage de gueule

Depuis que le monde est monde, l’Homme a attribué sa création à des dieux divers et variés. Il n’est donc pas surprenant que les Dieux et leurs apôtres soient un sujet de choix pour les œuvres de fiction. Qu’ils cherchent la destruction de toute l’humanité comme dans Gestalt, Choujin X (même si ici il s’agit de Choujins, l’apparence monstrueuse de Sora, l’antagoniste principale, ainsi que ces pouvoirs évoquent fortement une déesse) ou d’un seul être comme dans L’Illiade et L’Odyssée, il n’est pas rare que les divinités se retrouvent à s’opposer à leur création. Dans After God cependant, si les “divinités” (encore que ce terme soit soumis à débat dans le manga) ne sont visiblement pas là pour aider les humains de quelque façon que ce soit, empoisonnant la terre et l’air et tuant d’un souffle, on ignore totalement leur but  ou leurs motivations.

Je dois bien le reconnaître, il m’a fallu plusieurs lectures avant de réellement comprendre l’intrigue que j’avais entre les mains. Il faut dire qu’entre  les dessins superbes de Sumi Eno et le texte omniprésent dans les planches, on se perd souvent dans sa lecture, le regard passant d’un élément à l’autre. J’ai donc décidé de changer ma méthode habituelle, en réalisant une lecture basée uniquement sur les dessins et une autre entièrement sur les textes, après avoir bien sûr fait une lecture globale. Le scénario complexe et la pléthore d’explications qui nous sont assénés dès le début d’After God, bien que nécessaires et parfaitement amenées, risquent de faire décrocher les lecteurs les moins patients. Moi-même je ne sais pas encore si j’adore ou si je déteste, mais une chose est certaine, After God est un ovni inclassable qui ne suscitera pas des sentiments mitigés.

Pour autant, je pense pencher vers la première solution après avoir dévoré 4 tomes d’After God. Bien que cette histoire soit assez sombre et sanglante, on se prend très vite d’empathie pour ses protagonistes résolument humains, qui cherchent à survivre malgré l’apparition des IPO. Habituée à vivre avec la menace permanente des divinités, leur vie n’est pourtant pas exempte d’espoir et même d’humour. À ce titre Nyababa, une créature créée par l’homme et qui a l’apparence d’un chat est une mascotte adorable qui fait très souvent sourire par son franc-parler et sa spontanéité. Si j’ignore encore si je fais partie des fans d’After God, je compte bien continuer ma lecture pour en avoir le cœur net. Rendez-vous donc pour la sortie du tome 5 prévu pour le 4 septembre 2024.

Pour conclure…

After God est un seinen inclassable mettant en scène une guerre d’usure entre l’humanité et des divinités. Pourquoi ? Nous l’ignorons encore après les 4 premiers volumes de la série. Si les humains semblent démunis face aux pouvoirs de leurs opposants, ils ne se résignent pas pour autant et on choisit de résister avec tout ce que cela comporte de tragédie et de pertes sanglantes. Servi par des dessins magnifiques, un scénario intrigant et un grand sens de la mise en scène, After God est de ces œuvres que l’on va soit détester soit adorer au premier regard. Vous voilà prévenu !

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