Duck and Cover, en lisant ce titre chez votre libraire, vous pourriez penser que ce comics présente un duo de choc façon Tango and Cash, ou peut-être Sam and Twitch (pour rester dans le comics). Mais ce n’en est rien. Derrière ce titre punchy et aguicheur se cache en réalité un slogan, celui du gouvernement américain durant la guerre froide qui expliquait à la population comment se protéger en cas d’attaque nucléaire de l’ennemi. Et alors, nous y voyons déjà un peu plus clair, Scott Snyder a décidé cette fois de nous plonger dans les États-Unis des fifties. Mais pour nous raconter quoi exactement ?
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Dans les années 1950, la menace nucléaire nourrit les peurs issues de la guerre froide. On enseigne aux élèves de se cacher sous leur bureau en cas d’attaque (« duck and cover », plongez à couvert en anglais).
Tous aux Abris !
Dans le courant des années 50, un jeune ado ne rêve que d’une chose : devenir réalisateur pour le cinéma ! Malheureusement pour lui, la veille de son départ pour Hollywood, alors qu’il se retrouve en colle avec d’autres élèves, les Russes décident d’attaquer et de bombarder le pays. Ni une ni deux, Del (puisque c’est son nom) applique scrupuleusement les recommandations du gouvernement, le fameux “Duck and Cover” (que l’on pourrait traduire par “Cache-toi sous ton pupitre et couvre ta tête”) afin de se protéger des bombes. Et, par un miracle inexplicable, cela fonctionne ! Del se retrouve alors accompagné d’amis et d’ennemis dans un monde ravagé par la guerre afin de percer le mystère qui entoure cette attaque, car il semblerait finalement que l’agresseur serait tout autre que le bloc de l’Est…


Mais quand une bombe atomique détruit bel et bien les Etats-Unis en 1955, seuls ceux qui ont suivi ces consignes sont épargnés.
Delcourt
The Faculty
Que raconte ce Duck and Cover finalement ? Eh bien, malheureusement pas grand-chose… Car à trop vouloir en dire, on finit par créer un brouhaha un peu indigeste ! La première question qui me vient à l’esprit en refermant ce livre est “Scott Snyder serait-il le nouveau Mark Millar ?” À savoir un auteur de comics doué et imaginatif, certes, mais qui, avec les années, développe de moins en moins ses récits, ne se contentant que de broder une vague histoire autour d’un pitch prometteur, sans plus jamais prendre le temps de construire un vrai récit littéraire… Car Snyder s’est ici replongé (une fois de plus, on se rappelle Barnstormers) dans ses lectures pulp afin d’aller y tirer les graines de sa nouvelle mini-série, mais force est de constater que les germes n’ont pas beaucoup grandi… Ou n’en ont pas eu le temps en tout cas.

Avec un récit qui se veut (une fois de plus) haletant et rapide, l’auteur oublie de développer un temps soit peu ses propos (on se serait d’ailleurs contentés d’un seul propos, pour peu qu’il aurait été un petit peu travaillé). Reprenons les influences dans l’ordre… Duck and Cover nous raconte donc le récit d’une bande de collégiens ayant échappé à ce qu’ils pensent être une attaque de l’URSS dans les années 50. Si l’on voulait être méchant, on pourrait simplement résumer ce comics comme un mélange entre The Fablemans et Mars Attacks!, malheureusement sans le vécu du premier (Snyder étant né en 1976 et appliquant donc une indéniable patte eighties à des références normalement issues des fifties) et sans le second degré de Burton. Snyder ne fait que reprendre des clichés et tropes qu’il a vus, lus, et peut-être vécus, mais sans les ancrer réellement dans leur contexte historique et encore moins en prenant le temps de les faire accepter au lecteur, que ce soit scénaristiquement ou artistiquement.

Tout y passe : que ce soit les archétypes d’adolescents (le rêveur qui manque de confiance en lui, le bullit qui possède en fait des daddy issues, la bimbo en réalité plus profonde qu’elle n’en a l’air…), les clichés de films de science-fiction (course-poursuite, monstres tripods, la solution miracle que personne n’attendait contre la menace…) ainsi que les rebondissements habituels des scénarios peu développés (les ados sont de véritables Deus ex machina ambulants, tantôt en possédant une voiture boostée au NOS pour mieux s’enfuir, tantôt en parlant la bonne langue au bon moment pour mieux traduire, tantôt encore en ayant les bonnes connaissances complotistes pour mieux prévoir le déplacement suivant…).

Nous aurons même droit à la scène incontournable du sacrifice du mentor dans un moment de bravoure, ainsi qu’à la scène où chaque jeune prend le temps de faire son auto-analyse autour d’un feu de camp (même si, cette fois, nous sommes dans une salle de cinéma), et c’est bien trop typé “John Hughes” pour être crédible au milieu des années 50. Snyder rate malheureusement son coup. Pourtant, certaines idées sont bonnes, et l’aspect “joyeux bordel” ou “escalade de la folie” pourraient être amusantes à suivre, si l’auteur prenait un tout petit peu plus son temps. Ici, on sent cruellement que chaque scène “obligatoire” est introduite en deux cases et expédiée en deux planches, ce qui ne laisse aucune saveur au final.
Une bande d’adolescents doit désormais tenter de survivre dans une Amérique postapocalyptique, étrange et sauvage, où les Russes ne sont pas les seuls ennemis…
Delcourt
Old School Hollywood
Côté graphique, Alburquerque fait le taf, mais sans plus. Peut-être un peu pressé lui aussi par le temps. Ou bien aurait-il été plus judicieux de le faire travailler en binôme avec le coloriste Dave McCaig, qui avait su sublimer ses planches d’American Vampire à l’époque. Cette fois, le dessinateur est colorisé par Marcelo Maiolo, un jeune artiste qui semble ici très fade et ne parvient jamais à trouver une patte graphique évoquant un tant soit peu les années 50.


Reste que les tracés d’Albuquerque sont beaux, dans la norme des comics actuels, mais qu’il pêche parfois lors de certaines scènes d’action un peu incompréhensibles à force d’angles de vue tarabiscotés, sans doute afin de faire rentrer le plus de choses possible dans le petit espace que lui offre l’auteur. On aurait définitivement gagné à pouvoir admirer un trait un peu plus posé, avec des angles de vues plus classiques, rappelant en cela les comics à l’ancienne. On aurait même sans doute apprécié une coloration un peu vintage, à base de trames et de couleur tape à l’œil. Cela aurait donné un look rétro au récit et aurait permis de mieux faire passer l’aspect brouillon et naïf de l’œuvre.
Snyder ne peut pas réussir à tous les coups et il le prouve malheureusement avec ce Duck and Cover. Sous ses faux airs de récit pulp de science-fiction fifties, l’auteur nous sert en réalité un récit trop court, trop rapide, et trop peu développé, aux relents trop eighties à la John Hughes pour être crédibles dans les années 50. Le comics n’est finalement ni bon ni mauvais, mais ne raconte pas grand-chose. De plus, là où nous aurions pu prendre notre plaisir, à savoir dans les scènes d’action et les références culturelles, Snyder et Alburquerque ratent également le coche… Dommage.




