Nitro Express

Nitro Express tente de flatter la mémoire collective liée aux classiques du genre run’n gun des années 1980 et 1990, avec un pixel art soigné et une ambiance sonore punchy au possible. Sans y regarder de près, le jeu de Grayfax Software coche toutes les cases pour faire chavirer les cœurs. Mais quand on rentre dans le détail, le constat n’est pas si reluisant, hélas.

Ce test a été réalisé sur une version PC fournie par l’Éditeur.

La guerre des drones

Bienvenue à Nitro City ! Située dans une version alternative de Tokyo, cette mégalopole fictive, saturée de codes rétrofuturistes, voit cohabiter des citoyens et des drones autonomes appelés « compagnons ». Ces derniers, bien que domestiqués dans la sphère civile, sont catégorisés par la police comme « véhicules atypiques » dès lors qu’ils sortent de leur fonction initiale ou représentent une menace. C’est dans ce contexte que l’AVDS (Atypical Vehicle Disposal Squad), une unité d’élite dédiée à la neutralisation de ces entités déviantes, intervient. Et sans surprise, c’est dans cette unité que vous officiez.

Un gameplay qui tire à blanc

En tant que vieux routard du genre, pour qui les Contra (côté japonais) et les Turrican (côté occidental) constituent des piliers indétrônables du style run’n gun, je ne vous cache pas que l’attente était haute envers Nitro Express. Il faut bien admettre que les trailers et autres screenshots dévoilés par PLAYISM (lb, Bright Memory, D4, …) avait de quoi faire saliver. J’espérais en effet retrouver cette alchimie nerveuse où chaque saut compte, où chaque tir pulse. Et des titres plutôt récents (à l’échelle de l’Histoire du jeu vidéo), comme Cuphead (durant ses phases pédestres) et Blazing Chrome, avaient su prouver que l’on pouvait toujours sortir des run’n gun de très haute volée, alliant à la fois une réalisation solide et un gameplay de fou furieux.

Hélas, Nitro Express s’illustre d’emblée avec une inertie déconcertante dans le maniement de son personnage. Ce dernier évolue laborieusement, alourdi par une physique rigide et desservi par un système de visée peu intuitif. Des choix douteux de maniabilité qui brident les réflexes du joueur, rendant les actions nerveuses ou les mouvements de dernière minute presque impossibles. Au lieu d’encourager l’improvisation ou l’agilité, le titre impose une gestion lente et mécanique des déplacements, à contre-courant des attentes fondamentales du genre. Mais ce n’est pas tout. Le saut manque de précision, et la roulade d’esquive s’avère si lente et mal calibrée qu’elle en devient presque contre-productive.

Ce qui devrait être un mouvement réflexe devient une action à anticiper, d’une façon assez poussive. Même des gestes élémentaires comme descendre d’une plateforme demandent une exécution laborieuse, brisant toute fluidité. Et puis il y a cette satanée caméra, sujette à de violents à-coups dès qu’on tente de changer de direction (qu’il s’agisse d’un déplacement horizontal ou vertical). Une abomination qui provoque de véritables maux de tête au bout de quelques heures de pratique. Le passage à l’armurerie avant chaque niveau, pourtant inspiré du vénérable Midnight Resistance, est de la même trempe. L’écran y est saturé de couches graphiques superposées, rendant la lisibilité et l’ergonomie illisibles.

Ce qui devait être un moment stratégique de préparation se transforme alors en un chaos visuel totalement indigeste et abrutissant. Et si l’on ajoute à ce tableau la possibilité de jouer uniquement en solo et une cadence bloquée à 30 images par seconde, on se dit que Nitro Express porte bien mal son nom ! Heureusement, le jeu propose différents niveaux de difficultés et je vous conseille fortement le mode facile (ou « Hero ») pour se faire la main, cumuler de la monnaie sur le terrain pour ensuite upgrader comme il se doit son arsenal.

Salade indigeste de boulons

Nitro Express propose deux modes principaux : Histoire et Mission. Le premier est enrobé de cut-scenes et consiste à boucler différents niveaux et leur boss de fin. Classique. Seulement 8 Stage sont à se mettre sous la dent, et on en fait vite le tour car ils ne sont pas bien longs. Le second mode propose donc de petites missions indépendantes sur une aire de jeu réduite. Sympa, mais pas de quoi crier au génie non plus. Une vingtaine de missions sont à effectuer et c’est plié. Notre avatar est escorté de façon pesante par un compagnon robot qui répète en boucle qu’il faut « continuer à avancer », sans jamais apporter de réelle aide.

Ce personnage secondaire, loin d’être un allié stimulant, finit par nuire à l’immersion : son design générique, son omniprésence et sa redondance en font un fardeau plus qu’un soutien. Il m’est même arrivé de le confondre avec un ennemi tant il se fond dans le décor. Bref, malgré cette tentative de variété, l’ennui s’installe rapidement. Le level-design essaie parfois de varier les situations, mais cela reste assez timide et le gameplay nous rappelle sans cesse que quoi qu’il se passe, on ne profite pas pleinement des quelques bonnes idées distillées ici et là.

Et ce n’est pas le bestiaire qui vient relever le niveau. Aussi soignés soient les graphismes dans l’ensemble (nous y reviendrons), les ennemis manquent de variété visuelle comme comportementale. Des tas de ferraille clonés, recyclés d’un niveau à l’autre, qui n’éveillent ni défi, ni curiosité. Dans un titre de ce type, l’identification claire des menaces est essentielle. Ici, elle est floue, confuse, et contribue à la lassitude ambiante.

Un arsenal qui a la dalle

On peut débloquer des armes et des gadgets en gagnant de l’argent dans les différents niveaux. Il y a un bon nombre d’équipements à débloquer : fusil à pompe, lance-flammes, équipements spéciaux… Plus on joue, plus on gagne de nouvelles choses, et plus on est armé pour progresser. Malheureusement, les armes se ressemblent toutes un peu et ne sont pas très galvanisantes à employer : les sons sont peu marquants, et les effets visuels sont souvent décevants.

À cause des contrôles lents et peu précis, on ne se sent pas vraiment puissant, même avec un arsenal gonflé à bloc. Et c’est dommage, car certaines armes, en revanche, ont un bon ressenti, surtout quand on voit les effets sur les ennemis robots. À ces moments-là, le jeu donne un aperçu de ce qu’il aurait pu être. Mais ces bons instants sont trop rares et noyés dans une expérience générale trop maladroite. Hélas, vu comme on s’ennuie assez vite, il y a peu de chances que beaucoup de joueurs aient envie d’aller jusqu’au bout du système de progression

Des pixels qui excellent

Il y a quand même des éléments très réussis dans Nitro Express, et ceux-ci se retrouvent dans la direction artistique. Les cut-scenes — aussi brèves soient-elles — sont particulièrement efficaces grâce à des animations très soignées et une mise en scène élégante. Le pixel art, parfaitement maîtrisé, confère à ces séquences une vraie identité visuelle. C’est indéniable : l’habillage graphique est le point fort de Nitro Express.

Les sprites sont minutieusement animés, les environnements urbains aux accents anime/manga baignent dans un style rétro-futuriste convaincant, et les explosions envahissent l’écran avec une exubérance presque jouissive. Le soin apporté à la partie visuelle témoigne d’un vrai savoir-faire sur ce point précis. La bande-son n’est pas en reste et elle complète brillamment l’univers graphique du jeu. Ces qualités artistiques et sonores rendent d’autant plus amère la déception causée par le gameplay. On est face à un écrin somptueux… qui ne contient malheureusement pas le bijou qu’on espérait.

Pour conclure…

Nitro Express avait tous les ingrédients pour séduire mais à l’usage, l’intention se heurte à la réalité d’un gameplay laborieux et frustrant. Malgré une belle direction artistique et une bande-son très sympa, l’expérience reste globalement décevante. On espère un patch miracle, mais en l’état, mieux vaut se tourner vers des jeux plus maîtrisés. Quelle déception !

La  note  de la  rédaction

2/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Cut-scenes et décors superbes, avec un pixel art précis et soigné

Quelques sensations de tir plaisantes sur certaines armes

Une bande-son très sympathique

Les points négatifs

Gameplay poussif, qui manque de nervosité et de réactivité

Des mouvements de caméra qui rendent fou

Des ennemis peu variés

Les passages dans l’armurerie : l’enfer sur Terre !

Pas de mode 2 joueurs

Pas de traduction française

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