Erio & The Electric Doll – Tome 1

Erio & The Electric Doll est un manga de type seinen créé par deux jeunes auteurs. En effet, Shimazaki Mujirushi commence sa carrière de mangaka en 2015 en participant tout d’abord à une œuvre collective, puis en sortant deux séries propres, pour enfin créer Erio & The Electric Doll. L’illustrateur, Kuroimori, a quant à lui commencé sa carrière en 2019, après une carrière dans la musique. Il a illustré plusieurs cartes Pokémon, ainsi que le manga Steam Rêverie in Amber, lui aussi dans un univers steampunk. Son style est d’ailleurs reconnaissable et plein de poésie, comme en témoigne ce premier tome. 

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Un siècle plus tôt, une guerre meutrière a éclaté entre les hommes et les IA, poussant l’humanité à renoncer à l’électricité pour mettre un terme aux combats.

Mangetsu

Un Ange Passe

Il y a un siècle, une guerre éclate entre les humains et les IA, obligeant l’humanité à se priver d’électricité pour mettre un terme à ce conflit. Il ne reste alors plus rien des humanoïdes d’élite, des robots datant de cette époque. Excepté Ange, dernière machine rescapée, qui vit isolée dans un phare avec Erio, une jeune femme qu’elle a recueilli enfant et élevée. Cette dernière, n’ayant jamais eu de contact humain, accompagnée de Ange, dont l’humain était jadis l’ennemi, va devoir renouer, parfois difficilement, avec la civilisation

La Mécanique du Cœur

Le pitch de départ d’Erio & The Electric Doll est vraiment intéressant, notamment avec cette peur de l’IA, ainsi que la reconversion d’un monde qui a dû se priver d’électricité pour survivre, mais surtout vis-à-vis des relations humaines / non humaines. En effet, Erio est une humaine, mais qui a été élevée par une IA, sans contact avec d’autres humains. Elle a donc très peu de notions de comment se comporter ou réagir selon les circonstances, ni même comment exprimer ses sentiments (un robot ne pouvant le lui apprendre car n’en possédant pas). En effet, Ange n’a jamais pu transmettre réellement les subtilités qui forgent une relation. C’est malheureusement sur ce point que le manga peut parfois pêcher et tomber dans certains clichés relationnels.

En effet, Ange, étant un robot, fonctionne à l’électricité. Or, sa source d’alimentation ayant été désactivée depuis longtemps, elle n’a de prime abord aucun moyen de pouvoir recharger ses batteries. Et c’est alors là qu’intervient Erio. Cette dernière est douée d’une capacité hors du commun : générer de l’électricité lors d’un contact. C’est donc grâce à cette dernière qu’Ange peut survivre. Pour matérialiser cette capacité, l‘auteur a choisi de systématiquement faire s’embrasser Ange et Erio, et même si au début cela fait sens et fait son petit effet (Ange explique que le baiser est, chez l’humain, réservé au plus haut degré d’attachement), cela devient rapidement systématique et théâtral, et on soupçonne alors l’auteur de glisser vers le fan service ou le gnangnan.

Il justifie cependant ce systématisme par le fait qu’Erio réclame ce geste comme une démonstration d’attachement, car c’est naturellement qu’Ange est devenue pour elle tout aussi importante qu’un parent ou une amante au fil des années (cette dernière étant la seule personne qu’elle ait côtoyée depuis les dix dernières années). D’autres clichés scénaristiques vont également être de la partie (ce qui n’est pas un problème s’ils ne sont pas prévisibles, mais c’est malheureusement bel et bien le cas ici). Par exemple, une partie de l’histoire se déroule avec une femme enceinte et son accouchement se déclenche au pire moment possible, ou encore une rencontre de nos protagonistes avec deux frères, Will et Alec, dont le plus grand va en pincer pour Erio, qui ne se rendra compte de rien.

Bref, vous l’aurez compris, l’originalité n’est pas toujours au rendez-vous (heureusement, les histoires liées à ces personnages restent sympathiques et on lit avec plaisir leur évolution). L’histoire relationnelle la plus originale et la plus profonde reste celle de Monsieur Strauss, un vieillard bienveillant qui les accueille chez lui pendant un moment. Cet homme, en plus d’avoir un passé qui le ronge, semble en savoir plus qu’il ne le dit sur les IA et l’utilisation de l’électricité, ce qui lui donne une certaine ambiguïté qui vient étoffer l’intrigue.

Découvrez les aventures steampunk d’Ange, la toute dernière androïde d’élite en état de marche, et d’Erio, la jeune fille qu’elle a élevée, dans un monde privé d’électricité.

Mangetsu

Poésie Électrique

Concernant l’ambiance générale de Erio & The Electric Doll, je trouve que le steampunk était vraiment le choix à faire par rapport aux technologies présentes dans l’œuvre. Cela permet de fantasmer des technologies diverses et variées qui vont fonctionner avec l’aide de la vapeur (et des énergies fossiles comme le charbon), mais aussi de créer des décors riches et complexes à coups de tuyaux en cuivre divers et variés. Cependant, j’ai trouvé dommage que Kuroimori n’ait pas osé nous en mettre plein la vue à coup de pleines pages qui représentent la ville et les mécaniques steampunk, façon Oda pour One Piece par exemple.

Son dessin et le style steampunk se prêtent parfaitement à ce genre de fantaisie. Cela permet également de donner du souffle et d’aérer les cases et les pages d’une œuvre. De plus, Erio découvrant une ville pour la première fois, une mise en scène de cette ville un peu plus grandiose aurait participé à traduire l’état d’émerveillement de notre héroïne. Les dessins restent cependant dans la norme, tout comme les visages des différents personnages, c’est-à-dire d’une belle qualité. Là où Kuroimori sort son épingle du jeu, c’est sur les environnements particulièrement fouillés, remplis de détails (je me répète mais c’est d’autant plus dommage que nous n’ayons pas de double page pour mettre toutes ces qualités en avant. D’autant que la plupart du temps, les personnages se retrouvent sur un fond neutre, c’est-à-dire l’exact opposé de ce que l’on attend de ce genre d’univers).

À part cela, j’ai cependant beaucoup aimé ce choix de faire le fond des pages noires lorsque nos héroïnes se trouvaient dans un lieu sombre, ou en pleine nuit, et, a contrario, des fonds de pages blanches lorsqu’elles se trouvaient dans un lieu clair. Cela colle parfaitement au thème de l’électricité (ou de son absence) et permet une immersion plus intense. Mangetsu nous propose ici une très jolie édition de ce premier tome, avec une jaquette dans des teintes chaudes qui rappellent un vieux parchemin.

Le tout est rehaussé par le titre de l’œuvre en vernis sélectif doré, ce qui colle parfaitement au thème et renvoie aux tuyaux, à la mécanique propre au steampunk. Nos deux héroïnes sont sur la couverture, Erio souriante et enjouée, et Ange sérieuse, chacune comme à leur habitude. En arrière-plan, on retrouve des tuyauteries qui, pour la couverture, ont été mises en relief, avec un petit vernis sélectif à certains endroits pour accentuer ce dernier.

Pour conclure…

Erio & The Electric Doll n’est pas le manga de l’année, mais n’en est pas moins une histoire pleine de poésie et de sensibilité, tout comme le dessin, réel point fort de l’œuvre. Le thème de départ est vraiment prometteur et donne envie de connaître la suite de l’épopée, ainsi que l’évolution des deux héroïnes.  

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