Alors que les fans d’Assistant Assassin, paru chez Omaké Books ont désormais perdu toute chance de connaître la fin du manga d’Hiromasa Okujima, ce dernier fait un retour en grande pompe au catalogue de l’éditeur Mangetsu avec sa dernière série en date : School of Villains. Alors que son tome 1 est disponible depuis le 3 septembre 2025 sur les étagères des libraires, cette mini-série, complète en trois tomes, nous conte par le menu le destin de Jôichirô Kirinji, déterminé à prendre le contrôle du lycée Biran. Rien de bien extraordinaire jusque-là, si ce n’est que Kirinji est loin d’être un étudiant comme les autres et que son lycée n’est pas ordinaire non plus. En effet, le lycéen n’est autre que le fils du Premier ministre japonais et descendant d’une longue lignée de politiciens, quand le lycée Biran est administré par un clan de puissants yakuzas et compte les délinquants les plus dangereux du pays. Un mélange des genres explosif pour une conquête à hauts risques.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Au bahut, les Yakuza!
« Je compte bien atteindre le sommet de la hiérarchie de cette école. »
À 15 ans, Jôichirô Kirinji, fils du Premier ministre, étudie sans relâche pour suivre les traces de son père. Tout bascule lorsqu’il découvre que celui qu’il admire tant n’est qu’un simple larbin du chef du clan Biran. Humilié et trahi, il comprend à cet instant qui tire véritablement les ficelles du pays. Résolu à prendre son destin en main, il s’inscrit dans la pire des écoles de voyous pour gravir les échelons de la pègre et devenir le véritable numéro un du Japon !
Hiromasa Okujima (Au bain, les Yankees!, Vavam Vampire, Les Racailles de l’autre monde) revient sur le devant de la scène avec School of Villains, une œuvre en trois tomes publiée aux éditions Shinchosha !
Mangetsu

Après la brusque prise de conscience que son père, Premier ministre du Japon, n’est qu’un pantin à la solde du chef du clan Biran, le yakuza Jûzô Kiki, le lycéen Jôichirô Kirinji décide de tourner le dos à son ambition initiale d’embrasser la voie familiale pour entrer au lycée Biran. School of Villains tome 1 démarre lorsque Kirinji, de retour de cours, surprend son père en train de littéralement lécher les chaussures d’un éminent chef yakuza. Ce dernier lui apprend que le véritable homme aux commandes du pays n’est absolument pas son père, qui n’est qu’un larbin, mais bien lui : Jûzô Kiki.

Voyant toutes ses croyances s’écrouler en un instant et humilié par le yakuza, Kirinji décide de rentrer au lycée Biran pour en prendre la tête et finir par contrôler le clan Biran par la suite. Quatre mois plus tard, le voilà qui fait sa rentrée dans l’établissement convoité et si son intelligence et ses connaissances ne sont plus à prouver, son statut de fils du Premier ministre lui vaut la méfiance et l’hostilité immédiate de ses condisciples. Loin de se laisser détourner de son objectif, le lycéen se fait d’emblée remarquer par le groupe des V4 (membres du bureau des étudiants) en affrontant l’un des leurs, Shitora Asakura, dans un duel de Shifumi version yakuza.

Le duel s’étant soldé sur un match nul, Kirinji décide de se présenter en tant que délégué de classe. Mais l’élection est loin d’être gagnée pour le jeune homme qui va devoir affronter ses deux plus puissants rivaux dans la classe épervière : Shô Shishido et Jin Kumazawa. Arrivera-t-il à sortir vainqueur alors que chaque duel impose de mettre sa vie en jeu ?
Découvrez un extrait de School of Villains – Tome 1 ici !
Cours organisés
S’il y a bien un fil rouge dans la plupart des histoires dessinées par Hiromasa Okujima, c’est bien celle de mettre en scène des voyous, qu’ils soient des furyos ou des yakuzas. Originaire de Miki dans la préfecture de Hyogo, du côté de Kobe, Fan de Dragon Ball et des œuvres de Takehiko Inoue (Slam Dunk), Hiromasa Okujimaa très tôt voulu se lancer en tant que mangaka et a eu la chance de devenir l’assistant de Tetsuya Saruwatari (Tough) de 2002 à 2005 avant de se lancer à son tour. C’est en 2007 que commence officiellement sa carrière avec la série Shout! qui prend place dans sa ville natale.

S’il est toujours plus ou moins question d’amitié virile entre délinquants au grand cœur adeptes de la baston, il varie les genres et joue avec les codes en passant du Boy’s love (2gether) à la fantasy (Les Racailles de l’autre monde) en passant par une incursion dans le monde des bains publics japonais (Vavam Vampire, Au bain, les Yankees !). Un auteur éclectique qui tire son épingle du jeu par des personnages aussi attachants que charismatiques à la gouaille incomparable et à des dessins détaillés, notamment dans la musculature de ses héros.

School of Villains (Villain no Gakkô de son titre original) est donc la dernière série en date du mangaka, qui a été prépublié du 10 novembre 2023 au 29 novembre 2024 sur Kurage Bunch un site appartenant aux éditions Shinchôsha. Chaque planche y fourmille de détails sans jamais perdre en lisibilité et la mise en scène est dynamique rendant chaque duel de Shifumi ou de jeu du couteau inoubliable, accrochant le lecteur incapable de détourner le regard jusqu’à la victoire finale.
Comme un goût pègre
Je dois avouer que j’ai un petit faible pour les histoires de Furyos au grand coeur qu’elles soient réalistes comme Wind Breaker ou matinées de fantastique comme Astro Royale ou encore Brave Bell. School of Villains avait donc tout pour me plaire, d’autant que je suis assez friande des intrigues mettant en scène un héros qui se dresse contre un ordre établi afin d’en gravir les échelons jusqu’au sommet. Avec la série de Hiromasa Okujima, on aurait vite risqué d’être dans le cliché si celle-ci avait été trop premier degré. Heureusement, à l’instar d’un Sakamoto Days, l’humour est bien présent pour contrebalancer le sérieux du manga. Ici, l’élément comique vient du décalage entre les épreuves adaptées de jeux d’enfants utilisés lors des duels et leur dangerosité qui prête parfois à sourire.

De même, le contraste entre Kirinji et le milieu dans lequel il gravite désormais donne lieu à certaines situations assez cocasses, sans que cela n’affadisse jamais les propos qui y sont tenus. Que ce soit dans sa façon de s’exprimer ou d’aborder la hiérarchie de l’école, on sent que le politique n’est jamais très loin. Associé à ses deux suppléants qui cachent un cœur tendre, nous obtenons un trio attachant sans jamais être ridicule, ce qui permet immédiatement de prendre fait et cause pour eux. Si l’ensemble fonctionne très bien sur le papier, le scénario me rappelle énormément celui de Wind Breaker sorti quelques années avant School of Villains.

Mais si le pitch de base n’est pas follement original, ce n’est pas ma plus grosse inquiétude à l’heure actuelle. En effet, au vu du rythme qu’Hiromasa Okujima impose dans le premier volume de School of Villains et ce alors que la série est déjà annoncée comme ne comptant que 3 tomes, me laisse craindre de revivre la même chose qu’avec Raja, dont la fin abrupte m’avait plus frustrée qu’autre chose. J’espère que ce n’est pas ce qui m’attends au bout du chemin, mais pour le vérifier il va falloir attendre la parution du troisième et ultime tome de School of Villains prévu pour une sortie en librairie le 18 mars 2026.
Avec ce premier tome de School of Villains, Hiromasa Okujima livre une entrée en matière efficace, portée par un concept accrocheur et une mise en scène nerveuse qui ne laisse que peu de temps mort. Entre stratégie politique, codes de la pègre et détournement savoureux de jeux d’enfants transformés en épreuves mortelles, la série trouve un équilibre convaincant entre tension et humour, sans jamais perdre de vue ses personnages. Si le pitch n’évite pas totalement les sentiers déjà arpentés par le genre furyo, l’énergie déployée et le charisme de Jôichirô Kirinji suffisent à maintenir l’intérêt, d’autant plus que la série annonce d’emblée sa brièveté. Reste désormais à voir si ce rythme effréné saura tenir ses promesses jusqu’au bout, ou s’il précipitera une conclusion trop abrupte. Réponse attendue au tournant avec le troisième volume, prévu pour le 18 mars 2026, qui aura la lourde tâche de transformer l’essai sans laisser un goût d’inachevé.




