Le Nom de la Rose – Livre 1

S’il est un roman et un écrivain bien connu de tous les amateurs de thriller médiéval, c’est bien Umberto Eco et son livre Le Nom de la Rose. Que ce soit via le texte original, ou par l’adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud (1986) avec Sean Connery, nous avons tous plus ou moins entendu parler de l’enquête de Guillaume de Baskerville, dans une abbaye bénédictine italienne, sur fond de conflit théologique entre diverses factions religieuses. Publié depuis 2022 dans le magazine italien Linus, Milo Manara s’est penché sur l’ouvrage afin de l’adapter en bande dessinée et c’est cette dernière que nous propose aujourd’hui Glénat avec Le Nom de la Rose Livre 1 parut le 20 septembre 2023.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Melky Way

Quand le maître italien du Neuvième art revisite le chef-d’œuvre d’Umberto Eco.

En l’an 1327, dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie, plusieurs moines sont retrouvés morts. Pour mettre un terme à ces inquiétantes disparitions avant l’arrivée d’une importante délégation de l’Église, le frère Guillaume de Baskerville tente de lever le voile sur ce mystère qui attise toutes les superstitions. Assisté par son jeune secrétaire Adso de Melk, il va progressivement percer à jour les troubles secrets de la congrégation, et se heurter à la ferme interdiction d’approcher la bibliothèque de l’édifice. Pourtant, Baskerville en est persuadé, quelque chose se trame entre ses murs. Et bientôt, à la demande du pape, l’inquisiteur Bernardo Gui se rend à son tour au monastère et s’immisce dans l’enquête. Les morts s’accumulent et la foi n’est d’aucun secours…

Glénat

Bien que l’histoire qui préside à la destinée du monastère italien et de sa bibliothèque soit relativement connue, il n’est pour autant pas vain d’en rappeler les grandes lignes. Le Nom de la Rose Livre 1 commence avec Umberto Eco expliquant comment, en 1968, il a mis la main sur un manuscrit signé de la main d’Adso de Melk, un moine Autrichien, avant de le perdre à la faveur de la guerre. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il retrouve la trace du religieux dans un autre texte où il est copieusement cité. Le récit initié par Adso est le suivant. Placé comme secrétaire auprès du Franciscain Guillaume de Baskerville, les voilà tous deux appelés pour une mission urgente dans une austère abbaye.

C’est à peine arrivé sur les lieux que l’abbé, Alinardo de Grottaferrata, vient s’entretenir des événements qui requièrent les talents d’enquêteur de Guillaume. Ceux-ci concernent la mort d’un des frères, Adelme d’Otrante, enlumineur de talent, retrouvé mort un matin au pied de l’escarpement de la tour appartenant à l’édifice de la confrérie. Après avoir accepté de résoudre l’affaire le plus vite possible, le franciscain et son apprenti se rendent auprès d’un ancien frère de Guillaume réfugié à l’abbaye : Ubertin de Casale. En chemin, ils rencontrent Salvatore que le maître d’Adso identifie comme un ancien hérétique Dolcinien, mais celui-ci prend la fuite dès que Guillaume mentionne son ancienne allégeance.

Après une brève visite à Ubertin, nos héros commencent leur enquête en se rendant dans le scriptorium où travaillait Adelme, la bibliothèque étant un labyrinthe interdit à quiconque à part au bibliothécaire. C’est au repas du soir qu’un nouveau corps est découvert, celui d’un autre scribe : Venantius de Salvemec. Guillaume et Adso l’ignorent encore, mais la mort ne fait que commencer à frapper dans ce lieu saint, et tout semble désigner la bibliothèque comme gardienne infernale d’un secret indicible pour la subsistance duquel une personne est prête à tout, même à tuer…

Découvrez un extrait de Le Nom de la Rose – Livre 1 ici !

L’écho d’Umberto

Milo Manara s’attelle à l’adaptation en deux tomes du chef-d’œuvre d’Umberto Eco, vendu à plusieurs millions d’exemplaires et traduit en 43 langues. Après Jean-Jacques Annaud au cinéma (1986), c’est un nouvel artiste de prestige qui s’empare du célébrissime polar médiéval. À la demande des héritiers Eco, Manara a eu carte blanche pour donner sa vision de l’œuvre, et a pour cela choisi un triple parti pris graphique très audacieux. Son adaptation s’ouvre en effet sur Umberto Eco lui-même s’adressant au lecteur, dessiné dans un noir et blanc classique. Puis commence l’intrigue médiévale elle-même, et là Manara renoue avec le noir et blanc au lavis, rehaussé d’effets de matières et de modelés qu’il a déjà utilisé pour Le Caravage. Enfin, chacun sait que les livres tiennent un rôle fondamental dans l’intrigue, et Manara s’amuse donc de temps à autre à recréer des enluminures d’époque, réalisées à la manière des moines copistes du Moyen Âge. L’ensemble est mis en couleurs par la propre fille de Manara sous la supervision de son père, là aussi selon la même méthode qui a présidé à la réalisation du Caravage.

Glénat

La principale chose à retenir d’Umberto Eco est qu’avant d’être un écrivain, il est avant tout un érudit dans les domaines de la sémiotique (étude des signes et du sens de ceux-ci), la philosophie et l’esthétique médiévale. Ainsi, il n’est pas étonnant que Le Nom de la Rose soit aussi ardu à lire, entre les références et mises en contexte historiques, le tout dans un style littéraire parfois complexe. Si le texte original est passionnant pour qui s’intéresse à la sémiotique, son adaptation en bande dessinée peut permettre sa découverte par toute une nouvelle génération de lecteurs, en proposant une version plus fidèle aux écrits d’Eco que ne l’est le film de Jean-Jacques Annaud.

Il n’est pas anodin que ce soit Milo Manara, lui aussi italien, qui s’attelle à cette adaptation, quand on sait qu’outre ses créations érotiques, le dessinateur a occasionnellement illustré des récits historiques comme l’Histoire de France en bandes dessinées aux éditions Larousse, ou Le Caravage disponible chez Glénat. Il est indéniable que le style graphique de Manara s’accorde parfaitement avec le récit d’Umberto Eco, ses traits fins et précis ainsi que l’utilisation d’une colorimétrie assez terne rappelant la noirceur et la sévérité du lieu de l’action.

Un contraste détonant avec sa représentation des dessins d’enluminures, eux parés de couleurs vives, soulignant ainsi l’hérétisme sous-jacent de ces images, fussent-elles réalisées par des moines. Cela étant, la colorisation de l’album a été assurée par Simona Manara, la fille de l’auteur, sous la supervision de son père et je me demande si elle a été partie prenante dans le choix des nuances utilisées. En tout état de cause, l’association efficace des dessins et de la couleur, donne aux planches un réalisme et une tangibilité impressionnante.

Pénitenziagité

J’avoue humblement que ma première rencontre avec l’auteur italien s’est faite dans l’incompréhension et que j’ai abandonné au bout de quelques pages Le Nom de la Rose, découvert dans la bibliothèque familiale. Au-delà de la difficulté du langage employé, la religion comme point d’ancrage de l’intrigue a fini de m’en éloigner durant les années qui suivirent. Ce n’est qu’en découvrant le film, avec Sean Connery et Christian Slater, que j’ai décidé de redonner une chance au roman, et si certains des propos d’Eco me passent toujours bien au-dessus de la tête, au moins ai-je pu intégrer la critique acerbe de la religion présente en sous texte.

J’attendais donc de voir à quel point la version de Manara allait être fidèle au matériel de base, et je n’ai pas été déçu puisque malgré quelques coupes obligatoires (on passe d’un roman de 549 pages à deux albums de 2 x 72 pages tout de même), les propos de l’auteur sont préservés et les illustrations rendent le récit bien plus vivant et plus compréhensible par le lecteur. J’ai adoré redécouvrir ce classique sous cette forme qui au final lui sied très bien, en attirant notre attention sur les événements fondamentaux, en oubliant toutes les digressions que peut faire Umberto Eco (sous le couvert d’Adso qui est le narrateur).

Cela étant, l’absence de la justification complète du raisonnement de Guillaume, qui indique au cellérier où se trouve le cheval de l’Abbé, m’a un peu gênée tant je pense que ce dialogue est primordial pour comprendre le point commun entre le Franciscain et Sherlock Holmes dont il est inspiré (ne serait-ce que par son nom). Mais je chipote, ne trouvant rien de plus à reprocher à cet album, si ce n’est qu’il va falloir attendre avant de nous procurer la deuxième, et dernière, partie du Nom de la Rose vue par Manara.

Pour conclure…

Le Nom de la Rose Livre 1 est une excellente adaptation de l’œuvre d’Umberto Eco, dont la mise en image simplifie la compréhension sans pour autant en affadir le propos. Par l’utilisation astucieuse de la colorimétrie et la finesse des dessins de Manara, le roman prend une nouvelle dimension en donnant une réalité et une profondeur aux aventures de Guillaume de Baskerville et d’Adso de Melk. Une parfaite façon de découvrir ou de se replonger dans ce policier médiéval mondialement connu et reconnu. Reste à espérer que Le Nom de la Rose Livre 2, pour l’instant encore non programmé, ne soit pas trop long à rejoindre son aîné dans nos bibliothèques.

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