Imaginez qu’un jour l’électricité disparaisse, ainsi que tout ce qui est lié à cette dernière… Comment le monde réagirait à pareille catastrophe ? Comment serait-il possible de survivre, de s’informer, voire de se déplacer ?
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Quatre lycéens vivent avec leurs failles, leurs doutes et leurs rêves, jusqu’au jour où une attaque électromagnétique prive le pays d’électricité et de toutes les ondes.
Delcourt/Tonkam
Blackout
Quatre lycéens au tempérament bien différent vont vivre une catastrophe généralisée : la disparition de l’électricité lors d’un voyage scolaire à Tokyo. Commence alors pour eux une nouvelle façon de vivre, de voir le monde, de se débrouiller.


Un Mot sur l’Auteur
Qui se cache derrière le pseudonyme Number8 ? Son vrai nom n’est pas dévoilé, l’auteur préférant rester discret, mais on sait qu’il s’agit d’un scénariste japonais spécialisé dans les animes et les mangas, actif depuis au moins 2022. Il est principalement connu pour son travail sur les tomes plus récents de Blue Giant, un seinen sur le thème du jazz.
Décharge Électrique
Strand propose un postulat de départ très intéressant à travers différents personnages. Manaka, doué en informatique et très branché sur les informations via son téléphone ; Asahina, qui vit à l’ancienne et ne possède pas de téléphone portable ; Shirane, très centré sur son apparence ; Kokoro, une fan de k-pop qui suit ses idoles via les réseaux sociaux. Ils se retrouvent tous les quatre dans le shinkansen en direction de Tokyo pour un voyage scolaire. Lors du trajet, une coupure de courant survient et atteint tout ce qui est électrique (même ce qui fonctionne sur batterie) ainsi que tout ce qui fonctionne avec des ondes. À partir de là, fini les smartphones et montres connectées, fini le train et les voitures électriques, etc. Retour à l’époque où toutes ces choses n’existaient pas encore.

Il va falloir se débrouiller, à l’ancienne. Même si le premier tome de la série met surtout en place le contexte qui précède la catastrophe, on prend vite conscience du monde dans lequel on vit (vu que c’est aussi le nôtre) et quels vont être les défis à venir. Que ce soit pour les moyens de paiement, principalement par cartes bancaires, et donc indisponibles, le téléphone portable qui devient inutilisable, et donc par extension la possibilité d’aller sur Internet et les différents réseaux sociaux… Strand nous met face à notre dépendance au monde numérique, et nous fait nous interroger sur l’utilisation des technologies modernes. Quelle est notre capacité à survivre dans un monde où tout ce que l’on pensait immuable s’écroule ?
À travers les différents protagonistes, on se retrouve assez bien dans chacun d’eux, pour différentes raisons. Qui ne regarde pas les infos via son téléphone lorsqu’il prend les transports ? Qui ne va pas scroller sur Instagram ? Qui ne fait pas d’achat grâce au paiement sans contact et délaisse l’argent physique ? Ce miroir sur la société questionne sur notre utilisation personnelle des technologies, et la fragilité de la société moderne, très dépendante de ces dernières.

Le seul personnage qui semble s’acclimater est, sans surprise, Asahina, habitué à vivre sans ces technologies, et donc très débrouillard. Il prend très vite le lead et impose ses idées aux autres, qui semblent au départ ne pas comprendre ce qu’il attend d’eux. Très vite, on comprend qu’un climat de peur et d’incompréhension émerge dans la population, et on se demande comment ces hommes et ces femmes vont réagir face à ce défi de taille. Vont-ils se tourner vers des solutions individualistes, ou au contraire des formes de solidarité vont-elles émerger ?
C’est là où la personnalité d’Asahina est très intéressante car il est pauvre, a le cœur sur la main et ne fait pas les choses par profit, mais par valeurs. Ce trait de personnalité est un peu cliché, cependant il fonctionne particulièrement bien dans ce contexte précis. J’ai trouvé que ce premier tome de Strand est bien rythmé. En effet, comme mentionné plus haut, les trois quarts du tome sont dédiés à la rencontre avec chaque personnage, sur un ton léger, tranche de vie et humour, ainsi qu’aux différentes interactions entre eux, ce qui permet, lorsqu’ils se retrouvent au cœur de Tokyo lors de l’incident, de bien comprendre les enjeux de chacun et leurs réactions. Le rythme change drastiquement car la tension est palpable, et le ton devient plus anxiogène et sérieux. J’ai cependant trouvé la fin du tome plutôt abrupte et frustrante, car on reste sur notre faim, on a envie d’en savoir plus !
Les infrastructures sont paralysées et les communications coupées. Le bon sens et la valeur des choses sont alors rapidement remis en question…
Delcourt/Tonkam
Flash Back Graphique
Le style graphique de Ryohei Masuko est assez sobre et convenu, pourtant assez éloigné des charadesign habituels. En effet, on retrouve un petit côté rétro, plutôt dissonant avec le thème soulevé par Strand, à savoir la technologie moderne. Néanmoins, ce style permet de “lire” facilement la personnalité des différents personnages. Par exemple, on peut lire différentes émotions facilement sur le visage des personnages, ce qui est en parfait accord avec la personnalité de chacun.
En ce qui concerne les environnements, ces derniers sont bien détaillés, et j’apprécie de voir enfin un manga qui ne laisse pas derrière ses personnages un fond blanc ou très peu d’éléments en guise de décors. Cela arrive ponctuellement, mais la plupart des cases sont détaillées et fournies. J’apprécie également beaucoup les pleines pages, voire les doubles-pages présentes à partir du moment où le drame survient, ce qui accentue la tension et met en exergue les difficultés à venir et le bouleversement que ce dernier va engendrer.

Certaines scènes sont assez marquantes et spectaculaires, comme l’avion qui, privé d’électricité, va s’écraser sur la ville de Tokyo. Le découpage est assez convenu au départ, avec des cases très droites, bien découpées, pour petit à petit évoluer vers quelque chose de plus dynamique, avec des cases en biais ou des éléments qui sortent de ces dernières. Cela renforce le dynamisme et la tension.
Mon Avis sur Strand – Tome 1
Le postulat de départ de Strand m’a beaucoup intéressée et je n’ai pas été déçue. Malgré une longue introduction dédiée à la présentation des différents personnages, une fois l’intrigue lancée, ça a été difficile de m’arrêter de lire, et c’est avec beaucoup de déception que je suis arrivée à la fin du tome. J’ai vraiment hâte d’en savoir plus sur la suite. Asahina est le personnage que j’aime le plus à ce stade du récit, car il a une figure rassurante et empathique qui manque aux autres, très centrés sur eux-mêmes et leur petit confort. Visuellement également, Strand tient la route, avec une cassure graphique très intéressante une fois la panne d’électricité survenue.

Le tome 1 de Strand pose un pitch de départ intéressant et questionnant, qui nous force à nous confronter à notre mode de vie actuel face aux différentes technologies et à notre manque d’autonomie dans certaines situations. La perte d’électricité va bouleverser profondément le monde ainsi que la vie des différents personnages, contraints d’évoluer dans ce monde revenu avant l’ère du numérique. Les différentes personnalités des personnages sont intéressantes, et on se retrouve facilement dans chacun d’eux, à différents niveaux. J’attends la suite avec impatience pour voir où tout cela va les mener, quels défis ils vont devoir relever.





