Le Merveilleux Restaurant des Souvenirs

Le Merveilleux Restaurant des Souvenirs fait partie de la Healing Littérature, ce nouveau mouvement né en Corée que l’on voit de plus en plus régulièrement sur les étals de nos libraires. Il s’agit de littérature qui “soigne l’esprit”. Une analogie pourrait être faite avec les Cosy games. Ce style feelgood puise son inspiration dans la culture du développement personnel. Et même s’il est vrai qu’en lisant des romans de ce genre, qui ne se veulent ni moralisateurs ni donneurs de leçon (mais un peu quand même), il n’y a qu’un pas pour risquer de tomber dans la mièvrerie et le déjà-vu. Le Merveilleux Restaurant des Souvenirs parvient-il à sortir son épingle du jeu ?

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Un Mot sur l’Auteur

Yuta Takahashi est né en 1972 dans la préfecture de Chiba, au Japon, où se déroulent les intrigues du livre Le Merveilleux Restaurant des Souvenirs. Il est également l’auteur de plusieurs séries de romans historiques et contemporains. Il vit actuellement à Tokyo. Depuis quelques livres, l’écrivain propose des romans issus du style de la healing littérature, la littérature « qui soigne ». Ce genre, apparu en Corée devient très populaire chez nous également et se caractérise, entre autres, par un rythme plus lent, proche de la tranche de vie et du développement personnel. Les sujets sont variés et invitent généralement à une réflexion personnelle sur notre propre existence. L’éditeur a d’ores et déjà annoncé sur son site la publication en français de la suite de ce roman, qui s’appelle Le Chat du Restaurant des Souvenirs.

Au Menu du jour : vos souvenirs les plus émouvants…

Dans la baie de Tokyo, au bout d’un chemin de coquillages, se dresse le retaurant Chibineko. On dit qu’ici, les plats sont des passerelles vers les âmes disparues. Guidée par la promesse d’un dernier instant avec son frère décédé, Kotoko pousse la porte de ce mystérieux restaurant.

Kibun

Un Livre Très Soigné…

Une chose est sûre, la couverture de Le Merveilleux Restaurant des Souvenirs attire le regard tant elle est soignée et colorée. Elle pourrait s’apparenter à une estampe des temps modernes. Avec un cadre si idyllique, nous avons nous-même envie de nous rendre dans ce restaurant où des miracles se produisent, de goûter aux plats (qui semblent succulents), et de croiser sa mascotte féline. Les couleurs invitent au calme et à la sérénité, avec cette prédominance de bleu et ce ciel qu’aucun nuage noir ne vient troubler. Toute une imagerie invitant au calme et au bien-être est représentée, par exemple le Mont Fuji en arrière-plan, le chat, les fleurs, la plage et ses coquillages, le vent qui souffle dans les rideaux aux fenêtres, tout semble si paisible.

Couplé à cela, le titre du livre, dont la police d’écriture est joliment rehaussée d’une petite tête de chat, finit de nous convaincre que nous allons bel et bien passer un bon moment en parcourant cet ouvrage. Pour preuve, les recettes de chaque histoire seront consignées à chaque fin de chapitre, de quoi rendre tangible chaque vécu. Mais ce bel ouvrage, que renferme-t-il à l’intérieur ?

…Qui Soigne à Son Tour

Le Merveilleux Restaurant des Souvenirs est un recueil de quatre histoires qui auront pour point commun une visite dans le restaurant Chibineko, dont le cuistot, Kai, cuisine des repas du souvenir, accompagné par la mascotte du lieu, un charmant chat du nom de Chibi, qui prête également son nom au lieu. Ce restaurant a la réputation de faire des miracles et de faire apparaître, le temps d’un repas, un être cher décédé, et ainsi de pouvoir communiquer avec cette personne une dernière fois. Le repas sera choisi en fonction d’un événement important, évoqué et décrit  lors de la mise en situation qui précède le décès.

Je pense que vous l’aurez compris, le thème de ce roman est, sans équivoque, la mort. Et plus particulièrement les regrets que l’on peut éprouver, ou encore le manque de temps que l’on a eu pour s’exprimer face à cette personne. Les personnes en quête d’un dernier contact avec l’être aimé auront tous quelque chose à partager avec celui-ci, une chose qu’ils voulaient absolument communiquer et qui les rongeait depuis la disparition de cette personne. C’est donc à travers chaque histoire que l’on va découvrir ce qui va les amener dans ce restaurant. Les histoires concernent des personnes de tout âge, de tout horizon, pour bien signifier que la mort nous rend tous égaux. Et, bien que le sujet puisse sembler lourd ou glauque (on parle quand même de mort, parfois soudaine, d’acceptation, de regrets, de deuil) ,l’auteur arrive à donner une légèreté, et à soulager la conscience de chacun, et à défaut de rendre le deuil agréable, il le rend plus supportable.

Comme chaque deuil est différent, chaque histoire le sera tout autant, et chaque vécu également. Le roman est ponctué de moments surnaturels, souvent poignants, puisqu’ils sont le moment charnière du deuil où l’acceptation arrive, le moment où l’on se demande ce que l’on veut retenir de la personne et de la relation que l’on nouait avec elle de son vivant. En plus de cela, une emphase est mise sur les différents plats consommés par les protagonistes, comme la littérature japonaise sait si bien le faire. Une belle façon de montrer que les sentiments, les émotions et les souvenirs passent aussi par la cuisine. L’auteur construit au fil de son recueil un véritable petit microcosme où le restaurant sert de principal fil conducteur, et les différentes histoires vont également s’entrecroiser, s’entremêler, afin de donner une réelle consistance à cet univers si particulier. 

A l’intérieur, elle est accueillie par Chibi, l’adorable chaton tacheté qui veille sur les lieux. Sans même attendre sa commande, Kai, le jeune chef, lui sert un repas qui évoque son enfance – poisson mijoté, riz, soupe miso. Dès la première bouchée, la magie opère, transportant Kotoko vers un passé qu’elle croyait perdu à jamais.

Kibun

Cousu de Fil Blanc, Mais Réconfortant

Malgré une poésie certaine, je ne vais pas vous mentir, j’ai trouvé que certaines histoires du Merveilleux Restaurant des Souvenirs étaient prévisibles et cousues de fil blanc. On devine le tournant que ces dernières vont prendre trop rapidement. Cependant, ce qui est intéressant avec ce genre de littérature, c’est que certaines histoires vont parler à certains et non à d’autres, et vice versa. On peut prendre ce qui nous intéresse et laisser le reste si on n’y trouve nul réconfort. En cela, je retrouve l’esprit du développement personnel et le côté “soignant” de ce genre littéraire. On ne se prend pas la tête, on a juste à ressentir selon nos aspirations intérieures et personnelles. En dehors de cette appréciation générale, j’ai trouvé intéressant que certains termes plus techniques propres à la culture japonaise soient expliqués au début de chaque chapitre, cela complète agréablement l’expérience de lecture. 

Pour conclure…

Sans révolutionner la littérature, ce roman est une jolie découverte. Réconfortant comme un baume que l’on appliquerait sur l’âme, il correspond tout à fait à l’appellation de Healing Littérature. Les différentes histoires sont poignantes et variées (bien que malheureusement un peu prévisibles) et le travail éditorial assez poussé est une vraie plus-value pour l’expérience de lecture.

Vous devriez Lire aussi
Far Cry Absolution - Le Roman

Dans le même genre

Laisser un commentaire

En savoir plus sur GeeksByGirls

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture