Premier roman de Satoshi Yagisawa et traduit dans plus de vingt langues, La Librairie Morisaki est un livre de poche particulièrement populaire et orienté vers des thématiques liées à l’amitié, l’amour et la place que nous occupons dans une société en perpétuel mouvement. Le livre est paru le 05 mars 2025 aux éditions Hauteville et sous la collection Kibun.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Résumé de La Librairie Morisaki

Les jours passés à la librairie Morisaki resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Puisque c’est là-bas que j’ai commencé à vivre, à vivre réellement. Sans cette parenthèse, ma vie aurait été bien moins colorée, bien plus monotone, bien plus triste. Un lieu précieux, inoubliable. Voilà ce qu’est la librairie Morisaki à mes yeux.
Takako a le cœur brisé lorsque Hideaki, l’homme qu’elle aime, lui annonce ses fiançailles. Dévastée, la jeune femme ne supporte plus de le croiser au travail et démissionne. Takako a bien du mal à remonter la pente… jusqu’au jour où elle reçoit un coup de téléphone de son oncle Satoru, qu’elle n’a pas revu depuis de nombreuses années. L’homme, un peu excentrique, est à la tête d’une vieille librairie d’occasion, implantée à Jinbôchô, le quartier des bouquinistes à Tokyo. Il lui propose de venir l’aider, et même de s’installer au premier étage de la boutique. Voyant enfin l’avenir lui sourire, Takako accepte et découvre parmi tous ces livres un nouveau langage qui lui était jusque-là inconnu…
L’arrivée à Jinbôchô
La vie de Takako prend un drôle de tournant lorsqu’elle apprend qu’elle est la maîtresse d’un homme qu’elle considérait comme son petit ami, et qu’elle aimait énormément. Ayant pour habitude de se faire discrète et de ne pas laisser parler ses sentiments, c’est donc toute petite qu’elle décide de poser sa démission et de disparaître. En premier temps, elle n’a pas pour objectif de se remettre tout de suite à la recherche d’un travail. Mais l’appel de son oncle Satoru, un homme excentrique et bien trop extraverti à son goût, va la contraindre à sortir de sa grotte.
Direction Jinbôchô, le plus grand quartier de bouquinistes au monde. Le quartier ne compte pas moins de 170 librairies en tout genre, dont la librairie Morisaki. Celle de son oncle, qui se spécialise dans les auteurs japonais de la période moderne. Bien qu’elle n’y connaisse pas grand-chose en termes de livres ou de librairies, elle se voit offrir une opportunité qu’il aurait été bête de refuser. En échange d’un peu d’aide à la librairie, elle peut se loger à l’étage du dessus sans le moindre frais. De quoi s’occuper l’esprit et réfléchir plus intensément à son avenir. Même si la pression de bien faire et de ne pas être un fardeau persiste malgré elle…


Trouver sa place
Après son arrivée à la librairie Morisaki, Takako s’enfonce peu à peu dans une dépression. Elle ne rate pas une occasion pour s’emmitoufler dans son futon, et dormir. Dormir étant la seule chose à donner à son esprit un quelconque répit… Toutefois, un soir où le sommeil ne vient pas, elle décide de choisir un livre au hasard, et son quotidien s’en voit aussitôt bouleversé. Sa “rupture” et sa vie personnelle et professionnelle mise dos au mur, ce premier livre a eu l’effet d’une bombe sur elle. Il lui a remué le cœur, et lui a donné l’envie de lire davantage, chaque jour. Et ce, alors qu’elle n’a jamais été une grande lectrice.
Comme la librairie Morisaki est une librairie disposant de livres d’occasion, Takako a le sentiment d’emporter et de partager avec elle les souvenirs des précédents lecteurs, qui ont déposé leur marque sur les livres. Une citation soulignée, un marque-page fait de fleurs séchées… Elle ressent un lien fort avec ces personnes qu’elle ne connaîtra sans doute jamais, mais qui, comme elle, ont été émues grâce à la lecture. Ce sont ces livres qui l’ont réouverte à la vie. Elle commence alors à se familiariser avec les clients réguliers de la librairie. Puis elle commence à sortir aussi, plutôt que de passer le plus clair de son temps dans sa chambre ou dans son futon. Et ainsi, se faire quelques amis au café du coin. Une réouverture qui redonne le sourire à son oncle Satoru, ravi de voir que sa nièce reprend du poil de la bête.


Mon avis sur La Librairie Morisaki
La Librairie Morisaki est un roman d’un peu plus de 250 pages, qui met en avant les aléas de la vie liés à l’amitié, à l’amour ou à la trahison. Mais aussi ce besoin de toujours savoir où se trouve notre place dans la vie. Ici, Takako n’a pas le sentiment de comprendre où est sa place, ni même en quoi consistera son avenir. Et nous découvrons que son oncle aussi l’a ressenti par le passé. C’est la naissance de Takako qui l’a “sauvé”, et qui lui a donné la détermination nécessaire pour apprendre, pour s’aventurer à l’étranger et pour essayer de trouver sa voie. Même si, parfois, celle-ci survient sans s’en rendre compte.
De nombreuses métaphores liées aux bateaux, à la navigation ou au voyage sont présentes dans ce livre. Par celles-ci, nous comprenons qu’il est important de savoir lâcher prise et de se laisser guider, de découvrir de nouveaux horizons, jusqu’à comprendre ce qui nous fait vibrer ou non. Dans le cas de Takako, c’est aider son oncle à la librairie et lire des livres qui lui ont donné la force nécessaire d’avancer, de laisser le passé derrière elle, de rayer son ex. Démissionner ou avoir de la malchance en amour ne signifie pas la fin du voyage, mais une opportunité de tout recommencer.
Satoshi Yagasawa nous surprend avec La Librairie Morisaki, qui se lit facilement d’une traite et qui nous fait réfléchir sur le rythme de la vie, sur notre place dans la société. Alors qu’une trahison suffit à décourager Takako et lui faire remettre toute sa vie en question, son oncle Satoru, ainsi que la librairie dans laquelle elle se met à travailler, lui redonnent la force nécessaire et la détermination pour aller de l’avant. Reprendre confiance en elle, s’ouvrir à de nouveaux horizons. En bref, La Librairie Morisaki est un livre plutôt touchant, qui nous fait remettre en perspective notre propre vie et nos propres objectifs. À découvrir sans hésitation.




