L’univers de Bungô Stray Dogs n’a, décidément, pas fini de s’étoffer et c’est toujours chez l’éditeur français Ototo que cela se passe. Après une version alternative du destin d’Akutagawa et d’Atsushi dans Bungô Stray Dogs BEAST, c’est désormais le passé et la rencontre entre Dazai et Chûya que va évoquer le nouveau spin off de la série : Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans. Disponible depuis le 24 octobre 2025 en librairie, c’est encore une fois Shiwasu Hoshikawa qui reprend la plume pour tracer à l’encre noire ce moment fondateur dans la vie de deux des personnages principaux de Bungô Stray Dogs.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Double mésentente
Ville de Yokohama, sept années avant le conflit opposant les Détectives armés à la Mafia portuaire.
Ôgai Mori, le patron de la mafia, ordonne à Osamu Dazai, âgé de 15 ans, de mener des recherches sur une mystérieuse entité nommée «Arahabaki». De plus, il lui intime également l’ordre de former un duo avec un autre adolescent de son âge, le roi de l’organisation des «Agneaux», un certain Chûya Nakahara…
Découvrez l’histoire de la rencontre entre Dazai et Chûya, et le début des aventures de ceux que l’on nommera plus tard les «Jumeaux de l’ombre»
Ototo

Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans débute alors que Chûya Nakahara, 15 ans et puissant manipulateur de gravité à la tête de l’organisation des “Agneaux”, punit un des cadres de la Mafia Portuaire pour avoir violé son territoire. De la bouche de l’homme qu’il s’apprête à éradiquer, il apprend que ce dernier à agit uniquement poussé par une attaque du dieu des fléaux “Arahabaki”. Du côté de la Mafia portuaire, Ôgai Mori se désole des nombreux revers de fortune connus par son organisation. Cependant ses plaintes restent lettre morte auprès d’Osamu Dazai, un étrange adolescent qui ne l’écoute pas, concentré sur sa tâche de trouver un moyen de se suicider rapidement et sans douleur, pour échapper à l’ennui qui le submerge.

Si Mori garde près de lui ce bien encombrant gamin, c’est que Dazai est le seul témoin du passage des dernières volontés de l’ancien patron de la Mafia à son successeur. Toutefois, la mort du boss cache un lourd secret, puisqu’il a été tué par Mori qui était son médecin afin que ce dernier prenne la tête de l’organisation. Ébranlé par les apparitions du fantôme du défunt assassiné qui semblent accompagner les manifestations d’Arahabaki, Mori charge Dazai d’enquêter dans la ville du Mortier, siège des attaques du revenant. C’est là, alors qu’il récolte des infos en compagnie d’Hirotsu, qu’Osamu se retrouve confronté à Chûya également à la recherche d’informations sur l’entité mystérieuse. Une rencontre qui va sceller le destin des jeunes gens en les forçant à coopérer pour le compte du chef de la Mafia, mais cette collaboration forcée va vite s’avérer houleuse…

Le loup et l’agneau
Derrière Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans nous retrouvons donc Shiwasu Hoshikawa qui avait déjà officié sur le spin off Bungô Stray Dogs BEAST une version alternative de l’intrigue de Bungô Stray Dogs nous narrant ce qu’il se serait passé si les places d’Atsushi et d’Akutagawa avaient été échangés au sein de la Mafia portuaire et de l’Agence des Détectives armés. Cette fois-ci pas de version alternative, mais une plongée dans le passé de deux personnages centraux du manga original : Dazai et Chûya alors âgés de 15 ans. Sachant que Kafka Asagiri reste le scénariste de ce spin off, on peut donc tabler sur la véracité des éléments décrits pour s’intégrer dans l’intrigue du manga original en en étoffant un peu plus le lore.


Il est à noter qu’un autre spin off de la série, adapté du light novel du même nom, vient de commencer sa pré-publication au sein du Kadokawa Comics Ace toujours dessiné par Shiwasu Hoshikasu : Bungô Stray Dogs: STORM BRINGER. Cette nouvelle série étant la suite directe de Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans, il ne nous reste plus qu’à espérer qu’elle arrivera bientôt au catalogue de l’éditeur Ototo. Mais revenons à nos moutons, ou, en l’occurrence, à nos agneaux. Nous retrouvons donc le trait acéré de Shiwasu Hoshikawa, ainsi que son utilisation ingénieuse du contraste blanc / noir renforçant les traits précis et ciselé de son dessin.

Si auparavant le mangaka jouait sur l’opposition entre la blancheur des planches mettant en scène Akutagawa et l’Agence et celle bien plus sombre d’Atsushi au sein de la Mafia, désormais les deux protagonistes évoluent dans la même organisation ce qui rend impossible ce genre d’astuces graphiques. Pour autant, l’utilisation des noirs profonds réhausse parfaitement les planches dans lesquelles ils sont prédominants et rappelle par certains côtés le travail sur les contrastes réalisé par Tsutomu Nihei dans Tower Dungeon. Mais je m’égare…
Gravité nulle

J’ai déjà Clamé à de nombreuses reprises mon amour pour la saga Bungô Stray Dogs et l’intrigue menée de main de maître par Kafka Asagiri, il était donc évident que je me devais de sauter sur l’occasion d’en découvrir plus avec Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans tome 1, d’autant que j’avais adoré la proposition faite avec Bungô Stray Dogs BEAST. Autant vous prévenir tout de suite, si avec BEAST il n’était pas nécessaire d’avoir déjà lu le manga de base, c’est un peu plus complexe concernant ce nouveau spin off. Même si le contexte est suffisant détaillé dans le premier volume pour que les nouveaux venus s’y retrouvent, j’avoue avoir du mal à imaginer l’impact de cette histoire sans avoir auparavant lu l’étrange relation entre Dazai et Chûya, ainsi que la rivalité que cela crée entre Chûya et Akutagawa.

Une chose est certaine cependant, c’est que la portée du scénario s’en trouvera forcément affaiblie. Mais bon, n’étant pas dans ce cas de figure je ne peux que conjecturer et je m’arrêterais donc là. Il est pour le moins intéressant de découvrir une nouvelle facette de Dazai et de Chûya que nous n’avions encore jamais vu jusque-là et d’apprendre par la-même le pourquoi du comment de l’engagement de Dazai auprès de la Mafia portuaire. Je dois bien avouer que la simplicité de cette raison me laisse un peu perplexe, autant que le caractère d’Osamu qui m’apparaît pour le coup tête à claque dans ses réactions. Chûya de son côté voue une haine farouche à la Mafia et je me demande bien ce qui va faire qu’il va rester au sein de l’organisation criminelle au-delà de leur enquête sur Arahabaki.

Dieu sait que j’aime quand les dieux viennent mettre leur grain de sel dans une intrigue, à l’instar d’After God, mais j’espère sincèrement que le mystère entourant l’entité adverse se révèlera bien plus complexe qu’une simple vengeance d’un utilisateur de pouvoir, même si j’avoue être intriguée par les apparitions apparemment impossible de l’ancien chef de la Mafia, parfaitement au fait d’avoir été assassiné, quand les seuls à le savoir sont Mori et Dazai. La réponse devrait commencer à se faire voir dès le deuxième tome, d’autant qu’avec une série complète en quatre tomes le rythme de l’action devrait être assez soutenu pour nous apporter au plus vite des réponses. Il ne reste plus qu’à attendre la publication du tome 2 de Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans pour l’instant non programmé par l’éditeur. Une délicieuse torture qui va nous tenir en haleine un moment.
Bungô Stray Dogs : Dazai, Chûya, 15 ans réussit à ouvrir une nouvelle fenêtre sur un pan encore obscur du passé de deux figures majeures de la série, tout en enrichissant habilement le lore déjà dense imaginé par Kafka Asagiri. Servi par le trait acéré et les contrastes puissants de Shiwasu Hoshikawa, ce premier tome pose les bases d’une rencontre explosive où la gravité n’a rien d’une métaphore. Si certaines réponses tardent volontairement à se dévoiler, notamment autour du mystère Arahabaki et des apparitions troublantes de l’ancien chef de la Mafia, ce premier volume promet une intrigue nerveuse, rythmée, et suffisamment intrigante pour nous tenir en apnée jusqu’au second tome. Avec seulement quatre volumes au compteur, la série s’annonce courte mais intense… et cette attente non programmée du tome 2 risque bien d’être la plus cruelle des tortures pour les fans impatients de percer, enfin, les ombres des “Jumeaux” les plus célèbres de Yokohama.




