Veuve, discrète, Valérie Duvant a 60 ans et elle est « invisible ». Dans une société où les gens d’un certain âge sont devenus tellement discrets que plus personne ne s’en préoccupe. À mi-chemin entre la tranche de vie d’une retraitée et le film d’action, nous découvrons le passé de Valérie mais aussi ce qu’elle mijote. Que faisait-elle au milieu de cette fusillade ? Découvrez son histoire chez Ankama à partir du 27 mars 2026.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.


Une fois au fond, on ne peut que remonter
L’invisible, c’est l’histoire d’une femme, Valerie. Nous la retrouvons au milieu d’une fusillade à Kiev et elle ne se souvient de rien. Petit à petit, sa mémoire revient et nous la suivons pour comprendre ce qu’il s’est passé. Est-ce une terroriste ? Une touriste ? Tout vous sera dévoilé. Mais avant, nous la suivons au cimetière, là où tout a commencé. Son époux est décédé. Elle était amoureuse et ne voyait pas sa vie sans lui. Une fois enfermée au cimetière, elle réussit à en sortir avec une blessure légère. Cela réveille des choses en elle…
Quand elle découvre une formation sur les réseaux sociaux, elle décide de retrouver ses amis de l’époque. Sa meilleure amie est morte depuis longtemps et les souvenirs reviennent doucement sur une jeunesse anarchiste.


Nous jonglons donc entre le passé de soldat de la rébellion Nica de Valérie et sa vie de veuve. Comme beaucoup de femmes amoureuses, Valerie a mis de côté ses ambitions et ses rêves pour suivre Luc, son époux, et vivre une vie de femme mariée et de maman.
Une vie de bohème pour Valérie
Valerie a vécu sa vie de jeune adulte à Managua. Artiste bohème, elle vit dans une cabane avec des amis. Ils sont photographes, peintres et j’en passe. Mais aussi des combattants de la rébellion. Leur but ? Nuir au gouvernement dictatorial. Valerie et Gina sont presque comme des sœurs. Mais quand Luc débarque, une faille se crée. Lorsque Valérie fait son choix, elle est loin de s’imaginer que des années après elle va apprendre la mort de son amie à une période qui lui colle des remords.

Dès que l’on part dans le passé de Valérie, c’est presque une bouffée d’air frais malgré le sujet compliqué de la guerre. On sent bien que Valérie est heureuse à cette époque. Durant l’histoire, à aucun moment on ne ressent cela en voyant notre jeune retraitée seule. Ses enfants vivent leur vie et si l’un s’occupe d’elle, l’autre est policier, et on sent que ça le gonfle de gérer sa mère. Une chose que l’on retrouve souvent quand un parent est dans le besoin.
La vengeance est un plat qui se mange froid
Valerie Duvant n’a clairement plus rien à perdre. Quand elle apprend la mort de Gina qui date d’il y a très longtemps, elle veut la vérité. A-t-elle souffert ? A-t-elle été torturée ? Elle veut retrouver le tueur ou la balance. Pour cela, elle va devoir revoir de vieilles connaissances. Et quand elle a enfin le nom de la personne, elle va tout mettre en œuvre pour trouver cette personne et lui faire avouer. Un moyen pour elle de se soigner des remords ?

C’est à partir de là que nous découvrons une nouvelle Valerie. Adieu cette petite mamie triste et déprimée. Elle revit et elle redevient la guérilleros de l’époque. C’est un énorme contraste et c’est comme ça que Ruben Del Rincon arrive à nous faire tourner les pages. On veut savoir ! Va-t-elle réussir ? Qui est le tueur ou la balance ? Et pourquoi était-elle dans cette fusillade ?
Un graphisme artistique
Je lis très peu de bandes dessinées de ce genre. Ma culture de BD se limite à une époque où je piquais dans la collection des Astérix, Lucky Luke et Joe Bar Time de mon père. Alors quand j’ai découvert le graphisme de L’invisible, j’ai été un peu surprise. Les dessins sont originaux et j’ai aimé le fait que les corps de Valérie et Gina ne soient pas sexualisés. Elles ont tendance à se déshabiller sans pudeur et à aucun moment on accentue sur leurs seins ou leurs formes. On sent bien que ce n’est pas le sujet, et ça, j’adore ! On voit aussi à travers les dessins l’évolution de Valerie… Petite, courbée pendant sa dépression. Elle se redresse et avance fièrement quand elle se lance en quête du tueur.
Mon avis sur L’Invisible
Une agréable surprise. Le côté énigme me tentait en voyant ce livre chez Ankama. Mais j’étais loin de m’imaginer que j’allais littéralement craquer pour cette femme. Valerie Duvant est le symbole de la femme par excellence. Ces femmes qui ont fait beaucoup de choses dans leur vie mais qui une fois mariées aspirent à se reposer et à avoir une nouvelle vie. Valérie a fait le choix de raccrocher, et même si cela a nui à ses relations, elle a eu la vie qu’elle voulait. Maintenant qu’elle est seule, elle se bat pour redevenir forte.

Beaucoup de femmes mais aussi d’hommes perdent leurs partenaires de vie. La dépression s’installe et il faut du temps pour taper du pied et remonter à la surface. C’est ce que nous montre L’Invisible. Ce moment où nous ne sommes plus personne. Ceux qui nous regardaient ne sont plus là et la société ne s’occupe pas de nous. C’est ce que ressent Valerie. Cette solitude et, par chance,quelques proches vont lui tendre la main. J’ai aimé découvrir la fin avec un autre regard. Sur la première page, je trouve une mamie au milieu d’une fusillade. À la fin, je comprends qui elle est et pourquoi elle était là.
Une histoire pleine de mystère mais aussi de souvenirs. On y découvre une femme tellement invisible que personne n’ose imaginer sa présence dans une fusillade dans un autre pays que celui où elle réside. Que faisait-elle là-bas ? C’est ce que vous allez découvrir dans cette bande dessinée.




