La Roche

C’est avec ce premier roman que l’on découvre Martin Lichtenberg, né à Paris en 1996, et cinéaste de formation. Ce roman dystopique d’anticipation nous emmène dans un monde sombre et triste, qu’une poignée de personnes va vouloir changer.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

La Roche. Tous rêvent de fuir cette île sinistre et isolée, où la ressource en eau est rare et les gens abrutis par le labeur. Divisés en castes, les habitants rêvent de faire partie des élus qui prendront le train pour la Capitale, pardis d’où personne ne revient.

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L’Adieu aux Arts

Sur cette île dystopique, isolée de tout, et déprimante qu’est La Roche, tous les habitants n’ont qu’un lieu à la bouche : La Capitale. Véritable fantasme où tout un chacun rêve de se rendre pour y couler des jours meilleurs. Seulement voilà, aller à La Capitale, ça se mérite. Il faut travailler dur, très dur, pour espérer faire partie des quelques personnes sélectionnées pour y aller. La Capitale devient le rêve de chacun, le but ultime à atteindre, où tout semble possible. Quoi de plus normal lorsque le travail, aussi rude soit-il, est leur seule préoccupation, où toutes les ressources naturelles sont sous scellé, et où toute forme créative a été bannie de l’île. En plus, personne ne revient jamais de La Capitale, n’est-ce pas la preuve ultime que c’est le paradis ?

Cependant, il existe dans ce monde un groupe de personnes qui n’ont pas oublié ce qu’était la liberté, ou ce qu’était la musique, art parmi tant d’autres qui ont été bannis de La Roche. Et c’est ensemble que, petit à petit, ils vont se rassembler, s’organiser et se révolter. Nous allons suivre une galerie de personnages intéressants, chacun à leur manière. Dael, par exemple, artisan et papa de la petite Loo. La Fouisseuse, qui accumule les objets rouillés pour combler un mal qui la ronge depuis trop longtemps. Et enfin Sol, le pianiste révolté.

Mais certains ont décidé d’entrer en résistance, à leur manière. L’artisan Dael, qui illumine le gris de la ville avec des guirlandes pour faire briller les yeux de sa fille, Loo. La fouisseuse, qui accumule dans son sous-marin rouillé tous les objets possibles pour tenter de combler le vide de son coeur. Et Sol, qui a décidé de combattre la dictature par la plus belle et la plus indolore des armes : la musique.

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Pop-aganda

Avec sa couverture aux allures de propagande, La Roche est tout à fait le genre qui m’attire. Du type de graphismes à la palette de couleurs vintage, tout me plaît. Et si la couverture sonne comme une affiche de propagande, ce n’est pas pour rien : pour rappel, nous sommes dans un monde dystopique où l’art va nourrir le besoin de révolte de certains. Très cohérent donc.

Piano Tempo

La Roche est un livre dense, qui nous propose un monde dystopique avec son propre microcosme, il contient donc beaucoup de notions de lore, et en même temps pas tellement. Je m’explique. L’auteur a voulu développer un vocabulaire qui lui est propre, un peu à l’instar d’un Orwell et sa novlangue par exemple, ou encore (et là la référence est assez explicite) un Alain Damasio avec sa Horde ou ses Furtifs.

Ainsi, le nombre de termes pour désigner une catégorie de personnes (on nous parle de Rocailleux et de Rocheux), ou encore simplement nommer des choses plus abstraites (on se rend dans les Sous-fonds par exemple) est très présent, sauf que c’est posé au détour d’une phrase sans mise en forme afin que l’on comprenne un tant soit peu l’univers. J’ai trouvé que cela manquait soit d’un codex (à la façon d’un Terry Pratchett dans son Disque-monde par exemple) que j’aurais pu consulter quand j’en ressentais le besoin, ou encore de simples notes en bas de page. Au début du livre, nous avons bien une carte de La Roche comme explication de l’univers, alors pourquoi ne pas y avoir ajouté un codex ? Cela aurait tout à fait sa place dans ce genre d’ouvrage et ne l’aurait en aucun cas dénaturé.

Surtout que, de par le style littéraire et la construction du récit, on sait que l’auteur n’a pas pour but de construire un roman cryptique où les subtilités de l’univers nous sont distillées petit à petit. Ici, Martin Lichtenberg utilise une prose très simple, parfois même familière, et cela n’engage donc pas le lecteur à se préparer à se retrouver face à une œuvre exigeante. Ici, nous sommes plutôt sur des rails avec un récit relativement simple et linéaire. Il aurait été alors intéressant de jouer la carte du protagoniste naïf, comme cela se fait souvent (peut-être un peu trop) dans les récits destinés à la jeunesse (Harry Potter qui découvre le monde et le jargon des sorciers en même temps que le lecteur par exemple).

Lorsque leurs chemins se croiseront leur vie pourrait bien basculer définitivement…

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Ici, l’auteur met en place ce genre de rapport au monde avec la petite Loo, très jeune personnage et donc assez connaisseuse de certaines choses. Mais paradoxalement, ce que Loo ne connaît pas, c’est le passé, donc notre monde actuel à nous, lecteurs. Et donc elle sait ce qu’est un rocailleux, un rocheux et les sous-fonds, mais elle ne sait pas ce qu’est la musique par exemple. C’est d’ailleurs assez drôle de se dire que l’on est ainsi un petit peu en phase avec ses méconnaissances, simplement pas sur les mêmes sujets. Toujours dans les accointances de Martin Lichtenberg avec Alain Damasio, l’auteur fait ici le choix de caractériser la façon de parler de certains de ses personnages afin de les différencier, y compris dans les dialogues. Mais, bizarrement, pas tous.

Par exemple, Sol, le pianiste, parle avec beaucoup d’argot afin de le rendre davantage en marge de la société. Pourtant, Loo, du haut de ses huit ans, parle comme n’importe quel autre personnage. Petit bémol de mon côté, l’écrivain adopte parfois ce langage familier dans les parties narratives et transforme alors son texte en une sorte de prose qui s’éloigne d’un style littéraire classique, mais sans réellement imposer un style intéressant pour autant. Cela a plutôt tendance, à mon sens, à placer de malheureux accros et obstacles à la fluidité de lecture qu’à donner une forme artistique au texte.

De plus, autant dans les dialogues un langage familier ne me pose pas de problème, autant lorsqu’il s’agit du corps de texte et du narratif, cela me sort de l’immersion. J’ai par exemple beaucoup plus de facilité à me représenter un monde dans un langage davantage littéraire et écrit plutôt que “parlé” et pauvre sous certains aspects (c’est évidemment très personnel mais cela a joué sur mon ressenti général de l’œuvre).

Pour conclure…

La Roche est un récit dystopique qui possède ses qualités et ses défauts. Ainsi, l’univers concocté par Martin Lichtenberg est intéressant sous bien des aspects mais également frustrant sous d’autres. J’ai par exemple trouvé que l’on était trop vite jeté dans le bain, et qu’un codex ou un chapitre prologue qui nous explique comment le monde a basculé aurait pu aider à la compréhension du monde et des termes employés. Le style littéraire est plutôt familier, voire argotique à certains moments, et ponctué de néologismes de temps à autre. Une chose est sûre, Martin Lichtenberg a son propre style.

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