Tenir une auberge magique : guide de survie pour sorcières

C’est à la faveur de la rentrée que nous avons eu la chance de découvrir le dernier roman de Sangu Mandanna, déjà connue pour La Société très secrète des sorcières extraordinaires. Pour sa nouvelle histoire, ce sont les éditions Lumen qui se sont de nouveau portées volontaires pour inclure à leur catalogue Tenir une auberge magique : guide de survie pour sorcières. Restant fidèle à son genre fétiche, la cosy fantasy, l’auteure nous transpose dans une auberge magique, habitée par des personnages haut en couleur et gérée par une sorcière qui a perdu la quasi totalité de ses pouvoirs. Une lecture qui nous a enchanté, au gré d’un univers qui infuse magie, famille choisie et sortilèges imparfaits pour créer un cocon de chaleur, d’humour et de résilience.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Une sorcière bien-aimée

Réservez une chambre dans ce cottage pas comme les autres et laissez la magie opérer…

Sera Swan était autrefois l’une des plus jeunes et plus puissantes sorcières de sa génération… jusqu’au jour où tout a basculé. En ramenant sa grand-tante Jasmine d’entre les morts, elle a perdu la majeure partie de sa magie et a même été bannie de sa guilde. (Ça lui apprendra à suivre les conseils douteux d’une renarde à la langue bien pendue !) De sorte que, désormais, sa vie se résume à s’occuper d’une auberge magique capricieuse et de ses hôtes tous plus loufoques les uns que les autres.

Mais voilà qu’après quinze longues années, elle finit par mettre la main (en toute légalité… ou pas, et à l’insu de son ancienne guilde… ou pas) sur un sortilège capable de lui rendre enfin ses pouvoirs. Le hic (car il y en a toujours un) ? Il est écrit dans une langue que plus personne n’est capable de déchiffrer. Plus personne, sauf peut-être Luke Larsen, leur tout nouveau pensionnaire et ancien crush de Sera quand elle était ado…

La jeune femme a une deuxième chance de remettre sa vie – et sa magie – sur les rails. Comment pourrait-elle passer à côté ? L’autrice de La Société très secrète des sorcières extraordinaires nous embarque dans une nouvelle romance feel good où la drôle de famille qu’on se choisit s’avère être parfois la plus magique d’entre toutes.

Lumen

Dans Tenir une auberge magique, nous faisons la connaissance de Sera Swan, jeune prodige de la sorcellerie dont l’avenir semble tout tracé au sein de la très rigide et conservatrice Guilde britannique de sorcellerie. Mais à quinze ans, sa vie bascule le jour où sa tante adorée, Jasmine, meurt subitement dans le jardin de l’auberge qu’elle dirigeait. Conseillée par une renarde parlante au savoir mystérieux, Sera ose tenter un rituel pour ramener Jasmine à la vie. Consciente de l’interdit et des risques encourus si la Guilde l’apprenait, elle n’était en revanche pas préparée à perdre presque toute sa magie. Bannie du monde des sorciers, elle se retrouve privée d’avenir.

Quinze ans plus tard, Sera n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle vit toujours dans l’auberge, désormais habitée par des pensionnaires aussi extravagants qu’attachants : Théo, son cousin adolescent doté de pouvoirs, Clemmie la sorcière transformée en renarde qui ne l’a jamais quittée, Mathilda la forte tête, Nicholas le chevalier en armure (au sens propre du terme), ou encore Coco, le coq zombie ressuscité en même temps que sa maîtresse. Sans oublier l’auberge elle-même, dont les murs, enchantés jadis par ses soins, s’amusent à n’en faire qu’à leur guise. Malgré ce quotidien chaotique, Sera n’a jamais renoncé à l’espoir de retrouver un jour l’intégralité de ses pouvoirs. Or, le seul sort capable d’y remédier repose dans un grimoire à présent hors de sa portée, enfermé dans la bibliothèque de la Guilde.

Qu’à cela ne tienne : poussé par Clemmie, Théo finit par dérober l’ouvrage. Mais l’intrusion attire aussitôt Francesca, ancienne meilleure amie de Sera et fille de son ex-mentor, aujourd’hui Chancelière de la Guilde. Contre toute attente, Francesca lui accorde le droit de photographier le sort avant de récupérer le livre. La déception est pourtant immense : le texte est rédigé dans une langue oubliée, connue de très rares sorciers. C’est alors qu’entre en scène Luke Larsen, éminent spécialiste de l’Histoire de la magie, dont la vie part à vau-l’eau.

Épuisé par les responsabilités qui pèsent sur lui, il s’efforce de protéger sa petite sœur Posy, une jeune sorcière dont les pouvoirs, combinés à son autisme, les entraînent constamment dans des ennuis sans fin. Sommé par sa responsable hiérarchique de prendre du repos dans une auberge du Lancashire, Luke se retrouve face à la porte du logis de Sera. Le destin remet ses rouages en marche : Sera offre un refuge sûr et chaleureux à Posy, tandis que Luke détient les connaissances pour traduire le sort qu’elle désespère de comprendre. Une cohabitation forcée qui pourrait bien tout bouleverser au sein de l’auberge…

Découvrez un extrait de Tenir une auberge magique : guide de survie pour sorcières ici !

La Fantastique Famille Mandanna

Dès les premières pages de Tenir une auberge magique, on ressent d’emblée l’amour de Sangu Mandanna pour le mélange des genres et des personnalités. Elle-même d’origine indo-britannique, elle a grandi dans le sud de l’Inde avant de s’installer dans la région anglaise de Norwich où elle vit toujours entourée des siens. Une double culture qui a nourri sa passion pour l’écriture, puisque sa première histoire remonte à l’âge de quatre ans, inspirée par un éléphant qui l’avait poursuivie sur un chemin forestier. Cependant, ce n’est qu’à l’adolescence qu’elle a décidé de devenir autrice, avant de décrocher son premier contrat à seulement 22 ans.

Il n’est donc pas étonnant que ses premiers romans empruntent largement à la culture et au folklore indien, comme les deux opus de Kiki Kallira ou encore la trilogie Celestial Trilogy, qui transpose l’épopée du Mahabharata dans l’espace. Mais ces titres n’ayant jamais été traduits en français, il a fallu attendre 2023 et la parution de La Société très secrète des sorcières extraordinaires pour que Sangu Mandanna se fasse un nom auprès des lecteurs francophones. Cette première incursion dans le genre cosy fantasy partage déjà de nombreux points communs avec Tenir une auberge magique : un lieu enchanté, une romance avec un bel érudit, la force des familles de cœur et une magie toujours prête à bouleverser le quotidien.

Depuis plusieurs années les sorcières modernes fascinent et inspirent les écrivains (Crush Collège & Switch Magique), allant même jusqu’à s’inviter dans nos loisirs créatifs (Dark Academia : Coloriage) et Sangu Mandanna ne fait pas exception à la règle. D’ailleurs pour l’autrice ce sont des héroïnes brunes, ambitieuses et aventureuses, à la peau caramel et dotées de magie, un archétype qu’elle aurait aimé rencontrer dans ses propres lectures d’enfant. C’est ce regard singulier, profondément intime et en même temps universel, qui donne à son œuvre toute sa couleur et qui, à mes yeux, rend Tenir une auberge magique particulièrement fascinant.

Sera Swan à la Guilde des sorciers

On dit souvent qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, pourtant c’est exactement ce que je vous encourage à faire avec Tenir une auberge magique, tant cette dernière présage subtilement du contenu chaleureux et féérique qui attend ses lecteurs. Pour ma part, je me suis immédiatement laissée envoûter par cette jaquette rose ultra girly, concoctée par Lumen (éditeur notamment de novellisation autour de Les Carnets de l’apothicaire et Stranger Things) ornée d’un charmant cottage, d’un renard, d’une théière aux vapeurs étranges, d’une jeune fille perchée sur des chardons et d’un homme blond tenant un livre sous le bras. Mais ce qui a achevé de me convaincre, c’est bien ce coq squelette, clin d’œil malicieux à l’un des personnages les plus improbables et attachants du roman.

Je ne vais pas tourner autour du pot : le roman de Sangu Mandanna est un véritable baume pour le cœur, une lecture qui a le pouvoir inattendu d’insuffler joie et optimisme. J’ai savouré chaque heure passée en compagnie de Sera, blottie contre mon chat avec une tasse de thé à la main (dans la splendide tasse renard du kit presse, cela va sans dire !). La dynamique entre ces personnages si différents au premier abord est un pur enchantement, apportant son lot de surprises et d’imprévus que l’autrice manie avec brio. Bien malin qui pourrait deviner comment chacun réagira dans une situation donnée, et c’est précisément ce qui fait tout le sel de cette maisonnée pas comme les autres.

Mais réduire le roman à une simple romance feel good serait injuste, car en filigrane, il aborde des thématiques profondes : l’appartenance à une famille, la neurodiversité, les dangers du sectarisme et la peur de la différence. C’est un plaidoyer vibrant pour l’inclusion et la diversité, qui m’a particulièrement touchée à travers le personnage de Posy. Sorcière et autiste, elle incarne à la fois la richesse intérieure de ceux qui vivent avec cette singularité, mais aussi les difficultés qu’ils rencontrent pour trouver leur place dans un monde qui veut tout faire entrer dans des cases. De tous ces protagonistes que j’ai pris plaisir à côtoyer, mon préféré reste sans conteste… la magie elle-même. Car ici, elle n’est pas qu’un outil, mais une présence à part entière : bienveillante, aimante, parfois espiègle, voire malicieuse.

L’idée d’une magie évolutive, qui grandit et se transforme au fil du temps comme une vieille amie que Sera rêve de retrouver, m’a paru tout simplement irrésistible. En contrepoint, Albert Grey (son mentor, devenu l’incarnation d’une autorité jalouse et oppressive) symbolise une Guilde figée dans ses travers : rigide, discriminante et aveugle au potentiel de ses élèves. Face à cette institution rétrograde, le Terrier toqué s’impose comme un cocon de liberté et de tendresse, un havre pour les marginaux, renforçant encore l’atmosphère feel good du récit.

C’est donc avec un pincement au cœur que j’ai refermé la porte du Terrier toqué. Mais je sais que cette lecture continuera de m’accompagner longtemps encore, jusqu’au jour où je m’y replongerai à la faveur d’un gros coup de blues. En attendant, je compte me consoler avec La Société très secrète des sorcières extraordinaires, en espérant de tout cœur que Sangu Mandanna nous offrira encore bien d’autres récits à découvrir.

Pour conclure…

Fermer Tenir une auberge magique : guide de survie pour sorcières revient un peu à quitter un lieu où l’on s’est senti accueilli, choyé, et on se surprend à envier ses locataires permanents. Sangu Mandanna réussit à mêler enchantement, humour et réflexions profondes dans un récit qui a autant le goût d’une potion réconfortante que d’une discussion au coin du feu. Si vous cherchez un roman capable de vous faire sourire, réfléchir et rêver tout à la fois, alors poussez sans hésiter la porte du Terrier toqué : l’auberge vous attend, et elle risque fort de ne plus vous laisser repartir. Vous voilà prévenus !

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