Ire Yonemoto, jeune mangaka survolté, revient avec le tome 2 de Wild Strawberry. Dans ce monde où la nature reprend ses droits et s’implante dans les organismes humains et animaux, transformant tout ce qui bouge en zombies végétaux agressifs et revanchards, la population est en guerre constante contre les plantes. Heureusement, les survivants peuvent compter sur la Force Funéraire Florale (FFF), une milice lourdement armée, afin de les protéger. Seul problème, si vous êtes récemment infecté (ou même soupçonné de l’être), vous entrez dans leur collimateur et c’est alors un euphémisme de dire que vos jours sont comptés.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Kingo a appris de Makino, un scientifique de la Force Funéraire Florale, que le jinka et l’esprit de sa soeur vivent désormais en lui. Dans l’espoir de lui redonner forme humaine, le jeune homme décide alors d’atteindre la zone impénétrable où se trouve «Mother Jinka», cette fleur qui serait à l’origine du fléau…
Végétal Weapon
À la fin du tome 1 de Wild Strawberry, nous avions laissé Kingo, jeune orphelin infecté par sa propre sœur adoptive Kayano, en bagarre “dragon-ballesque” contre une jeune recrue de la FFF, Ayari. La guerre entre les deux adolescents fait rage et ravage une ville déjà bien abîmée par la floraison du virus. À tel point qu’un autre membre de la FFF se voit contraint d’intervenir, le supérieur et entraîneur d’Ayari en personne ! L’occasion pour nous lecteurs d’en découvrir un peu plus sur la petite faction FFF d’Ayari et sur ses collègues. Un tome moins tourné vers l’action et davantage vers le développement des personnages, et notamment sur la psychologie et le passé de la jeune antagoniste bien énervée que nous avions rencontré dans le tome précédent.
Mais une combattante de l’Unité Spéciale de la FFF, attirée par le pollen particulier du jinka de Kayano, ne tarde pas à lui barrer la route ! Seule la preuve qu’il ne représente pas une menace pourra sauver Kingo de l’extermination, mais il devra pour cela dompter la colère de sa soeur…
Crunchyroll
À Fleur de Peau
Comme je l’ai évoqué dans le résumé ci-dessus, passé une trentaine de pages d’action toujours aussi belles et impressionnantes, le récit se calme et prend le temps de se poser afin de nous offrir des moments d’exposition sous la forme de phases de repos et de complicité au sein de la petite section de 3 membres FFF d’Ayari. C’est l’occasion donc d’en apprendre un peu plus sur cette dernière, sous la forme de discussions mais surtout d’un flash-back plutôt rondement mené, bien que relativement cliché sur certains points. Qu’à cela ne tienne, il a au moins le mérite d’étoffer le personnage qui pouvait sembler un tantinet monolithique dans le premier tome. Nous découvrons également Makoto, supérieur direct d’Ayari, sérieux, pince-sans-rire et protocolaire, ainsi que Hikishima, chef de la septième section de la FFF et stratège émérite, bien que son physique particulier n’en laisse rien deviner aux premiers abords.

Enfin, parmi tout ce beau monde dans Wild Strawberry – Tome 2, Kingo et son ami, surnommé “le binoclard” (j’en ai même oublié son véritable nom) qui vont, SPOILER, se voir l’opportunité d’intégrer cette fameuse septième section de la FFF. En effet, Makoto et Hikishima, constatant les pouvoirs colossaux du jeune orphelin infesté par sa sœur, mais surtout découvrant qu’il parvient à les contrôler grâce aux liens étroits, fusionnels et affectifs qu’il a su conserver avec elle au-delà de sa transformation, y voient l’opportunité de développer une nouvelle arme très efficace contre “Mother Jinka” (sorte de noyau central du virus à la base de l’épidémie).

Au Nom de la Rose
Vous l’aurez compris, le récit de ce Wild Strawberry – Tome 2, bien que plus calme en termes d’action pure, n’en reste pas moins haletant, y compris dans sa façon de délivrer les informations importantes. Tout s’enchaîne très vite dans ce deuxième volume et, là où le premier tome était déjà un peu bordélique dans sa succession de péripéties, nous restons ici dans la même démarche.
Voyez plutôt : sur quelques pages à peine, nous découvrons, en plus d’avoir appris dans le tome 1 l’existence du virus végétal, de son entité centrale, de l’infection de Kayano, de la possession de Jinko par cette même Kayano, de l’existence de la FFF, de sa jeune recrue, de la capacité que possède l’organisation de se battre avec des armes elle-mêmes infectées par le virus végétal, et enfin de la relation étroite qui lie les agents de la FFF et leur arme, avec qui ils peuvent dialoguer oralement, nous apprenons coup sur coup dans ce tome 2 la façon dont Jinko contrôle Kayano, le passé d’Ayari, le changement de statut de Jinko qui passe en 2 cases d’ennemi de la FFF à nouvelle recrue, et enfin une conclusion au flashback d’Ayari. Flashback que nous venons à peine de découvrir dans ce même tome quelques pages plus tôt.

Face à cette abondance d’informations et de rebondissements, deux constats me viennent alors : une qualité et un défaut. La qualité de cette narration frénétique et informative est justement d’avoir su intégrer le lore de l’univers au travers du récit et des actions. On évite alors le cliché un peu écœurant du bloc de texte d’introduction nous présentant les règles de l’univers sans davantage de travail sur la forme (du style texte noir sur fond blanc : Nous sommes en telle année, l’humanité a été infectée par un virus végétal…). Non, ici l’auteur de Wild Strawberry parvient à intégrer les nouvelles informations par sa narration. Dans le meilleur des cas, il passe par le visuel pur (le fameux “show don’t tell”), on prendra comme exemple l’introduction dans le récit du personnage d’Hikishima.

Dans le pire des cas, l’auteur se sent obligé d’expliquer par écrit ce qu’il tente déjà de nous montrer par l’image, comme par exemple l’ami de Jinko qui nous commente l’affrontement entre le jeune garçon et Ayari, nous expliquant tous les faits et gestes et surtout le moment où Jinko reprend le dessus sur sa sœur, au cas où la métaphore visuelle déjà assez lourde et clichée n’était pas suffisante. Et entre les deux, les protagonistes déblatèrent les informations importantes en bloc mais au moins cela s’inscrit dans une contextualisation. Ainsi, Jinko, se voyant intronisé comme membre de la FFF, a droit à un cours informatif sur l’organisation et son armement, et nous aussi par la même occasion. Opposé à cette qualité de l’information distillée de plusieurs façons dans le récit, le défaut est de ne jamais réellement “se reposer” en tant que lecteur et d’être constamment bombardé d’informations.

Non pas que Wild Strawberry – Tome 2 soit une lecture exigeante en soi, mais il combine beaucoup d’action et d’informations, souvent au sein d’une même planche, voire d’une même case, et cela peut nous empêcher d’apprécier les deux car elles se polluent parfois. Pour reprendre l’exemple de cette scène où Jinko tente métaphoriquement de rejoindre sa sœur et de lui toucher la main afin de pouvoir mieux la contrôler, à défaut d’être une scène subtile ou émouvante, la qualité visuelle de l’auteur en fait au moins une scène poétique, qui aurait mérité un silence afin de pouvoir s’exprimer par elle-même, et surtout par l’image.
Malheureusement, Yonemoto fait le choix de la faire commenter par le binoclard, ce qui casse non seulement l’ambiance métaphysique du propos, mais également en termes de visuel, en “polluant” la planche avec de gros blocs de texte, réellement dommage. Il n’empêche qu’au final, le récit se parcourt très bien et nous nous prenons très bien au jeu en tant que lecteur dans ce tome 2 dans la bonne continuité du tome 1.
Berserkalypse
En parallèle à cette continuité scénaristique s’offre à nous une belle continuité graphique. Ainsi, les grandes qualités évoquées lors du tome 1 de Wild Strawberry restent d’actualité et ce Wild Strawberry – Tome 2 ne démérite pas. Les quarante premières pages d’action fonctionnent du tonnerre avec leur lot de designs naturalistes et chaotiques, leurs grandes cases de destructions urbaines et les planches hyper dynamiques d’action pure. La partie centrale du tome, plus calme et informative, fonctionne également, notamment grâce aux chouettes chara-designs que réalise Yonemoto, qui peuvent rappeler (toutes proportions gardées) la maestria d’un Tite Kubo en la matière.

Enfin, nous avons droit à une troisième partie où la confrontation et l’épique repointent le bout de leur nez, notamment grâce au décor dans lequel prend place cette scène d’action. Ajoutons à cela qu’elle se teinte ici d’un impact émotionnel très bien retransmis visuellement, et il ne serait alors pas étonnant d’apprendre que Yonemoto admire, en plus d’un certain Tite Kubo pour ses designs, un certain Kentaro Miura pour ses scènes d’impacts et d’escarmouches épiques, guerrières et brutales (toutes proportions gardées, encore une fois).
Wild Strawberry tome 2 est une très bonne suite au tome 1. Nous y trouvons les qualités et les défauts du tome précédent : de l’action épique et fulgurante parfaitement mise en scène, de superbes designs inspirés et inspirants, tant naturalistes que guerriers, et un univers riche qui ne demande qu’à se développer, bien qu’il ne soit pas exempt de clichés, loin s’en faut. La narration reste frénétique et généreuse, parfois un petit peu trop, mais donne une sacrée touche d’énergie et d’impact à ce manga tout feu tout flamme.




