Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning

Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning, sorti le 8 septembre dernier sur PC / PS4 / Xbox One, est la version remasterisée du RPG Kingdoms of Amalur : Reckoning (autrement dit Les Royaumes d’Amalur : Reckoning en français) initialement mis en vente en 2012. Cette licence regroupe de grands noms tels que Ken Rolston (The Elder Scrolls Morowind et Oblivion), Todd McFarlane (Spawn), et l’auteur à succès R.A. Salvatore.

Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning (appelons-le KOARR) était très attendu par les fans de la version originale de 2012 qui, à l’époque, avait très bien été reçue par les critiques. Censée apporter de la matière en termes de gameplay et de graphismes, cette version suscite des polémiques qui divisent les joueurs au sujet des changements et des apports additionnels apportés ou non par le studio.

Je ne vais pas entrer dans ce genre de débat ici, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas joué à la version originale et que la question la plus importante est surtout de savoir ce que vaut le jeu aujourd’hui.

De ce fait, si vous souhaitez un test neutre d’une joueuse qui n’avait pas arpenté les terres d’Amalur avant ce remaster et que vous vous demandez s’il a sa place dans votre bibliothèque de jeux, c’est par ici 🙂

Une narration qui s’essoufle

Dans KOARR, vous incarnez un personnage dont vous choisissez la race (Almain, Varani, Dokkalfar ou Ljosalfar), le sexe et l’apparence. Après avoir été ressuscités par un Gnome savant et son puit des âmes, vous êtes propulsés dans un monde en guerre où vous comprendrez rapidement que derrière votre amnésie se cache bien des mystères. Vous seul semblez être capable de tisser les trames de votre destinée. Pourquoi est-ce que le monde d’Amalur subit une guerre meurtrière ? Quel est votre passé ? Et pourquoi semblez-vous au cœur de nombreuses intrigues et la cible de nombreuses invasions ? C’est ce que vous tenterez de découvrir en parcourant les vastes terres de l’univers d’Amalur, et votre aventure sera parsemée d’embûches.

Qu’on se le dise tout de suite, la narration présente dans Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning n’est pas la hauteur de ce à quoi on s’attend généralement dans un RPG. Bien qu’elle contienne d’excellents éléments et soit, dès le début de l’aventure, vraiment intrigante, elle s’essouffle sur la durée. On se rend vite compte que les quêtes se ressemblent et que notre liberté d’investigation est malheureusement inexistante.

En effet, certaines quêtes sont prenantes, tant dans l’intrigue que dans l’univers dans lequel elles prennent place. Je prends pour exemple les quêtes principales, qui présentent des découvertes et des rebondissements intéressants ou encore toute la narration du DLC de Khel le Mort que j’ai vraiment adoré. Le fil scénaristique est convainquant et structuré, le tout dans des environnements différents qui apportent un peu de variété. Là encore, merci les DLC et plus particulièrement celui énoncé plus haut, qui prend place dans un univers de piraterie que j’affectionne particulièrement et qui représente de loin mon scénario préféré de la licence. 

Cependant, la narration s’essouffle vite, et le joueur aussi. Même si les quêtes annexes ont leur importance car certaines débloquent des accès ou encore votre appartenance à des factions, elles n’apportent pas autant de diversité et d’intrigues qu’escompté. Elles sont censées diversifier le contenu et appuyer le fil scénaristique d’Amalur, et pourtant votre intérêt en tant que joueur va se faner à mesure que vous découvrirez qu’en pratique elles se ressemblent toutes. Les rares qui sortent un peu du lot et qui pourraient susciter de l’intérêt et de l’implication de la part du joueur se soldent par une déception. Je pense, entre autres, à certaines quêtes qui nécessitent un peu d’investigation (chose que j’aime beaucoup dans un jeu) mais dont les endroits clés sont représentés sur la carte sans même que vous ayez à chercher… Vous êtes finalement tenus par la main et n’avez aucune liberté d’investigation autonome, alors que cela aurait pu être un aspect attrayant du jeu.

Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning - Caprices du Destin

De plus, vous pourriez penser que les dialogues, qui offrent plusieurs choix de réponses, ont un impact direct sur la narration. Comment dire, on y était presque ! Vous aurez beau choisir n’importe quoi, même tuer ou emprisonner telle ou telle personne, rallier les ennemis ou défendre le village, vous n’aurez pas connaissance des conséquences de vos actions (s’il y en a) et c’est bien dommage. Certains de vos choix vous octroient cependant des cartes “Caprices du Destin” qui vous offrent des bonus passifs, mais c’est tout.

Des mécanismes de jeu et un gameplay réussis

Si la narration n’est pas ce qui vous attire en premier lieu dans un jeu (ce qui est tout de même contradictoire avec le fait de jouer à un RPG), vous serez sûrement satisfaits du gameplay de Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning. 

Sa force repose sur le fait de pouvoir réellement combiner plusieurs branches de capacités ensemble et de personnaliser les attributs de combat de votre personnage. Le jeu vous propose trois branches catégorisées comme étant celles de la Puissance (dégâts physiques au corps-à-corps), de la Sorcellerie (à base d’éclairs, de glace, de feu et d’invocation de squelette) et de la Finesse (un assassin furtif, en gros). Vous n’êtes pas obligés de vous restreindre à l’utilisation d’une seule branche : vous pouvez très bien mettre 30 points dans la Sorcellerie, 10 dans la Finesse, et le reste dans la Puissance. Le choix des capacités comprises dans ces trois branches ne tient qu’à vous, bien qu’elles se débloquent à mesure que vous gagnez en expérience en remplissant des quêtes et en tuant des monstres.

De plus, vous avez la possibilité de consulter un Tisseur de Destin qui vous réinitialisera vos points contre une certaine somme d’argent. Libre à vous, donc, de faire vos tests l’esprit tranquille jusqu’à trouver le parfait équilibre de ce que vous aimez jouer. À ce système “classique” de levelling et de capacités vient s’ajouter le choix de bonus passifs. En mettant des points dans vos branches de compétences, vous débloquez des cartes Destin qui permettent d’améliorer certaines statistiques telles que les dégâts critiques ou la régénération de mana par exemple.

Il existe aussi dans KOARR des compétences à débloquer qui concernent le craft (fabrication) d’alchimie ou de sagesse, le marchandage, le crochetage, la dissipation, ou encore l’observation (faculté de bien observer son environnement afin de trouver des trésors ou récupérer plus d’argent sur les loots). Cela renforce l’aspect personnalisation déjà bien présent.

Concernant les techniques de combat et combos, sachez qu’ils sont plutôt simples à prendre en main et à réaliser dans ce jeu. Je l’ai testé sur PC, et les raccourcis clavier / souris ainsi que les combos se comprennent rapidement et ne demandent pas une dextérité exceptionnelle. Bien qu’un des défauts du jeu repose sur le fait qu’il est impossible de parametrer les touches dans les Options, les touches des compétences et combos ont été bien pensées. Vous jouerez donc beaucoup avec un enchaînement de souris gauche / droite prolongé ou non selon l’effet souhaité, Shift pour bloquer, et espace pour esquiver. Le principal challenge, si j’ose dire, vient du fait qu’il faut sélectionner la compétence à l’aide des raccourcis &/é/”/’… avant de pouvoir la lancer avec votre clic droit. Un minimum de réactivité est donc requis.

Soit dit en passant, vous avez la possibilité de changer de difficulté à n’importe quel moment du jeu, directement via les Options. J’ai testé toutes les difficultés et on voit nettement la différence. Il vous faudra user davantage de votre blocage au moment opportun ainsi que de vos combos d’esquive au niveau difficile, au risque de vous faire botter les fesses sans vergogne. J’en profite pour souligner le réalisme d’un détail qui m’a directement interpellée et ce dès le début du jeu : l’interruption. Lorsque votre adversaire vous frappe et que son attaque vous atteint sans rencontrer de blocage ou d’esquive, vous serez légèrement sonnés moins d’une demie seconde, interrompant ainsi vos actions ou compétences.

Enfin, la vue à la troisième personne et le ciblage automatique (réglable) rendent les combats plus ordonnés, mais diminuent un peu le challenge. Vos sorts atteindront presque tout le temps leur cible, même si ce n’était pas celle désirée. Je dis “presque tout le temps” car certains enchaînements visent des zones au sol qui seront parfois vides suite aux déplacements de vos ennemis. Cela dit, les animations de combats sont vraiment bien faites et, lorsque l’on achève un ennemi sous forme de Fatalité (une sorte de transformation ultime que vous pouvez activer lorsque la barre Destin est pleine), c’est parfois sanglant et franchement stylé. Un petit plus aussi pour l’utilisation fun des Chakrams (armes) et le suivi de la caméra durant les combats et déplacements qui donne parfois des effets visuels allongés qui sont agréables et très bien faits. De même, le bestiaire est assez varié.

Graphismes et bugs

Vous l’avez lu, Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning présente des aspects positifs et négatifs en termes de narration et de gameplay. Mais cela ne se cantonne pas qu’à cela.

Les graphismes de la nouvelle version ont apparemment été améliorés et affinés, influençant ainsi l’expérience de jeu. Si vous appréciez les graphismes un peu cartoon, subtil mélange de WoW ou de Rift par exemple, vous apprécierez KOARR. Cependant, la qualité reste tout de même moyenne comparée aux capacités des jeux et des cartes graphiques actuels. Les cinématiques sont franchement moyennes : on y retrouve des lenteurs et parfois même un mauvais calibrage du son avec les animations faciales.

Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning - bug graphique d'un PNJ
Un PNJ a l’aspect…particulier.

Il faut  tout de même bien lui accorder que les jeux de lumière sont vraiment bien faits, ainsi que certaines animations. J’ai vraiment aimé celles des magies en Sorcellerie ainsi que celles des attaques de Chakrams et Bâtons. Peu importe l’élément de votre arme ou de votre sort, il sera bien représenté en jeu et sera vraiment crédible et immersif. Les textures ont apparemment été améliorées mais je ne saurai comparer.

Par contre, et je terminerai mon test sur ce point important, je suis réellement navrée et frustrée par un “détail” que je trouve vraiment limite. J’ai rencontré un bug de barrière magique lors d’une quête du DLC les Dents de Naros nommée Ascension, qui a pour conséquence qu’il est impossible d’avancer. Il n’y a aucun mécanisme de désactivation, aucune possibilité de contourner pour continuer le chemin, aucun objet particulier à ramasser, rien. Si vous avez le malheur de tuer l’ennemi qui forme ce bouclier trop rapidement et sans utiliser le mode Fatalité, vous vous retrouvez bloqués. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce même bug a été décrit en 2015 et qu’il est encore d’actualité ! Alors certes, les joueurs, même actuels, ont trouvé de fins stratagèmes, mais je trouve cela vraiment inadmissible. Sortir une version remasterisée sans pour autant corriger un bug connu depuis tant d’années, c’est littéralement se moquer des joueurs.

En résumé

Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning reste une aventure agréable à découvrir bien qu’elle s’essouffle sur la durée et présente des faiblesses. 

Le jeu dispose de jeux de lumière et d’animations qui sont visuellement bien faits, la personnalisation de son personnage et de ses compétences offre du contenu diversifié, la différence de difficulté est présente et certaines parties de la narration sont immersives et intéressantes. De plus, les graphismes ont été améliorés et sont agréables dans leur style. Cela dit, il contient aussi nombre de faiblesses qui font de l’ombre aux qualités de ce jeu.

Malheureusement, on y retrouve une calibration sonore avec les animations faciales défectueuse lors des cinématiques, un bug toujours présent après des années ainsi qu’une trame scénaristique lassante au bout d’un moment. Il laisse également peu de place à la liberté du joueur d’investiguer et même les déplacements dans ce monde semi-ouvert restent parfois limités : vous n’avez pas la possibilité de sauter autrement qu’à des endroits spécifiques, les différentes régions sont séparées par des couloirs et des barrières naturelles, etc. 

Il est donc difficile de se positionner sur la problématique qui est de savoir si Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning a sa place parmi les RPG les plus attrayants du moment. Cela dépendra réellement de vos attentes, de vos goûts, et de vos priorités dans un jeu.

Si vous étiez fans de la licence vous risquez de n’y trouver aucun intérêt tout comme, au contraire, d’en nourrir avec satisfaction votre nostalgie. 

Kingdoms of Amalur : Re-Reckoning

La  note  de la  rédaction

3/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Certains scénarios sont intéressants

Bestiaire varié

Jeux de lumière bien faits

Diversité de compétences, capacités, bonus passifs, etc.

Personnalisation

Gameplay facile à intégrer

Animations de combat réussies

Les points négatifs

On est tenus par la main : peu de libertés d’investigation

Les cinématiques sont passées de mode, contiennent des problèmes de calibration son/image

Bug bloquant connu depuis 2015 toujours pas fixé

Narration qui s’essouffle sur la durée

Redondance

Pas à la hauteur graphiquement et techniquement par rapport au potentiel des jeux actuels et des configs

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