Le Déserteur est un recueil de courtes histoires, écrites et illustrées par Junji Ito. Parue sous la collection de Junji Ito chez Mangetsu, le 26 juin 2024, l’œuvre nous présente diverses histoires horrifiques, pour un total de 400 pages.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Résumé de Le Déserteur

Un déserteur se terre dans le grenier d’une famille qui lui cache une terrible vérité, une jeune secrétaire se rend dans la villa de son patron pour prendre part à un horrible festin, un écrivain débutant craint de se faire remplacer par le double maléfique qui peuple ses cauchemars, des centaines de nourrissons à travers tout le pays sont mystérieusement enlevés toutes les nuits…
Laissez-vous envoûter par le chant de la mort et du sang en découvrant douze des toutes premières nouvelles de Junji Ito, qui posent ses premiers jalons de maître sur la scène de l’horreur.
Les premiers pas de Junji Ito
Avant de devenir le grand maître de l’horreur que nous connaissons, Junji Ito était dentiste. Un milieu qui peut, lui aussi, engendrer de bonnes doses de cauchemars… Mais ce qui passionnait Junji Ito, c’était avant tout créer des histoires d’horreur. Il s’est lancé en 1987 avec Tomie, grande figure emblématique du mangaka, mais aussi des femmes illustrées dans le genre de l’horreur.
À l’époque, Tomie lui vaut un prix, qui sera finalement le tremplin dont Junji Ito avait besoin pour se lancer pleinement dans sa carrière actuelle. Avant de se concentrer sur des travaux d’envergure et orientés vers des personnages particuliers (Tomie, Soichi, Mimi…), ce sont les histoires courtes qui bercent le quotidien du mangaka. Et qui lui permettent, également, de se faire une place confirmée dans le milieu de l’horreur, en enchaînant les publications dans les magazines shōjos.
Dans Le Déserteur, nous découvrons ainsi les douze premières histoires courtes après Tomie. Les premiers pas de Junji Ito, avant qu’il ne devienne l’incontestable maître de l’horreur des temps modernes.


De l’horreur digne de l’époque
Au nombre de douze, ces histoires courtes sont initialement publiées entre 1987 et 1990. Une époque où le genre de l’horreur est déjà bien présent, que ce soit au Japon ou à l’international. H.P. Lovecraft, Kazuo Umezu, ou bien encore Shigeru Mizuki… Des auteurs qui ont grandement influencé Junji Ito, et dont nous retrouvons quelques clins d’œil dans les histoires présentes dans Le Déserteur.
Nous découvrons ici l’histoire d’une entité démoniaque semant la zizanie dans un petit village, en manipulant les villageois par le biais des hurlements d’une sirène. Mais aussi l’histoire d’un homme élevant et mangeant des insectes, et transformant les femmes en créatures buveuses de sang… Des histoires comme celles-ci, qui se veulent plus tournées vers la fantaisie, mais qui terrorisaient déjà les lecteurs ou les spectateurs dans les années 1990.
Cependant, Junji Ito n’en reste pas là. Car la fantaisie est entremêlée avec des histoires plus réalistes, qui sauront aussi vous surprendre. Les expressions faciales d’une femme sadique ou de moines en plein rituel sont tout autant angoissantes qu’une histoire centrée sur un père qui prend possession du corps de ses enfants. Et c’est cette versatilité dont fait preuve Junji Ito qui est intéressante à lire et à regarder. D’autant plus que ses traits ne sont pas ceux d’aujourd’hui, ils représentent un peu plus le style horrifique de l’époque. Cela nous donne l’impression de lire de vieux mangas, en gardant cependant ce côté loufoque et dérangeant de Junji Ito…


Mon avis sur Le Déserteur
Le Déserteur est la dernière histoire courte de ce recueil, et repose sur un homme ayant déserté la guerre, qui se cache depuis plusieurs années dans une pièce du grenier de son ami d’enfance. Ici, il est question d’horreur à travers les souffrances de la guerre, qu’elles soient physiques ou mentales… Une thématique déjà connue, notamment avec La Chenille de Edogawa Ranpo, qui a ensuite été illustré par Suehiro Maruo, lui aussi une figure de l’horreur des temps modernes.
La guerre a toujours été source de traumatismes, et bien que Le Déserteur ne se concentre pas spécifiquement sur la guerre, l’histoire s’oriente avant tout vers les conséquences qu’elle a apportées. Vers les différentes pressions qu’ont pu subir les déserteurs, ou les personnes n’ayant pas pu se battre pour leur pays. Cette histoire oppose les deux, le déserteur, et l’ami d’enfance, qui s’est malencontreusement blessé et n’a pas pu combattre. Entre réflexions, culpabilité et vengeance, l’horreur du récit se trouve dans l’âme des hommes, meurtris de près ou de loin par la guerre. Ce qui va plus ou moins les ronger, jusqu’à, peut-être, l’inévitable.
Cette histoire n’était pas aussi marquante que les autres, mais elle boucle parfaitement le recueil. Une petite touche de “réalisme” (cela n’en est jamais vraiment) fait toujours plaisir, et nous donne l’envie d’en découvrir toujours plus. Visiblement, Junji Ito a toujours eu la capacité de faire frémir et d’attiser la curiosité de ses lecteurs, dès ses premières œuvres.
Dans Le Déserteur, il n’est pas question de personnages emblématiques, d’histoires qui se suivent… Mais plus d’un regroupement d’histoires propres à chacune, avec toutefois une chose qui les rassemble : l’influence de l’horreur des années 1990. Avec des traits plus vieux et brusques, Junji Ito nous peint des expressions qui nous font froid dans le dos… Que ce soit par le biais d’histoires courtes, fantaisistes, ou d’autres, un peu plus réalistes.




