INTERVIEW David HASTEDA

Aujourd’hui, nous allons faire connaissance avec un scénariste de BD que j’adore : David HASTEDA ! Vous pouvez le retrouver sur son Facebook et son Instagram. Il a gentiment bien voulu se prêter au jeu donc, sans plus attendre, je laisse la place à notre invité 😊

Bonjour David HASTEDA, comment vas-tu ?

Eh bien, j’aimerai commencer cet entretien par une note positive mais je dois avouer me sentir fatigué par le poids de cette année 2020 fort compliquée pour chacun et chacune…

Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Je me présente, David HASTEDA, David Lebon de mon vrai nom. Etant d’une autre époque, de 1974 plus précisément, et je suis originaire du presque plat pays des hauts de France. Je suis devenu auteur-scénariste de bande-dessinée en 2013 en signant “Wentikowa”, un premier scénario pour la série Doggybags qui fut illustré par Mathieu Bablet.

BD Hasteda - Ankama

Qu’est ce qui t’a amené à être auteur/scénariste de bande-dessinée ? En consommes-tu toi-même beaucoup ?

La passion déjà ! J’ai lu mes premiers comics quand j’ai découvert certains “strange” et autres “nova” oubliés par mon oncle chez mes grands-parents. Je me suis alors passionné par ce monde alternatif d’histoires fantastiques, de super héros et ensuite, comme beaucoup, j’ai dévoré énormément de séries BD franco-belge. J’inventais déjà mes premières histoires et rapidement j’ai laissé tomber le dessin pour me concentrer sur ce que je savais faire : l’écriture.

Je lisais donc de la BD en quantité non négligeable, mais depuis que je suis passé de l’autre côté des pages, je me limite un peu aux auteurs que je suis mais je passe un peu moins de temps à décortiquer tout ce qui me tombe sous la main. Le temps que je passe derrière l’écran de l’ordinateur me prive de quelques heures de lecture mais j’essaye encore, quand je suis seul à la maison, de me faire un instant cocooning avec une BD coup de cœur du moment.

Quels sont les auteurs/créateurs, tous médias confondus, qui t’ont inspirés et qui continuent à le faire ?

La liste serait longue et j’en rajoute à chaque année qui s’écoule. Disons que certains auteurs m’ont ouvert les yeux sur cette envie d’inventer et de raconter des histoires. Une envie qui était en moi et qui à la vue de certains films et après certaines lectures, je me suis dis que c’est ce que je voudrais faire un jour.

On peut citer John Carpenter, Stephen King, Steven Spielberg, des classiques diront certains mais de vrais sources d’inspiration pour un gamin de 10/12 ans comme je l’étais. J’ai des références mais pour tout avouer, j’essaye de ne pas trop penser à leurs œuvres quand j’invente une histoire qui se veut au plus originale possible. Par contre, cela fait toujours plaisir quand on vous dit qu’il y a “du Tarantino dans vos dialogues”. C’est plus que flatteur même si j’espère bien avoir mon propre style évidemment.

Ankama - Hasteda

Comment procèdes-tu, sans dévoiler tes secrets ancestraux, pour échafauder un scénario ?

Chez moi, ça part d’une idéed’une envie… qui va avoir besoin d’un peu de temps pour prendre de l’importance. Et puis un jour, après des semaines de documentation, je vais avoir le déclic ou non. Soit l’idée ou l’envie s’est transformée en une potentielle histoire, soit je passe à autre chose. Généralement, quand j’écris un scénario, je pense à deux ou trois idées en même temps. ça bouillonne là-haut. Avec humour, certains dessinateurs m’appellent parfois “la machine” tellement ça peut aller vite quand il y a ce fameux déclic.

Ensuite, pour dévoiler quelques secrets, ce serait de dire que malheureusement il n’y en a pasDu travail par contre, oui ! Je vais passer de cette idée à un court synopsis. Qui va ensuite s’étaler sur ce que je nomme un canevas d’écriture. Je vais savoir ce que je dois raconter et en combien de planches, ou arriver en fin d’histoire tout en gardant de la place pour l’imprévu et d’éventuelles nouvelles directions à prendre pour améliorer le script de base. Tout cela, documentation et préparation, représente la moitié de mon temps de travail.

Vient après le temps de l’écriture finale. Enfin façon de parler car il y aura toujours plusieurs versions pour arriver au script final. Ensuite, et pour terminer. Le dialogue se renforce avec le dessinateur, on adapte des dialogues pour coller au mieux aux cases dessinées et on peut changer quelques pans du scénario pour gagner en fluidité et en compréhension. Une sorte de “ping-pong” créatif qui peut durer plusieurs moisFacilement deux ans vont s’écouler entre l’idée et la sortie d’une BD.

Que recherches-tu chez les dessinateurs avec qui tu travailles ? Peux-tu nous parler d’eux ?

C’est avant tout une rencontre, virtuelle ou réelle, mais une envie de travailler ensemble. Je n’ai aucun à priori sur les jeunes dessinateurs ou les plus affirmés. Ce qui compte c’est la passion et une vision commune du projet. On doit tout se dire ! Quand ça va et quand ça ne va pas, si on est sur la même longueur d’onde… ça passe ! Je suis plutôt fidèle et si un dessinateur arrive à me “scotcher” avec son style, son inventivité et la facilité à s’approprier mon scénario, je vais lui proposer de continuer l’aventure sur un autre projet.

Je forme un beau duo avec Ludovic Chesnot (Carcharodon, Mapple Squares et Frank Lee en 2021). Il me complète avec ses nombreuses trouvailles visuelles. Pour notre prochain album sur l’évadé d’Alcatraz Frank Lee Morris, je me suis retrouvé véritablement bouleversé par la finalité de ses planches. Il y a beaucoup de moi, d’angoisses et de doutes dans le personnage principal, et voir tout cela prendre vie, c’était presque inespéré. Je le remercie à chaque nouvelle planche et j’ai hâte qu’on démarre un autre projet qui nous emmènera dans un autre univers.

La bande dessinée est un média très graphique et l’image prend souvent beaucoup de place. Penses-tu que le rôle du scénariste est quelque peu sous-estimé par le public ?

Oui et non, le visuel est indéniablement le point fort d’une BD. Mais je pense que les lecteurs ne s’y trompent pas. Si il y a deux noms sur la couverture, on sait qu’il y a une collaboration scénariste-dessinateur. Un bon scénar et de bons dialogues ne feront jamais une bonne BD. Si le dessin ne suit pas et l’inverse me semble tout aussi vrai.

Ce qui me chagrine le plus, c’est la place qu’on veut bien nous donner en festival ou lors des dédicaces. Certains éditeurs et libraires oublient de convier les scénaristes à ce suivi commercial. Or la rencontre avec les autres auteurs et ce moment privilégié avec les lecteurs est tout aussi important pour le scénariste. Donc ne nous oubliez pas. Nous sommes des auteurs à part entière ! La BD est notre passion et dessinateurs, éditeurs, libraires, nous avons ça en commun.

As-tu des projets sur le feu ?

Oui, je parlais plus haut de “Frank Lee” avec Ludovic Chesnot. Qui sortira le 11 juin 2021, date anniversaire de l’évasion de Frank Lee Morris qui sera donc notre personnage principal. Je préfère ne pas trop en dévoiler pour ménager l’effet ! Nous serons au rendez-vous avec cette BD aux éditions Ankama, Label 619. Puisque c’est tout juste signé ! Je peux aussi parler de “Guns & Gremlins” qui sortira fin 2022 toujours aux éditions Ankama avec cette fois Tristan Evin au dessin. Aussi d’autres projets attendent mais tant que rien n’est signé. Donc je préfère ne pas m’avancer mais j’espère, avec ceux-ci, rendre hommage à ce cinéma des années 80-90 que j’affectionne tant.

Lire notre article : Interview de Colibry

Outre le bande-dessinée, aimerais-tu t’essayer à d’autres formats ? Comme les romans ou scénarios pour du télévisuel ?

Un scénario pour le grand ou le petit écran, oui bien sûr, ce serait même une sorte d’aboutissement. Si de par une rencontre ou par chance, je peux soumettre mes idées pour ces médias, je n’hésiterai pas longtemps.

Un roman aussi, ce serait un sacré challenge mais quand la BD sera derrière moi car je ne pourrai jamais faire les deux. J’ai d’ailleurs inséré une nouvelle dans ma dernière BD “Horseback 1861” aux éditions Ankama, Label 619, avec Nikho au dessin. Et je me suis aperçu qu’il me fallait quelqu’un avec un vrai style littéraire pour assumer cette mission. Raison pour laquelle j’ai contacté Staw.a, une autrice et blogueuse de revue de concert qui sait et a su faire passer un panel d’émotions dans une nouvelle racontant les origines des personnages.

 Aurais-tu des conseils de vieux sage pour nos lecteurs qui auraient envie de se lancer dans l’aventure ?

Pas vraiment, je suis encore “jeune” dans la profession, je dirai surtout qu’à l’écriture comme au dessin, il faut se faire confiance ! Assumer ses idées scénaristiques, savoir dans les détails ce que l’on essaye de raconter, assumer son style graphique et apprendre des autres pour se définir soi-même.

Que pouvons-nous te souhaiter pour 2021 ?

Du point de vue de l’auteur, de concrétiser les projets qui demandent à sortir des tiroirs et de réussir les sorties prévues. Pour David HASTEDA, plus simplement… Amour, gloire et beauté… Enfin, au moins un des trois si c’est possible !

Merci beaucoup pour ton temps et ta gentillesse !

Merci à vous pour ces quelques questions et à bientôt.

Avatar Hasteda
Pour conclure…

Ce qu’on peut souhaiter à David, c’est que ses projets voient le jour et que vous prendrez autant de plaisir que moi à le lire. Si vous ne le connaissez pas encore, je ne peux que vous le recommander 🙂

Dans le même genre

Laisser un commentaire

Tweetez
Partagez
Enregistrer