Disponible en deux tomes, Kana édite Pour Sanpei dans son intégralité dans un seul et unique ouvrage. Fumiyo Kouno nous offre avec pour Sanpei une ode à la famille et une façon originale de faire son deuil. Édité dans la collection Kana «Made in», Pour Sanpei offre une vision de la famille assez spéciale aux lecteurs. Comment un homme bougon et aigri peut-il trouver sa place chez un fils qui ne le portait pas dans son cœur ? Disponible le 21 juin 2024 chez votre libraire préféré ou sur Amazon pour 15,50 euros.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.


L’histoire d’un grincheux en deuil
Après la mort soudaine de sa femme Otsu, Sanpei Okuda commence à vivre avec son fils et sa famille, un peu contraint.
Cependant, alors qu’il éprouve encore des difficultés à cette nouvelle vie commune, il retrouve par hasard un « registre de la famille Okuda » laissé par sa femme.En décortiquant le « Registre de la famille Okuda », qui regorge de recettes pour la vie quotidienne, Sanpei apprend à s’occuper des tâches ménagères en tant qu’homme au foyer.
À travers sa vie avec son fils unique Shiro, sa belle-fille Reika, ancienne fleuriste et sa petite-fille Nona, peu sociable et passionnée d’insectes, Sanpei se rend compte de la richesse et du caractère irremplaçable de la vie quotidienne ordinaire, qu’il avait jusqu’à présent négligée en la laissant entre les mains de sa femme.Le personnage principal Sanpei est appelé « San-san » par sa femme Otsu,
Kana
Le titre de cette œuvre « San-san-roku », signifie ainsi « Registre de San-san ».
Comme il est coutume au Japon, Sanpei part vivre avec son fils dans le foyer familial de celui-ci. Au Japon, il est tout à fait logique qu’une personne âgée vive chez ses enfants ou petits-enfants et encore plus après le décès du ou de la conjoint(e). C’est donc ce qui arrive à Sanpei qui, de base, n’a pas une relation très proche avec son fils. Si au début il a du mal à se faire à la vie de retraité, il va vite changer d’avis en tombant sur un cahier que sa défunte épouse avait rédigé lorsqu’elle était vivante. Un véritable registre de la vie au foyer.
Une retraite poétique et apaisante


La retraite est souvent synonyme d’ennui, c’est la peur de beaucoup de travailleurs et de travailleuses. S’ennuyer, ne pas trouver de quoi s’occuper. Ici, c’est un peu ce qu’il se passe. Sanpei a travaillé toute sa vie, son épouse était une femme au foyer comme beaucoup de femmes à l’époque de Sanpei. Petit à petit, on comprend qu’il n’a pas donné à sa femme l’attention qu’il aurait dû et l’absence de celle-ci l’affecte beaucoup même s’il ne le montre pas. Alors, il décide d’aider sa belle-fille et sa petite-fille. Grâce au registre de sa femme, il va devenir une vraie fée du logis.
La bible du foyer
Un livre de recettes, un registre, un carnet avec tous les secrets. Cela pourrait paraître idiot, mais Tsuruko, la femme de Sanpei, a passé sa vie de femme au foyer à rédiger ce recueil qui aurait d’ailleurs pu se vendre si elle était à notre époque et qu’elle avait décidé de le commercialiser.

Si sur le coup on rit de l’idée, au final ce recueil sauve Sanpei et lui permet de se rendre utile et de soulager sa belle-fille qui a arrêté de travailler pour s’occuper du foyer.
Le retraité refuse d’être un poids et d’être inutile, alors forcément, il lit avec attention les écrits de Tsuruko.


Finalement, on assiste à un deuil surprenant. Pas de larmes, pas de dépression. Non, juste un homme qui change, qui évolue et qui prend le rôle de sa femme auprès de sa famille. Nous assistons alors à la nouvelle vie de Sanpei. Une vie moins sombre et plus épanouie grâce à sa moitié.
Une couverture très rétro
Tout comme la vie d’Otama dont je parle sur le blog, la couverture de Pour Sanpei a un petit côté vieux livre que j’aime énormément. Pas de papier glacé comme pour beaucoup de mangas, ici on est sur un papier avec du grain. Une couverture monochrome et un dessin au crayon très léger. Nous pouvons aussi deviner la double vie de Sanpei. Solitaire et morne en dessous, rêveuse et épanouie au-dessus. Sanpei a aussi un rôle important aux côtés de sa petite fille. Il aide la nouvelle génération à trouver son chemin.
Mon avis sur Pour Sanpei
On ne juge jamais un livre à sa couverture. En 2009, je n’ai pas découvert les deux tomes de ce manga. Alors quand j’ai appris qu’une intégrale existait, j’ai sauté sur l’occasion et le moins que je puisse dire, c’est que dans un rayon de mangas je ne me serais pas arrêtée sur lui. J’aurais alors loupé une belle pépite.

Pour Sanpei est le genre d’œuvre que l’on lit quand on veut voyager. Quand on veut quelque chose de calme et de réaliste. Ici pas de monstre, pas de bataille et encore moins d’histoire de drama et d’amour. Nous assistons juste à l’après deuil d’un homme dans la vie réelle. Nous découvrons l’évolution d’un homme qui toute sa vie a été égoïste et absent, qui du coup n’est pas aimé par un fils qui pourtant l’accueille chez lui. C’est d’ailleurs là qu’on voit la différence de culture. En France par exemple, rien n’oblige dans la culture à héberger un parent et encore moins un parent qu’on n’apprécie pas. Au Japon, que tu aimes ou non tes parents, tu les héberges.
J’ai beaucoup apprécié ma lecture et voir ce Sanpei évoluer, changer et s’investir dans le foyer est à mon sens une belle déclaration à sa défunte femme. Celle-ci avait prévu l’avenir en rédigeant ce recueil pour aider son mari quand elle partirait. Une belle lecture peu importe l’âge, même si le sujet n’intéressera pas les plus jeunes.
Une histoire banale mais touchante. Pour Sanpei est une ode à la famille et un poème pour les personnes à la retraite. Comment s’occuper quand on ne travaille plus ? Comment passer le deuil de la perte de la femme de sa vie ? Et bien il suffit d’épouser une Tsuruko. Cette femme a, toute sa vie, écrit un recueil pour son foyer et quand Sanpei tombe dessus, sa deuxième vie commence.




