Mégalo Poupos : La Quête du Gras

Quoi ? Vous ne connaissez pas Mégalo Poupos ? Cuistot émérite d’un monde loufoque et déjanté créé il y a quelques années par Roland Theimer, lui-même cuistot dans la réalité. Ce dernier avait initié la vie de Poupos (qui semble doucement devenir une série en plusieurs tomes) avec Banquets ! et revient cette année avec une légendaire et épique Quête du Gras, le tout dessiné et mis en scène par l’artiste britannique Nico Torán. Pouvant s’apprécier sans avoir lu le premier tome à l’époque, ce tout nouveau récit se tient par lui-même, et c’est de cette manière que j’ai personnellement découvert le truculent Mégalo Poupos.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

La Quête du Gras est une épopée culinaire, un roman picaresque, un voyage initiatique. C’est l’histoire de Mégalo Poupos, cuisinier errant, qui devra affronter un étrange destin…

Hachette

Le Gras, c’est Sa Vie

Mégalo Poupos termine tout doucement ses vacances sur l’île aux épices. Entre bonne bouffe, beuveries, et batifolage avec Poulpina, la femme poulpe, la vie est belle. Mais un soir d’excès de boisson, le fisc se rappelle à lui dans un cauchemar horrible dont seule l’administration a le secret ! Il est alors temps pour le cuistot de reprendre du service à Babylone, sa ville de cœur. Mais tout ne se passe pas comme prévu, car suite à plusieurs rebondissements absurdes, Mégalo Poupos se voit embarqué dans un concours gastronomique international (et multidimensionnel). Afin de mettre toutes les chances de victoire de son côté, il décide de se lancer dans la légendaire Quête du Gras, dans le but d’enfin trouver la non moins légendaire Excalibeurre, la lame parmi les lames ! Commence alors pour notre héros gastronome une toute nouvelle aventure à 1000 à l’heure…

Recette Story

Mégalo Poupos : La Quête du Gras, c’est un récit absurde et hyper rythmé qui conjugue mille inspirations, et au moins autant de concepts et jeux de mots en tout genre. Imaginez un mélange de récit initiatique à la Candide, d’épopée romanesque à la Légende du Roi Arthur, et de shonen culinaire façon Toriko ou Le Petit Chef, et vous serez encore loin du compte, mais déjà un peu plus proche de la vérité. Roland Theimer, l’esprit déviant qui a imaginé cet univers, ne s’encombre à aucun moment d’une quelconque cohérence dans le récit, ni même d’un schéma narratif classique, mais laisse plutôt libre cours à son imagination et à ses nombreuses références culturelles, qui vont de la littérature classique à la mythologie, et du nekketsu à la pensée marxiste.

C’est évidemment très brouillon, voire punk, à de nombreux moments, mais c’est assez passionné et rythmé pour parfaitement fonctionner. J’ai personnellement réellement apprécié ma lecture et je me suis amusée à chaque page, qui contiennent chacune mille références, jeux de mots et retournements de situations. Le récit se divise en deux parties, tout d’abord un voyage fantastique afin de mettre la main sur l’artefact tant convoité, puis un concours d’art culinaire à la façon d’un Dragon Ball sous amphet’. Heureusement, Mégalo Poupos : La Quête du Gras n’en oublie pas pour autant de parler de son sujet principal : la cuisine. En effet, l’auteur est avant tout un cuisinier doué et renommé qui place plusieurs de ses idées et de ses marottes dans le récit, Mégalo Poupos étant clairement son clone dessiné, que ce soit physiquement ou mentalement.

Ainsi, sera ici défendue la bonne chair à travers la cuisine méditerranéenne, à grands coups d’huile d’olive et d’ail (beaucoup d’ail !) mais aussi à travers une cuisine fusion simple et généreuse, à l’opposé des extravagances culinaires arty et pompeuses du monde gastronomique bourgeois. C’est d’ailleurs l’un des leitmotiv du livre, parfois explicite, parfois plus implicite : la lutte des classes. Sous couvert d’un récit complètement barré, Roland Theimer nous parle aussi de classes sociales et de valeurs de gauche, en tout cas d’anti-capitalisme bien affirmé. On le sait depuis pas mal d’années mais les différences de classe ne s’expriment pas que dans le porte-monnaie, mais également dans les habitudes de vie, et en particulier dans les goûts culinaires. Et l’auteur tente dans ce Mégalo Poupos : La Quête du Gras de nous exposer le mieux possible son avis sur la question et les valeurs culinaires qu’il porte personnellement.

Son avis étant qu’il faut trouver un juste milieu entre la malbouffe d’un côté (à exclure selon lui) et la gastronomie ostentatoire de l’autre (qu’il ne semble pas apprécier beaucoup plus). Et il en ressort de sa thèse qu’une fois exclu toutes les fioritures culinaires, toutes les circonvolutions gustatives, et toutes les prétentions gastronomiques, le seul et unique plat qui vaille, le fleuron de la cuisine méditerranéenne (la seule, la vraie), c’est un bon Kebab bien généreux. Et finalement, qui pourra lui donner tort ?

De batailles de cuisine en duels enflammés, protégé par des mages et des êtres surnaturels, arrivera t’il à vaincre ses redoutables ennemis et renouer avec ses origines ? Entre les Dieux et les Hommes, dans un univers brillant de mille feux, un héro des temps anciens renaît…

Hachette

Aux Petits Oignons

Afin de mettre en scène ce mille-feuille surréaliste, il fallait un artiste à la hauteur. Et je pense que l’on peut dire que nous tenons ici un dessin pour le moins atypique. Nico Torán est un jeune illustrateur dont je n’ai pas réussi à trouver beaucoup d’informations, si ce n’est celles fournies par Hachette, l’éditeur du livre. Et pour cause, je pense très honnêtement qu’il s’agit là de l’un de ses premiers travaux conséquents. Il est vrai que cela se ressent pas mal à la lecture tant le dessin, la mise en page et la couleur possèdent un aspect amateur, voire presque naïf ou issu de l’art brut.

Heureusement, il compense largement ce manque de finition par une attitude très punk et libératrice vis-à-vis du médium. Exit donc les cases bien tracées, les phylactères blancs et le principe d’art séquentiel en tant que tel, et bonjour la double-page brouillonne, survoltée et gribouillée qui nous en met plein la vue ! À cheval entre le style Fluide Glacial et l’affiche ghanéenne, Nico Torán explose de couleurs, de traits et de surcouches de brushs en tous genres. Le tout forme des planches à l’aspect très amateur, presque enfantin, mais ô combien dynamique. Et force est de constater qu’elles portent parfaitement le récit, lui-même brouillon et survolté.

Pour conclure…

Mégalo Poupos : La Quête du Gras est une œuvre atypique, brouillonne et survoltée. Atypique dans son aspect visuel, brouillonne (dans le bon sens du terme) dans son côté punk et référentiel, survoltée dans sa narration et sa mise en scène. Sous couvert de nous raconter une aventure romanesque puis un concours de cuisine, le chef cuistot Roland Theimer distille au sein de son récit son propre système de valeur, qu’il soit lié à la gastronomie, mais aussi à la politique et à la lutte des classes. C’est dynamique, c’est savoureux, c’est généreux, bref, un peu comme la cuisine qu’aime et pratique l’auteur.

Vous devriez Lire aussi
Le Garçon et le Dragon

Dans le même genre

Laisser un commentaire

En savoir plus sur GeeksByGirls

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture