Liberté

Deuxième production des Polonais du studio Superstatic, Liberté est un mélange de rogue lite et de deck building, mâtiné de hack’n’slash, qui prend place durant la Révolution Française. Vous êtes nuls en Histoire ? Pas de problèmes puisque les événements décrits dans le titre n’ont pas grand-chose à voir avec ceux que l’on a appris sur les bancs de l’école. Annoncé par les développeurs comme contenant des éléments de body horror et de cosmic horror à la Cronenberg, Garland ou encore Lovecraft, Liberté était, dans les faits, singulièrement intrigant. Disponible sur Steam depuis le 23 mai 2023, le jeu vous proposera d’incarner René et votre mission, si vous l’acceptez, sera de trouver la personne qui sera digne de porter la couronne et donc la culotte, dans un royaume de France ou les sans-culottes sont légion. Mission impossible ? C’est ce que nous vous laissons la liberté de découvrir.

Ce test a été réalisé sur une version PC.

Liberté, liberté chérie !

Au début de Liberté, vous vous réveillez sans aucun souvenir, quand une voix vous appelle et vous supplie de lui venir en aide. Désireux d’en apprendre plus sur votre réveil sur les froids pavés de Paris, vous décidez de répondre à cette demande. Quelques minutes de recherche plus tard, vous vous apercevez que la voix vient d’un corps féminin géant, à moitié détruit, qui vous explique que votre nom est René et qu’elle a besoin de vous pour rétablir l’équilibre, cela commençant par emmener son cœur en lieu sûr. Sur le chemin vous croisez le chemin de Maximilien Robespierre (que vous aidez à sortir de sous une baignoire) qui vous narre comment un monstre géant a interrompu le couronnement du Prince Philippe Auguste et saccagé la ville, ce dont les rebelles ont profité pour passer à l’attaque.

Le corps de "Dame Bliss" en mauvais état

Pris entre deux feux, vous suivez Max et Ana, la cheffe de la rébellion, pour vous réfugier dans un théâtre dont le sous-sol est une planque idéale pour Lady Bliss, dont vous transportez le cœur avec tant d’application. De là elle vous demande d’être son émissaire pour tisser des pactes avec les quatre factions en présence : La couronne, la tribu (des hérétiques adeptes du vaudou haïtien), la congrégation (branche de chasseurs de démons de l’Église) et les rebelles, afin de déterminer qui serait le plus apte à régner sur la France et à rétablir son équilibre perdu. Ce n’est qu’après votre première mort que la vérité éclatera, vous êtes une marionnette, issue de la démoniaque Lady Bliss, capable de prendre forme humaine pour mener à bien les desseins de votre énigmatique maîtresse. Mais quel est son véritable but ? il vous faudra mourir de nombreuses fois avant de pouvoir le découvrir. 

Dame Bliis demande à "René" votre avatar de servir d'intermédiaire
Le carnage de la géante dans "Liberté"
Le couronnement du "Prince Philippe Auguste" a été interrompu par l'attaque

Ana et le roi

Quel choix ferez vous ? "Les rebelles ou la couronne" ?
Quel choix ferez vous ? "La tribu ou l'Église" ?

C’est donc avec ce pitch assez biscornu que René se retrouve lâché dans un Paris dévasté, avec pour mission d’aider l’une ou l’autre des factions suivant vos envies. Il faut le reconnaître, le jeu dispose d’assez beaux artworks et le doublage est convaincant. La musique, avec son côté rock, jure un peu avec l’ambiance, mais les morceaux sont entraînants et habillent bien les combats. Niveau technique, c’est un peu plus compliqué, les divers bugs émaillant le titre sont au mieux gênants au pire bloquant, et même si l’on sent que le studio n’a pas eu de gros moyens, au sortir d’un an d’early access c’est dommageable, surtout que l’on meurt parfois à cause d’eux, ce qui devient vite frustrant.

Les bugs nuisent parfois à la lisibilité dans "Liberté"

Comme nous l’avons vu quatre clans s’affrontent dans Liberté avec d’un côté la congrégation et la couronne et de l’autre la tribu et les rebelles. Avant chaque niveau, vous devrez donc choisir la faction que vous voulez soutenir, en affrontant des ennemis venus des opposants. Mais, là encore, les choix moraux qui s’imposent à vous sont assez simplistes et manquent de profondeur pour vous faire hésiter longtemps. Une fois ce choix réalisé vous voilà parti pour un long tunnel de niveaux générés procéduralement et peuplés d’adversaires à vaincre. Rogue lite oblige, à chacune de vos morts vous recommencez de zéro et perdez toutes vos améliorations.

A chaque "renaissance" vous repartirez de zéro, rogue-lite oblige.
La vrai forme de rené dans "Liberté"

Malheureusement, l’envie de refaire encore et encore les niveaux s’essouffle vite, ceux-ci manquant de diversité tant au niveau des décors que des types d’ennemis. Cependant, en avançant un peu plus loin dans l’intrigue vous débloquerez la possibilité pour votre avatar de se glisser dans la peau d’Ana, de Victor, un chasseur de la congrégation, ou de Flea une guerrière de la tribu, chacun de ses personnages se maniant différemment, Ana misant sur l’attaque à distance grâce à ses pistolets ou Victor sur la puissance de ses coups avec sa hache.

Les boss sont compliqués à gérer dans "Liberté"

Un Gameplay qui a perdu la tête

Comme nous l’avons vu, nous sommes ici en présence d’un rogue lite assez classique, si ce n’est qu’il inclut des éléments de deck building. Au début de chaque stage, vous devrez d’ailleurs choisir un deck de base, chacun ayant une caractéristique spécifique, comme le deck pistolero centré sur les attaques au pistolet ou le deck assassin plus centré sur l’infiltration, les pièges et les attaques à distance. Il vous sera possible de créer vous-même votre jeu, en y implémentant des cartes que vous aurez ramassées dans les niveaux ou en en fabriquant avec les ressources également glanées de-ci de-là. Mais attention, pour pouvoir vous servir de vos cartes, il faudra d’abord en brûler un certain nombre pour récupérer les points de mana nécessaire à l’activation des autres cartes aux capacités passives ou actives.

Il est possible de créer soi-même son deck de cartes dans "Liberté"
Les "cartes" sont utilisables en cours de combats
Il est également possible de créer des cartes avec les matériaux ramassés dans les niveaux dans "Liberté"

Le choix des cartes que vous souhaitez garder en main est donc primordial, d’autant qu’à chaque montée de niveau vous pourrez piocher une carte supplémentaire. En ce qui concerne l’action pure, vous devrez jongler entre attaque et esquive, les combats demandant de la précision et de la réactivité, une esquive ratée ne pardonnant généralement pas. À ce titre Liberté se montre très punitif, notamment devant les boss de fin de niveau, ce qui peut engendrer une certaine frustration à la longue, surtout qu’il est question de refaire les mêmes missions en boucle, avec les différents clans en présence, pour espérer dénouer tous les fils de l’intrigue.

Je me suis trompée, ce n'est pas la "Révolution Française", c'est Pirates des caraïbes

Il est à noter que le titre de Superstatic possède un mode histoire, supprimant les éléments de progression, ce qui est censé rendre le jeu plus facile. Je dis bien censé, car ayant essayé les deux modes, je ne vois pas une grande différence entre les deux. Enfin, si vous voulez vivre votre révolution entre amis, sachez qu’un mode coopération est disponible en local et avec écran partagé. Toutefois, pour en profiter pleinement il vous faudra jouer sur un grand écran sans quoi la lisibilité de l’action en prendra un sacré coup.

Ah ça ira, ça ira, ça ira… Ou pas !

L'esquive est un élément primordial des combats de "Liberté"
Les environnements sont assez peu variés dans "Liberté"

Quand on m’a proposé de faire un test d’un jeu nommé Liberté, en me faisant miroiter un rogue lite durant la révolution française, je me suis dit pourquoi pas ? Moi qui adore l’Histoire c’était un moyen de voir une revisitation fantastique et horrifique d’une période que j’aime beaucoup. Je me suis donc lancée pleine de courage et d’envie dans Liberté, mais dès le début de l’intrigue, j’ai senti que nous n’allions pas nous comprendre. Je passerai sur le fait que la “Révolution” contée ici présente le combat du prince Philippe Auguste (sûrement inspiré de Philippe II Auguste qui était, rappelons-le quand même, un roi capétien décédé quelque 570 ans avant la Révolution) contre Ana, leader des révoltés, et de l’Église en lutte contre des païens ayant tout de… Sorciers vaudous tout droit sortis du bayou.

Oh le "Baron Samedi" est en France...

Une sacrée liberté historique donc qui m’a beaucoup gênée. Je ne suis absolument pas une intégriste de la réalité historique à tout prix, mais je trouve souvent plus intéressant de se baser sur des éléments réels pour les détourner plutôt que de reprendre quelques noms et un lieu jeté pêle-mêle sans aucune cohérence. Pour le coup, j’aurais préféré un environnement totalement original. Comble de l’ironie, le jeu n’est absolument pas disponible dans une autre langue que l’anglais et le Gameplay étant un peu complexe, il est primordial que vous ayez un niveau correct dans la langue de Shakespeare avant de vous aventurer sur les barricades.

"Ana" une représentation de Marianne ?
La vérité éclate, vous êtes une création de Lady Bliss dans "Liberté"
Chaque type de Deck favorisera un type d'attaque dans "Liberté"

Faisant abstraction, je continuais mon exploration du Paris dévasté par Dame Bliss et par les actions militaires des différents groupes armés. Un choix nous est donné de pouvoir soutenir l’une ou l’autre au début d’un niveau, et il faut le dire certains choix facilitent grandement notre avancée. J’ai ainsi été surprise de constater à quel point soutenir la congrégation ou le prince héritier (en nous adjoignant des hommes qui combattent à nos côtés par exemple), fait baisser la difficulté, alors que le mode histoire lui ne m’a pas vraiment aidé par rapport au mode normal. Un manque d’équilibre dans la difficulté, d’autant que je vous avoue n’avoir toujours pas compris toutes les subtilités de l’utilisation des cartes, que j’ai alors reléguée aux oubliettes, n’utilisant que les cartes passives et ne comptant que sur mes armes de poing pour avancer.

Ça a du bon de combattre avec la couronne, on vous donne même des soldats pour vous aider dans "Liberté"
Les ennemis de "la tribu" peuvent utiliser la magie noire contre vous

Souhaitant tout de même en savoir plus sur le scénario, j’ai péniblement avancé jusqu’à comprendre qu’il me faudrait refaire les mêmes missions plusieurs fois avant de pouvoir en apprendre plus sur les motivations de l’abomination qui me sert de commanditaire. Ce fut le coup de baïonnette de trop pour ma patience, déjà mise à rude épreuve à cause des bugs (vous faisant traverser les décors pour tomber dans le vide ou vous coinçant totalement en plein combat), et je décidais de déserter. C’est vraiment dommage, car Superstatic avait de bonnes idées, mais sa technique approximative et son Gameplay disparate font de Liberté un fourre tout inabouti qui, personnellement, ne m’a pas convaincu.

"Dame Bliss" semble n'en avoir pas finit avec vous
Pour conclure…

Bien qu’ayant un pitch et un concept intrigant, Liberté loupe le coche et se prend les pieds dans le tapis des bonnes idées, mal mises à exécution. Pourtant, la direction artistique ne manque pas de charme et le fait de pouvoir utiliser des cartes en combat leur donne un côté stratégique indéniable. Malheureusement, un manque d’équilibre dans la difficulté du jeu, de variété dans les environnements et le nombre de bugs bloquants ou rendant la maniabilité du personnage hasardeuse font qu’il est très difficile d’avancer dans l’histoire, et surtout de trouver la motivation pour le faire. Cela étant dit, si vous n’êtes pas très regardant quant aux défauts suscités, et que vous parlez anglais, rien ne vous empêche de vous lancer dans la révolte. Nous, en tout cas, on a déposé les armes.

La  note  de la  rédaction

2/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Le système de deck building qui change dans un rogue lite

Une direction artistique assez jolie dans l’ensemble

Un mode coop’ assez sympa si vous en avez assez de galérer tout seul

Les points négatifs

Un gros manque d’équilibrage au niveau de la difficulté

Des environnements peu variés

Pas de traduction française

Un manque flagrant d’information en ce qui concerne l’utilisation des cartes

Un nombre de bugs plus que conséquent rendant encore plus difficile l’avancée dans les niveaux

Avancer dans l’histoire est une tannée, car on est obligé de refaire les missions encore et encore ad nauseam

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