La Voie Éternelle – Tome 1 : La Disciple du Corbeau

Il est des romans qui demandent un temps de réflexion afin d’en apprécier les plus infimes subtilités, La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau est de ceux-là. Premier tome de ce qui est d’ores et déjà annoncé comme une trilogie, La Disciple de Corbeau s’est posée avec fracas sur les rayonnages des librairies le 17 septembre 2025. C’est donc une grande fresque épique qui prend vie sous la plume d’Antonia Hodgson et nous conduit dans les pas de Neema Kraa, une héroïne à laquelle le destin ne fait aucun cadeau, mais qui heureusement peut compter sur des protecteurs aussi noir que l’encre dont ils sont issus. De la dark fantasy comme on l’aime capable de nous transporter instantanément sur les terres d’Orrun et sincèrement, le voyage vaut le coup !

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

The Crow

« Elle pourrait gagner le trône, ou détruire un empire.

Quoi qu’il arrive, cela commence par la mort. »

Envolons-nous jusqu’à l’empire d’Orrun, où, après vingt-quatre ans de paix, le règne de Bersun doit prendre fin. Dans la chaleur suffocante de l’île impériale, sept candidats s’affrontent afin de prendre sa place. À l’image de leurs Maisons respectives, ce sont des guerriers, des penseurs, des stratèges exceptionnels ; les meilleurs qui soient.

Puis l’un de ces candidats est assassiné.

Il revient à Neema Kraa, l’étrange et brillante Érudite de l’empereur, de démasquer le coupable avant la fin des épreuves. Pour ce faire, elle doit élucider un dangereux mystère vieux de plusieurs générations, tout en s’efforçant de battre six guerriers dont chacun recèle ses parts d’ombre et ses ambitions, y compris celui qu’elle a toujours aimé. Neema se croit seule. Pourtant nous pouvons l’aider… si toutefois elle l’accepte.

Bragelonne

La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau débute le jour où Yana Valit, son frère jumeau Ruko et leur mère Yasila sont convoqués auprès de l’empereur d’Orrun : Bersun. Famille d’un traître qui a failli tuer l’empereur des années auparavant, et y a laissé la vie, ils sont depuis exilés, sans ressources et en disgrâce. L’invitation au palais est donc loin d’être une bonne nouvelle pour les Valit sur qui pèsent de la menace d’une vengeance tardive. C’est donc avec appréhension que Yana et son frère accomplissent le voyage. Une fois sur place, cependant, c’est une place au monastère du tigre qui l’attend et une chance de pouvoir participer aux épreuves pour s’emparer du trône lorsque viendra le temps pour le dirigeant actuel d’abdiquer. Seulement ce rêve ce n’est pas le sien, mais celui de son frère qu’elle surpasse en tout.

Alors qu’elle hésite, Ruko tente de plaider sa cause et par une parole maladroite, révèle un secret mortel pour sa jumelle dès lors accusée de trahison. Voyant que l’empereur est sur le point de lui refuser la chance qu’il accordait à Yana, Ruko tente une ultime fois de gagner sa place au monastère du tigre. Désireux de donner une leçon à ce jeune impudent, Bersun décide alors de lui laisser le choix de la punition : enfermer Yana à vie dans la Maison de la Brume et des Ombres, lui ôtant toute chance d’intégrer le monastère ou la condamner à l’exil pour récupérer sa place. Seulement l’exil, à Orrun, n’est ni plus ni moins qu’une condamnation à mort et c’est la voie que choisit Ruko scellant le destin de sa sœur pour garder une chance d’assouvir ses ambitions personnelles.

Mais cette affaire dépasse le cadre de la cour, puisqu’elle va également changer la vie de Neema Kraa, chargée de rédiger l’ordre d’exil de la jeune fille, lui assurant par la même l’intérêt de l’empereur. Huit ans plus tard, Neema est devenue l’érudite en chef de l’empereur et se doit de préparer les épreuves qui opposeront les candidats, un pour chaque gardien (Corbeau, Tigre, Renard, Ours, Dragon, Dogue, Singe et Boeuf), dans une lutte pour succéder à Bersun qui a atteint la date limite de son règne. Cependant Neema, née dans une famille pauvre, n’est que fort peu appréciée à la cour où chacun attend qu’elle fasse un faux pas qui lui serait fatal.

Tandis que les festivités précédant les épreuves battent leur plein, un des candidats est assassiné et Neema est chargée de démasquer le tueur avant la fin du concours. Lancé dans la course au trône pour les besoins de son enquête, la jeune femme va devoir faire face à des ennemis retors, mais pourra également compter sur des alliés… inattendus.

Découvrez un extrait de La Voie Éternelle – Tome 1 : La Disciple du Corbeau ici !

Plume noire pour auteure vertigineuse

Bien que son nom ne vous dise peut-être rien, Antonia Hodgson est loin d’être une nouvelle venue dans le monde de l’écriture romanesque puisqu’elle signe, avec La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau, son cinquième livre. Si jusque-là l’autrice s’était surtout intéressée au Londres du XVIIIe siècle et aux aventures d’un certain Thomas Hawkins, héros de ses quatre premières fictions (Le Sourire du Diable en 2014, La Trahison de la Reine en 2015, A Death at Fountains Abbey en 2016 et The Silver Collar en 2020), elle change cette fois radicalement d’univers en plongeant dans la dark fantasy avec La Disciple du Corbeau.

Récompensée par le prix CWA Historical Dagger et nommée pour le prix Theakston du roman policier de l’année pour Le Sourire du Diable, cette diplômée en littérature anglaise de l’Université de Leeds a mené une brillante carrière de directrice éditoriale chez Little, Brown avant de devenir éditrice indépendante en 2021 afin de se consacrer davantage à l’écriture. Il n’est donc pas étonnant que les œuvres de cette habitante du Kent, fourmillent de détails et possèdent des univers aussi passionnants que tangibles, par la cohérence des règles qui les régissent. Un style aussi acéré qu’une épée, où les mots possèdent leur propre langage et surtout un poids certain, celui qu’ils font peser sur le destin de ses personnages, sans pour autant alourdir sa prose de quelque façon que ce soit. Un exercice d’équilibriste qui, avec Mme Hodgson, devient du grand art. 

Le corbeau et le renard

Depuis toujours je suis une lectrice éclectique, lisant à peu près tout ce qui me tombe sous la main. Mais s’il y a bien une chose qui est capable de me faire me jeter sur un livre c’est bien une magnifique couverture (Ainsi vient la nuit m’en est témoin). Or, en ce qui concerne Bragelonne, je suis très rarement déçue de ce point de vue là, l’éditeur mettant un point d’honneur à proposer des habillages classieux pour ces ouvrages, à même d’illuminer toute bibliothèque quelle qu’elle soit. Que ce soit en terme de design des couvertures (For the Wolf) ou avec l’ajout d’un jaspage (Rose in Chains : The Evermore Trilogy tome 1), Bragelonne s’y connaît pour flatter la rétine et ce n’est pas pour me déplaire, loin de là.

Cependant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il faut bien évidemment que le contenu suive et dans le cas de La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau, tout y est, que ce soit l’intrigue ou l’écrin. Si j’ai mis un bon moment à vous en livrer la critique, c’est qu’au delà d’un temps d’assimilation, il m’a fallu une deuxième lecture, qui a illuminé le texte et changé entièrement mon approche de celui-ci à la faveur des révélations faites en toute fin du roman. Moi qui arrive assez facilement à anticiper la fin d’un scénario, j’avoue qu’Antonia Hodgson m’a littéralement baladée pendant les quelques 700 pages du livre et que si j’avais vu juste sur certains faits, je me suis bien trompée concernant le qui et le pourquoi.

Ce qui m’a le plus enchanté dans ma lecture est la précision de l’autrice pour décrire ses personnages et leurs tourments avec justesse, au delà de dépeindre un monde totalement original régi par ses propres lois de façon à le rendre tangible pour ses lecteurs. Je me suis immédiatement sentie proche de Neema Kraa, talentueuse étudiante, dont les qualités intellectuelles et les connaissances ne suffisent pas à compenser sa naissance dans une famille pauvre, du moins aux yeux d’un assez grand nombre des membres de la cour. De ce fait, elle est la femme à abattre et doit lutter pour prouver sa valeur, surtout quand le corbeau décide de faire d’elle sa représentante et la future impératrice, fardeau dont l’héroïne se passerait volontier.

Les interventions des dieux gardiens sous leur forme animale, illustration parfaite que les légendes sur la terre d’Orrun sont en fait des morceaux d’histoires plus que des contes inventés. Il est d’ailleurs assez édifiant de voir régulièrement les événements de La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau du point de vue du corbeau jsutement, ce qui en dit long sur la façon dont les gardiens voient les hommes, qui par ailleurs craignent par-dessus tout leur retour sur terre. Mention spéciale pour Sol, petit fragment du corbeau divin, décrié par ses pairs mais essentiel à Neema par l’aide qu’il lui apporte, représentant autant l’orgueil retiré de sa nature divine que la vulnérabilité d’être le paria. Il est à mon sens un parfait miroir inversé de l’héroïne, étrangère à une place qu’elle n’aurait jamais dût avoir du fait de sa naissance et dans laquelle elle doit porter un masque d’invulnérabilité.

Ils se comprennent cependant dans l’isolement et la solitude qui est la leur depuis de nombreuses années. Enfin, l’amour qu’elle entretient avec Cain, bien que teinté d’amertume, d’incompréhension, de bravade et de colère, reste l’une des plus belles histoires qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années, en ce sens qu’elle possède ces accents de vérité qui donne envie de soutenir ses protagonistes en espérant pour eux des jours meilleurs.

La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau, dont le titre original (Eternal Path Trilogy – Book 1 : The Raven Scholar) lève tout doute quant au nombre de tomes que la saga comptera, m’a fait découvrir le travail d’Antonia Hodgson et en attendant la sortie du tome deux que j’espère assez prochaine, je vais peut-être me laisser tenter par ses autres ouvrages. Moi qui adore les enquêtes historiques (dois-je rappeler mon coup de cœur pour la série Les Enquêtes de Joseph Laflamme ?), ce serait un excellent moyen de patienter en attendant le retour de Neema, Sol et Cain.

Pour conclure…

La Voie Éternelle tome 1 : La Disciple du Corbeau est une claque magistrale qui prouve que le talent d’Antonia Hodgson ne connaît aucune frontière de genre. En délaissant le pavé londonien pour les terres mystiques d’Orrun, l’autrice nous offre une dark fantasy d’une rare intelligence, où l’enquête policière se mêle aux jeux de pouvoir, qu’ils soient humains ou divins. Porté par une Neema Kraa aussi vulnérable que retorse et une plume d’une précision chirurgicale, ce premier opus est une réussite totale, tant sur le fond que sur la forme. Si vous cherchez un univers tangible qui saura vous malmener et vous surprendre jusqu’à la dernière page, ne cherchez plus : le Corbeau vous attend. Un immense coup de cœur que je ne peux que vous recommander, en attendant de pied ferme un deuxième tome qui s’annonce déjà comme un indispensable.

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