Quel enfant n’a jamais rêvé d’aller dans l’espace ou de devenir astronaute ? Certainement pas la jeune Alice, héroïne de la nouvelle série de Kiko Urino : Alice au-delà des étoiles. Troisième série de la mangaka publiée au catalogue de l’éditeur Glénat, le tome 1 vient d’alunir sur les étals des libraires le 20 mai 2026. Nous y découvrons le destin touchant d’Alice Asahida prête à tout pour aller dans l’espace. Mais comment faire quand on ne maîtrise pas les fondamentaux comme sa propre langue ? C’est là qu’Inuboshi le petit génie entre en scène pour l’aider à progresser. Un récit initiatique tout autant qu’une amitié forte qui a su nous captiver dès les premières pages.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Vers l’infini et au-delà
La première femme astronaute japonaise !
Sur le point d’entrer au collège, Alice est une jeune fille intelligente mais “semilingue” : née de parents japonais mais ayant grandi à l’étranger, elle ne maîtrise aucune des deux langues, que ce soit le japonais ou l’anglais. C’est alors qu’un camarade de classe lui promet de l’aider à réaliser son rêve : devenir astronaute pour “ressentir” la présence de ses parents dans l’espace. Commence alors pour la jeune Alice un périple autant scolaire qu’humain, pour devenir la première astronaute japonaise capitaine de vaisseau spatial…
Glénat
Dans Alice au-delà des étoiles, tout commence par un flashforward de l’héroïne en pleine interview, alors qu’elle s’apprête à prendre le commandement de la station spatiale internationale. Au détour d’une question d’un journaliste, Alice Asahida se remémore les événements qui l’ont conduite à réaliser son rêve de devenir astronaute. Pour elle, tout a commencé en primaire quand, après la mort de ses parents, elle est revenue vivre au Japon chez sa grand-mère, après avoir vécu douze ans à l’étranger.

Bien que très populaire auprès de ses camarades de classe, du fait de sa prestance et de sa beauté, Alice est considérée comme une jolie idiote, incapable de s’exprimer correctement et multipliant les bourdes du fait de sa méconnaissance des usages nippons. Fatiguée de cette image qu’elle renvoie, mais incapable d’y remédier seule, la petite fille fait un jour la connaissance de Rui Inuboshi, un petit génie solitaire qui aime apprendre plus que tout.

Intrigué par Alice, ce dernier comprend vite de quoi souffre sa camarade de classe qui n’est en réalité pas stupide, mais juste une semilingue. C’est sa non-maîtrise du langage (qu’il soit anglais ou japonais) qui bloque sa capacité à étudier et à communiquer avec les autres. Devant l’envie sincère d’Alice de s’améliorer, Rui va alors lui proposer un pari fou : contre une heure d’étude après l’école, il va réaliser son rêve en lui permettant de devenir astronaute. Mais le chemin pour y arriver est encore long et le compte à rebours pour les recrutements de l’Agence spatiale japonaise est déjà lancé.
Découvrez un extrait de Alice au-delà des étoiles – Tome 1 ici !
Astro-notes
Si le nom de Kiko Urino n’est pas encore aussi connu que celui des grands ténors du manga contemporain, la mangaka s’est pourtant déjà illustrée avec plusieurs œuvres remarquées telles que De Neiges et de Flammes ou Internet Love! publiées également chez Glénat. Avec Alice au-delà des étoiles, prépubliée depuis 2024 dans le Weekly Big Comic Spirits, l’autrice semble toutefois avoir franchi un cap décisif. Récompensée par le prestigieux Manga Taishō 2025 et saluée par la critique japonaise, au point d’attirer les éloges de Tatsuki Fujimoto, le mangaka derrière Chainsaw Man,

cette nouvelle série délaisse les sentiers battus du récit spatial pour s’intéresser avant tout à l’éducation, à la persévérance et à la capacité de chacun à dépasser les limites que lui impose son environnement. À travers le parcours d’Alice, une collégienne bien décidée à devenir la première femme commandante de vaisseau spatial malgré ses difficultés scolaires, Kiko Urino poursuit son exploration de thèmes qui lui sont chers, comme la construction de soi et la quête d’identité, en leur donnant cependant une ampleur nouvelle, gagnant en lisibilité et surtout arborant une toute autre puissance thématique.

Une ambition qui semble avoir trouvé un écho particulier auprès du public japonais, séduit par cette aventure où les étoiles apparaissent finalement moins comme une destination finale que comme un horizon à atteindre. À ce titre, il est intéressant de noter que le titre original du manga est Arisu, Uchū Made mo qui peut se lire comme « Alice, jusqu’aux étoiles », mais évoque également l’expression doko made mo, qui signifie « aussi loin que possible ». Un double sens particulièrement approprié pour une héroïne dont le rêve consiste autant à atteindre l’espace qu’à dépasser les limites que son entourage lui assigne.
Ils tirent des plans sur la comète !
Vous vous en souvenez peut-être, mais entre moi et Kiko Urino ce n’est pas vraiment une grande histoire d’amour. J’ai découvert la mangaka avec De Neiges et de Flammes que j’avais fini par abandonner au tome 2, tant l’absence d’enjeux dans l’intrigue et la platitude des événements avait fini par me décourager. Cependant, il me faut reconnaître que la mangaka possède l’art de décrire des rapports humains et des tourments intérieurs extrêmement justes et c’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à laisser une chance à Alice au-delà des étoiles.

C’est donc avec circonspection que j’ai retrouvé le graphisme si particulier de la dessinatrice, toujours aussi épuré, avec des personnages tout en longueur et aux visages très expressifs. À ce propos, dès le départ il m’a été impossible de considérer Alice et ses camarades comme étant en dernière année d’école primaire, tant ceux-ci ont l’apparence et les réactions de lycéens. Voilà qui m’a pas mal perturbée, la temporalité étant importante pour expliquer l’état de semilingue de la jeune héroïne. Pour le coup, j’ai appris l’existence de ce terme avec Alice au-delà des étoiles et je trouve ce parti-pris très intéressant.
Moi qui adore les récits où les héros tentent par tous les moyens de dépasser leurs difficultés, comme dans Promenons-nous dans l’espace ou encore, dans un registre bien plus comique The Regalia of the Underdogs, je suis servie. Il faut dire qu’Alice est un personnage particulièrement touchant qui du fait de ne maîtriser réellement aucune des deux langues qu’elle parle, a l’impression de ne finalement appartenir à aucune culture. De son côté Rui est un solitaire, non par choix, mais parce que sa philosophie de l’apprentissage n’est pas partagée par les autres qui préfèrent alors l’éviter.

C’est de leur rencontre que va se former le véritable point fort du manga et c’est dans leur compréhension mutuelle des failles de l’autre qu’ils vont finalement s’épanouir et pourquoi pas réussir à réaliser le défi lancé par Alice : aller dans l’espace pour y ressentir la présence de ses parents disparus. Bien entendu des zones d’ombre subsistent, comme le métier des parents d’Alice qui leur a valu de traîner leur fille aux quatre coins du monde pendant sa petite enfance, ainsi que la cause de leur décès brutal. J’espère sincèrement que Kiko Urino prendra le temps de répondre à mes interrogations dans la suite d’Alice au-delà des étoiles, dont le tome 2 est à venir pour le 26 août 2026.
Au cœur de l’espace, les étoiles servent de point de repère souvent pour guider les voyageurs et avec ce premier tome d’Alice au-delà des étoiles, Kiko Urino semble avoir trouvé la sienne. Derrière son rêve de conquête spatiale, Alice porte avant tout une quête bien plus intime : celle d’une jeune fille qui cherche sa place dans un monde où elle a longtemps eu l’impression de n’appartenir à aucun endroit. Porté par une héroïne attachante, un duo particulièrement juste et une réflexion pertinente sur l’apprentissage et l’identité, ce début de série est une agréable surprise. Reste désormais à savoir comment l’autrice compte emmener Alice jusqu’à son but, et surtout si les nombreux mystères qui entourent son passé sauront tenir leurs promesses. Pour ma part, une chose est certaine : j’ai bien envie de poursuivre le voyage lors de la sortie du tome 2 prévue pour le 26 août 2026.




