Lancée en 2023 dans le magazine Shônen Sirius des éditions Kodansha, Tower Dungeon, la nouvelle série du maître de la SF Tsutomu Nihei vient de faire son apparition au catalogue de l’éditeur français Glénat. Cette fois-ci toutefois, c’est d’une intrigue dans le plus pur style fantasy que va nous proposer le mangaka. Sorti en librairie depuis le 7 mais 2025, nous étions curieux de voir l’incursion de l’auteur dans le style fantasy, d’autant que, pour le premier tirage de cette nouvelle saga, Glénat propose aux lecteurs deux versions du manga, une version simple et une version collector à la couverture rigide en simili cuir du plus bel effet (pour à peine 3€ de plus), incluant en première page couleur le dessin de la jaquette originale. La chance était avec nous lors de l’expédition, c’est l’édition collector que nous avons obtenu comme butin.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Tower of Dead
Pour aller plus haut !
Un nécromancien maléfique a tué le roi et emporté la princesse dans la titanesque “tour des dragons” ! La garde royale se lance à son secours mais est mise en déroute par les redoutables monstres qui infestent le bâtiment. Les habitants des villages alentour sont alors mobilisés. L’un d’eux est un jeune homme à la force prodigieuse : Yuva, le héros de cette histoire.
Pour son premier tirage, Tower Dungeon s’offre également une version collector, avec couverture cartonnée en simili cuir et marquage dans la lignée des One Piece collector 98-99-100. Inclut également une page couleur.
Glénat

Tower Dungeon commence alors que la princesse Ignelia est enlevée par un nécromancien qui compte se servir d’elle pour atteindre le sommet de la tour des dragons. Alors que la garde royale et le reste de l’armée mettent tout en œuvre pour la secourir, Yuva, un jeune paysan à la force et à l’endurance hors du commun, mène une vie tranquille en compagnie de sa sœur et de ses grands-parents. A bout de ressources le gouvernement décide alors de lever un tribut en hommes valides ou en grain pour aider la mission de sauvetage. Mais devant le coût exorbitant de la deuxième option, nombreux sont les villages obligés d’envoyer un de leurs concitoyens.

Dans le cas de Yuva, ce dernier finit par se porter volontaire pour partir à la tour des dragons. Une fois arrivé, il est très vite remarqué par Rudeam, le chef de l’expédition de secours qui souhaite se servir de l’endurance et de la force du jeune paysan pour vaincre le monstre du cinquantième niveau de la tour. Yuva se trouve donc obligé de partir en compagnie des trois autres membres de l’expédition. Mais ce qu’il ignore encore, c’est que cette première incursion dans la tour risque bien de le mener plus loin qu’il l’imagine et peut-être l’amener à rencontrer son destin.
Lisez un extrait de Tower Dungeon Collector – Tome 1 ici !
Tsutomu Nihei, l’auteur métamorphe

C’est donc un scénario somme toute assez classique qui nous attend dans les pages de Tower Dungeon, même si la prise de risque du maître de la SF de sortir de sa zone de confort vaut à elle seule le détour. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Tsutomu Nihei, mangaka depuis plus de trente ans, sachez qu’il est l’auteur de la bien connue saga Blame!, Abara et plus récemment Aposimz et Knight of Sidonia.

En plusieurs décennies de carrière, il est indéniable que l’auteur est devenue une référence incontournable du manga japonais, sans toutefois jamais se reposer sur ses lauriers, ayant même entamé un renouvellement graphique depuis quelques années, amorcée avec Aposimz. Il a d’ailleurs dit en interview sur le site de Glénat, qu’il ne souhaitait désormais plus s’exprimer que par le trait, en évitant de trop utiliser les trames et autres aplats noirs. S’il est évident que cela rend l’action plus facilement lisible, cette simplification extrême des dessins ne sera peut-être pas au goût de tout le monde et surtout pas des fans de la première heure.

De plus, avec Tower Dungeon, Nihei change également de registre pour livrer un scénario s’inscrivant dans le plus pur style Fantasy. Toutefois, que les aficionados se rassurent, cet amoureux des structures architecturales labyrinthiques, influencé par Moebius et fasciné par l’immortalité et le post-apocalyptique, a trouvé ici un terrain de jeu à la hauteur de ses envies. Quoi que l’on en pense.
Dungeon Brawler

Je dois l’avouer, ma dernière incursion dans l’univers de Tsutomu Nihei date de la ressorti en version deluxe d’Abara, qui m’avait frustré à bien des égards. Avec Tower Dungeon, on est bien loin de la profusion de détails dans les dessins qui caractérisait le mangaka. Pour autant, j’étais curieuse de découvrir ce qu’allait donner la nouvelle incursion du mangaka dans un genre nouveau pour lui. Je dois bien le reconnaître, j’ai été agréablement surprise par la qualité de la couverture de l’édition collector dont la gravure est du plus bel effet et la texture veloutée agréable au touché. C’est une fois la première page tournée que je deviens plus critique. Il est évident que le classicisme du pitch de base n’est pas étranger à la chose.

Au final, on ne sait pas grand-chose de cet univers et de ses héros que l’on retrouve catapultés là sans trop d’éléments de contextes associés. A la lecture, Tower Dungeon m’a fait un peu ressentir les mêmes sentiments que De Neiges et de Flammes dont il ne m’avait fallut que deux tomes pour comprendre que l’histoire ne me parlerait jamais. N’étant pas non plus une fan inconditionnelle des dessins du mangaka à l’époque de Blame!, je partais avec un sacré handicap, mais la sortie d’une nouvelle œuvre d’un mangaka aussi adulé était un événement que je ne pouvais pas louper. J’ai donc été très surprise de constater le changement assez radical dans les dessins de l’auteur. Bien plus clairs et plus épurés que l’ancien style de l’auteur, ils aident grandement à une meilleure compréhension de l’action.

Pour autant, ils sont peut-être un peu trop simplistes à mon goût à l’instar de l’intrigue. Voilà qui est étonnant pour qui s’est un peu intéressé aux autres œuvres de Nihei, dont les histoires foisonnantes sont un peu compliquées. Un indice qui ne trompe pas et me fait dire que si le scénario est de prime abord classique, il risque bien de ne pas le rester longtemps et c’est un peu là-dessus que je compte. J’ai déjà vu des mangas mettant un peu de temps à démarrer mais s’améliorant rapidement pour aller vers du meilleur, comme Rave ou After God qui ont connu une évolution intéressante après leur premier tome.

La menace d’une guerre de succession au trône, tout autant que les monstres habitant la tour et les mystères qui entourent cette dernière, laissent d’ailleurs présager une rapide progression vers du meilleur qu’il m’embêterait de louper. N’étant pas lectrice à enterré d’emblée une histoire risquant de se révéler prometteuse pour la suite, j’attends d’en avoir vu bien plus avant de me prononcer, d’autant que connaissant Tsutomu Nihei, nous ne sommes pas à l’abri d’une excellente surprise. Confirmation à venir donc lors de la sortie du prochain tome de Tower Dungeon dont la parution n’est pas datée pour l’instant.

Tower Dungeon, malgré une intrigue d’un classicisme assumé, a de quoi interpeller par un univers dont on ne sait quasiment rien et par le choix du mangaka de passer à un style graphique bien plus épuré. Pour autant, il serait stupide de sauter au conclusion juste à la lecture de ce premier tome, qui pose des bases intéressantes malgré tout, en faisant miroiter aux lecteurs des complications, tant du côté de la succession au trône que du côté de l’équipe de sauvetage. Une évolution que l’on appelle de nos vœux et que l’on espère présente dès le volume 2 de Tower Dungeon dont la parution n’est toujours pas datée à ce jour.




