
Tandis que la dernière série de Ken Wakui, Astro Royale (Negai no Astro de so titre original), achevait sa prépublication au Japon, l’éditeur Glénat annonçait en direct sur Twitch avoir décroché les droits pour la France. Déjà bien installé dans le catalogue avec son œuvre phare Tokyo Revengers, Wakui voit donc son travail débarquer pour la deuxième fois dans l’Hexagone, un événement qui suscite autant l’attente que la curiosité chez les fans de l’auteur. Le tome 1 d’Astro Royale est ainsi sorti le 22 octobre 2025 chez Glénat, accompagné de deux coffrets collector aux couleurs des héros principaux : Terasu et Hibaru. Pour notre part, c’est avec le collector dédié à Terasu que nous avons plongé dans cette saga complète en six tomes, faite de luttes de pouvoir, de fraternité adoptive… et de super-pouvoirs.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Astro Boys
Un coffret aux couleurs du héros !
Kongo Yotsurugi, chef du clan Yotsurugi, un groupe de yakuzas d’Asakusa, est décédé. Hibaru, son unique enfant biologique, se retrouve dans un conflit pour la succession du clan avec ses frères et sœurs adoptifs. C’est alors qu’à la suite d’une pluie de météorites, les gens voient s’éveiller en eux un mystérieux pouvoir appelé “astro”…
Glénat

Astro Royale prend place alors que le chef du clan Yotsurugi vient tout juste de s’éteindre, laissant son organisation de yakuzas entre les mains de son fils biologique, Hibaru Yotsurugi, épaulé par son frère adoptif Terasu Yotsurugi. Mais le jeune héritier en a décidé autrement : refusant de suivre les dernières volontés de son père, il proclame que le nouveau leader sera Terasu, et non lui. Une annonce qui soulève immédiatement un tollé au sein de l’organisation, où beaucoup imaginaient déjà Shio, l’aîné des enfants adoptés, prendre la tête du clan. C’est alors qu’une pluie d’étoiles filantes fend le ciel et croise la trajectoire de la Terre.

Sous cette voûte céleste troublée, Hibaru fait le vœu de devenir assez fort pour protéger son clan et soutenir Terasu dans ses nouvelles fonctions. Mais lorsqu’une météorite s’écrase non loin des deux garçons, réduisant la ville en ruines, le souhait du jeune homme va prendre une tournure inattendue. Pris au piège sous un bâtiment effondré après avoir protégé son frère, Terasu est en danger de mort. Pour le sauver, Hibaru fait appel, sans même comprendre comment, à un pouvoir inconnu nommé “Astro”, une énergie mystérieuse façonnée par son vœu et octroyée par les étoiles. Ayant réussi à extraire Terasu des décombres, Hibaru s’effondre et demeure inconscient pendant deux semaines.

À son réveil, tout a changé : sous la houlette de Shio, chaque membre de la fratrie s’est approprié un territoire, à l’exception de Terasu, resté fidèle à son chevet. Hibaru découvre également qu’il n’est pas le seul à avoir formulé un vœu cette nuit-là, ni à avoir obtenu un pouvoir. Commence alors pour les deux garçons une quête périlleuse : rallier leurs aînés derrière Terasu et accomplir enfin le souhait du défunt chef. Mais certains d’entre eux ne comptent pas abandonner aussi facilement leurs ambitions…
Découvrez un extrait d’Astro Royale – Tome 1 ici !
Le chef de clan
S’il y a bien un milieu que Ken Wakui connaît sur le bout des doigts, c’est celui des furyō et des yakuzas. Le mangaka en a lui-même fait partie dans ses jeunes années, y évoluant près d’une dizaine d’années avant de devenir host dans un club, puis scout (recruteur d’hôtesses) dans le quartier de Shinjuku. Une période de sa vie qu’il a directement injectée dans son premier manga, Shinjuku Swan (2005), dont le héros exerce justement ce métier. Il n’est donc guère surprenant que l’univers qui l’a vu grandir continue de nourrir son imaginaire une fois rangé et devenu auteur, la plupart de ses œuvres prenant place dans le monde agité des gangs japonais.

Bien que particulièrement prolifique (sept séries publiées depuis 2005) seule l’iconique Tokyo Revengers a, jusqu’à présent, traversé nos frontières pour rejoindre le catalogue d’un éditeur français. Publié chez Glénat depuis 2019 et conclu en juillet 2024 après 31 tomes, ce titre a largement contribué à faire connaître Wakui auprès du lectorat hexagonal. Mais l’environnement dans lequel évoluent ses personnages n’est pas le seul fil conducteur de sa bibliographie. Nombre de ses fictions reposent également sur des voyous dotés d’un code d’honneur inflexible, des principes qu’il admirait chez ses comparses de l’époque où il était furyō, et qu’il ne manque jamais de mettre à l’épreuve dans ses intrigues.

De ce point de vue, Astro Royale ne déroge pas à la règle. Hibaru, héritier d’un clan de yakuzas devenu respectable, ne suit qu’une seule doctrine : aider et protéger les plus faibles, quoi qu’il en coûte. Quant au style graphique de l’auteur, il s’est encore affiné avec cette œuvre, devenant plus anguleux, plus tranchant, offrant à Astro Royale une identité visuelle résolument shōnen, mais que l’on reconnaît bien comme la sienne cependant.

Sous le signe des Yakuzas
C’est donc avec deux éditions collectors, accompagnées d’une édition classique, qu’a débarqué en grande pompe Astro Royale tome 1, et il faut bien dire que Glénat a mis les petits plats dans les grands. Pour à peine trois euros de plus, les coffrets collectors proposent un dessin inédit de l’auteur (réalisé spécialement pour le public français), une jaquette alternative réversible, une carte holographique, ainsi qu’un pendentif Astro : un bouclier dans l’édition Terasu, une balle dans celle d’Hibaru. De quoi ravir les fans avec des goodies aussi jolis que qualitatifs.

Je dois avouer qu’après avoir beaucoup entendu parler de Tokyo Revengers sans jamais avoir trouvé l’occasion de m’y plonger, j’étais très curieuse de découvrir Astro Royale, d’autant que j’ai un faible assumé pour les intrigues qui se déroulent au sein des clans de yakuzas. Bon certes, à des intrigues réalistes comme Crying Freeman ou la saga vidéoludique Yakuza, je préfère le fantastique de Brave Bell ou de Tatari et de ce point de vue, Astro Royale avait tout pour me séduire avec l’ajout des Astros, ces capacités surhumaines qui varient en fonction des vœux formulés par leurs détenteurs. Il faut bien le reconnaître : Ken Wakui a le don de créer des personnages ultra charismatiques, capables de capter l’attention dès leur première apparition.

J’attends donc avec impatience de découvrir les différents membres de la fratrie d’Hibaru qui, de manière assez paradoxale, s’avère être le personnage le moins fascinant de ce premier tome, sans pour autant être inintéressant. Il semble plutôt pensé comme une porte d’entrée pour le lecteur, un héros volontairement plus accessible et doté d’une belle marge de progression. Avec Astro Royale, Ken Wakui revient à ce qu’il maîtrise le mieux : les liens fraternels compliqués, les conflits de territoire et les gamins paumés qui essaient tant bien que mal d’honorer un idéal qui les dépasse. Dès les premières pages, on retrouve cette ambiance de famille dysfonctionnelle à la loyauté féroce, un terrain de jeu que Wakui affectionne et qui fonctionne ici encore très bien.

Cependant, on sent très vite quelques réminiscences de Tokyo Revengers, notamment dans la construction des personnages masculins qui risque de donner un air de déjà-vu à certains lecteurs. Le premier tome brille surtout par son rythme ultra-efficace. Tout s’enchaîne rapidement (mort du patriarche, luttes de succession, pluie d’étoiles, pouvoirs cosmiques, rivalités explosives) et pourtant rien ne semble précipité. Wakui introduit son univers en quelques scènes fortes, sans jamais perdre le lecteur. Le duo Hibaru/Terasu fonctionne immédiatement : l’un intransigeant avec ses principes et l’envie de protéger les autres, le second prêt à porter un fardeau qu’il n’a jamais demandé.

Cette dynamique fraternelle, déjà bien posée dans ce premier volume, promet de belles tensions et une bonne dose d’émotion pour la suite. Visuellement, Wakui livre sans doute l’un de ses dessins les plus maîtrisés. Le trait anguleux, presque nerveux, accentue l’énergie shōnen assumée de la série. Les scènes de destruction et d’apparition de l’Astro sont particulièrement lisibles et percutantes, avec ce mélange d’élégance et de brutalité qui caractérise ses œuvres. De plus, la pluie d’étoiles et l’apparition de pouvoirs surnaturels restent encore assez mystérieuses, ce qui est normal pour un tome 1, mais laisse en suspens une grande partie des enjeux “cosmiques” annoncés et m’a d’ores et déjà donné envie de mettre la main sur le prochain tome d’Astro Royale programmé pour une sortie le 7 janvier 2026.
Ken Wakui frappe encore juste : Astro Royale n’est peut-être pas la révolution du shōnen moderne, mais il démarre sur les chapeaux de roues avec un premier volume excellent, solide, efficace et visuellement accrocheur, suffisamment pour contenter aussi bien les fans de Tokyo Revengers que les nouveaux venus. Servi par un duo principal attachant, dans un univers où chaque vœu peut se transformer en arme et où les personnages débordent déjà de charisme, le manga prouve que Wakui n’a rien perdu de son talent pour façonner des figures marquantes et des dynamiques familiales captivantes. Si l’on ajoute à tout cela un rythme bien maîtrisé et un style graphique affiné, on obtient un début de série plus que prometteur, qui donne très envie de suivre la montée en puissance des Yotsurugi et de découvrir jusqu’où les Astros mèneront leurs porteurs. À suivre lors de la parution du tome 2 d’Astro Royale, le 7 janvier 2026.




