La vie d’Otama de Keiko Ichiguchi, sorti le 7 juin 2024 chez Kana, nous fait voyager entre le Japon et l’Italie du 19ème siècle. On y découvre Otama, une jeune fille née au Japon qui fait la rencontre de Vincenzo Ragusa, un artiste occidental. Otama est la première Japonaise à avoir posé pour un artiste occidental et Kana nous raconte son histoire. Vous pouvez la retrouver chez votre libraire préféré et sur Amazon.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.


Qui est Kiyohara Tama ?
Kiyohara Tama, aussi appelé Kiyohara Otama, est née à Shiba. Son père était le gardien d’un temple bouddhiste et elle suivait des études de peinture. C’est en 1878 qu’elle posa pour Vincenzo Ragusa et elle fut la première Japonaise à le faire. À ce moment-là, le Japon s’ouvrait doucement au monde et les Occidentaux commençaient à voyager vers l’archipel. Elle quitte ensuite son Japon natal en compagnie de Vincenzo afin de découvrir Palerme. Elle ouvrira une école d’art avec lui et en 1889 elle épousera Vincenzo et se fera appeler Eleonora Ragusa.
Vous l’aurez donc compris, Otama a donc bel et bien existé, et avec ce manga, Kana nous permet de découvrir son histoire à travers un manga historique. Voici une idée de l’art d’Otama avec La Notte dell’Ascensione qu’elle a peint.

La vie d’Otama par Kana
Inspirée de la vie de Otama Kiyohara (1861~1939), Keiko Ichiguchi nous fait découvrir une histoire qui n’est pas sans rappeler son propre parcours entre deux mondes lointains : le Japon et l’Italie.
Kana
Première femme peintre japonaise de style occidental et la première femme japonaise à avoir posé comme modèle pour un artiste occidental, Otama a vécu la « Belle Époque » à Palerme vers la fin du 19ème siècle. Puis, complètement oubliée par les Japonais pendant plus de 50 ans, Otama rentre au Japon en 1933 à l’âge de 73 ans. Son pays natal a bien changé.
Nous sommes au début février 1936, un coup d’État se prépare…

C’est donc un manga historique que nous avons entre les mains. L’histoire d’une Japonaise qui quitte son pays natal par amour pour l’art mais aussi parce qu’elle est amoureuse d’un Occidental. Ici, vous allez découvrir les souvenirs de la vieille Otama qui se lie d’amitié avec Atsushi. Ce petit bonhomme de sept ans rencontre cette vieille dame et lui aussi aime dessiner. Mais sa famille sans le sous compte sur lui pour aider, alors l’art passe au second plan, forcément.
Une question de génération
Il ne s’agit pas seulement de la vie d’Otama. Ce manga se passe sur deux timelines. Le présent avec une Otama âgée revenue avec sa nièce au Japon dans la demeure familiale et qui attend la fin de sa vie dans la solitude et la peinture. Et le passé avec la Otama de seize ans qui quitte le Japon au bras de Vincenzo un artiste Italien.

Atsushi est le centre du présent. Le petit-fils qu’elle n’a jamais eu car elle n’a pas fondé de famille et elle se plaît à lui raconter son histoire. L’art à Palerme, ses difficultés à s’intégrer en restant Japonaise et les obstacles dans sa vie amoureuse. On y découvre l’immigration et ses soucis d’intégration. Le fait que personne ne facilite les choses à Otama qui veut être une femme épanouie en Italie. Mais on y découvre aussi la vie compliquée pour les femmes à l’époque. Si beaucoup de femmes sont au foyer ou à faire les belles dans la rue avec leur tenue, Otama, elle, veut s’investir dans les projets de son mari. Mais sa condition d’immigrée et de femme en plus ne vont pas aider.
Une question d’amitié
Outre le passé d’Otama que la vieille dame nous raconte, c’est une amitié intergénérationnelle qui se crée. Atsushi et Otama se rapprochent et partagent des moments de complicité adorable. Le petit n’a plus de mère, ses frères et sœurs sont adultes et le père est malade, alors il n’a pas vraiment d’enfance. Otama, quant à elle, est seule. Sa nièce a sa vie et la vieille dame n’a plus que sa peinture dans un pays qu’elle ne reconnaît plus. Pas Italienne, mais plus Japonaise non plus, la vieille Otama reste donc seule et la venue d’Atsushi est un rayon de soleil pour elle.
Si vous connaissez l’histoire du Japon, vous savez ce qu’il se passe en février 1936. Si depuis le début du manga, Atsushi est le petit rayon de soleil, ce jour-là c’est Otama qui va le devenir lors du coup d’État des ultranationalistes.
C’est dans les vieux livres qu’on lit les plus belles histoires
Ce qui m’a touché quand j’ai eu ce livre entre les mains, c’est la sensation de grains sur la couverture. Quand on l’a entre les mains, on a l’impression de tenir un vieux livre et en le lisant on se plonge dans l’histoire du Japon.


À côté, le dessin donne l’impression d’avoir été fait avec des pastels. On y voit les Italiens plongés dans leurs routines, qui se ressemblent tous et à côté, la jolie Otama et son kimono rouge. On comprend vite qu’elle se démarque de tout le monde et c’est d’ailleurs un des obstacles dans sa vie.
Mon avis sur La vie d’Otama

Comme Atsushi, j’ai moi aussi eu ma petite mamie pour me raconter des histoires de sa vie. Depuis que je suis au collège, ma grand-mère me raconte sa vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Une partie de l’histoire que je connais bien et surtout quand cela concerne les individus. J’ai aussi eu le droit aux histoires des camps puisqu’un membre de ma famille y a séjourné. Alors, quand je vois Atsushi écouter Otama, je ne peux pas m’empêcher de devenir nostalgique. C’est sûrement ce qui donne son charme à ce manga. On ne parle pas juste de l’histoire de la jeune Otama. On découvre aussi une vieille dame fière de son parcours et mieux encore, on découvre petit à petit comment elle en est venue à revenir au Japon et seule. Où est Vincenzo ? Pourquoi n’a-t-elle pas d’enfants ? A-t-elle réussi à être connue à Palerme ? Tant de questions et des réponses que l’on va trouver au fur et à mesure du récit d’Otama.
Inspirée de la vie de Otama Kiyohara , Keiko Ichiguchi nous fait découvrir une histoire qui n’est pas sans rappeler son propre parcours entre deux mondes lointains : le Japon et l’Italie.




