Nous y voilà, la première grande bataille de Choujin X et son lot de remise en questions et de révélations est sur le point de s’achever, ou pas, connaissant le génie de Sui Ishida pour les retournements de situations. Disponible en librairie depuis le 4 février 2026, ce dernier volume se focalise sur le duo Azuma / Tokio et promet une ultime respiration brutale, presque forcée, avant l’épilogue de la guerre de la Tour du Deuil. Les pertes sont lourdes et le ressentiment vivace au sein des troupes de Yamatomori et on a hâte d’en savoir plus, toujours plus…
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

The Boys
Le grand retour de Sui Ishida !
En 1998, suite à la multiplication de surhumains appelés “choujin”, le monde a été divisé en provinces autonomes.
Cinquante ans après, un crash aérien va changer à tout jamais le destin de la jeune Ely, cultivatrice de “tomeïto”, et impacter le paisible quotidien des lycéens Tokio Kurohara et Azuma Higashi qui jouent aux justiciers face aux petits malfrats de quartier…
Glénat

Choujin X se déroule dans un monde fragmenté en provinces, où l’humanité survit tant bien que mal face aux Choujin, créatures dotées de capacités surhumaines et d’une régénération presque illimitée. À Yamato, Tokio Kurohara et Azuma Higashi, deux lycéens ordinaires épris de justice, basculent dans l’extraordinaire quand un individu masqué déchaîne le chaos avec une drogue transformant les humains en Choujin. Dos au mur, ils n’ont d’autre choix que de s’injecter cette substance, scellant ainsi un destin qui les dépasse.

Parallèlement, Ely, cultivatrice de tomeïto, échappe miraculeusement à la mort lorsque son avion s’écrase, incendié par le Choujin Chandra Hume. De ses cendres renaît un corps habité par une puissance similaire à celle de son agresseur. Leur ralliement à Yamatomori, gardiens et défenseurs d’une paix précaire, n’est que le prélude à une traque. Tokio, proie malgré lui, éveille l’obsession de Zora, fondatrice déchue et vestige d’une gloire passée, aujourd’hui rongée par la douleur et les visions d’un « Fléau Noir ». Dans sa quête désespérée pour transmettre un fardeau qu’elle ne peut plus porter, elle manque de briser Tokio. Ce dernier, après un exil salvateur d’un an auprès de son maître Ichiro, revient transfiguré. S’il retrouve l’espoir dans les yeux d’Ely, il se heurte au silence glacial d’Azuma, marqué par le sceau de l’abandon.

L’affrontement final se dessine lors d’une mission d’infiltration à Old Market. En sauvant Palma Shishinegura, une Choujin capable de ranimer les morts, Tokio défie les ordres de ses supérieurs pour faire valoir sa propre justice. Grâce à elle, ils localisent les plantations d’opium de Zora sur l’île de Daizojima et les réduisent en cendres, précipitant la chute de la prophétesse.

Le 25 décembre, l’assaut est lancé contre la Tour du Deuil. Tandis que les Keepers sont isolés et traqués par des adversaires redoutables, notamment l’invincible Bardo Brado, « l’Ogre de la guerre », qui accule le groupe d’Azuma, la tension atteint son paroxysme. Au milieu de ce carnage, alors que les sentiments inavoués éclatent, le traître Batista tente d’atteindre le trône. Son ascension est brusquement stoppée par l’apparition d’un mystérieux Chevalier Noir, ultime rempart de Zora dans une guerre où plus personne n’est réellement innocent.
Retrouvez notre avis sur Choujin X – Tome 1 ici !
Le testament de la mère morte
Si Zora s’éteint, tous les êtres humains qui ont hérité de son pouvoir perdront la vie. Cette révélation brutale laisse Ely Otta sans voix. Doivent-ils poursuivre leur combat contre Zora ? Ely aura-t-elle le courage de dévoiler ce secret à ses camarades ? Pendant ce temps, l’escadron de BB demeure impuissant face à Badro Brado, le choujin sanguinaire. Dans cette situation désespérée où la mort de l’équipe semble inévitable, Azuma Higashi se retrouve dans un endroit inconnu où il fait une étrange rencontre. Un mystérieux personnage prononce ces mots :
Tue-le !
Glénat

Toujours en lutte contre Badro Brado depuis la fin du tome 11 de Choujin X , BB et son groupe ne peuvent rien faire d’autre que de regarder le duel entre un Azuma entré en mode chaotique et le général de Zora. Alors que la puissance du jeune homme prend petit à petit l’avantage sur le soldat vieillissant, Azuma se réveille dans un endroit étrange pieds et poings liés devant un étrange personnage sans visage qui lui révèle le secret de son existence.

Tandis que la bataille sanglante a pris fin grâce au sacrifice de BB qui a permis de stopper Azuma, les troupes de Yamatomori pour une réorganisation avant l’assaut final. Angoissée pour ses amis, Ely décide de faire part de la mise en garde de Tawashi au groupe. Devant la possibilité que la mort de Zora provoquera celle des Choujin issue de son sang, Sundark décide que la mise hors d’état de nuire de Zora sera la priorité plutôt que son extermination. Mais maintenant que le trône de la prophétesse est à portée de main, quel destin attend nos héros ? Marchent-ils vers la mort ou vers la rédemption ?
Lisez un extrait de Choujin X – Tome 12 ici !
Une bataille après l’autre
Ce qui rend Sui Ishida si passionnant à lire, c’est la façon dont il force ces personnages à évoluer dans l’adversité. Pour qui connaît un tant soit peu l’œuvre du mangaka, son amour pour les monologues intérieurs et leur mise en planche est bien connu de ses lecteurs. Ici, c’est Azuma qui se retrouve piégé dans sa tête à la faveur d’une entrée en mode chaotique qui pousse son corps à agir de façon totalement instinctive et irraisonnée. Il est d’ailleurs enchaîné et vêtu d’une tenue rayée symbole de son emprisonnement dans son propre corps. Dans Tokyo Ghoul, Kaneki se voyait torturé dans sa tête par Lise ou par lui-même, deux entités faisant désormais partie de lui.

En ce qui concerne Azuma, c’est un corps sans tête qui se tient en face de lui pour lui révéler ce qu’il est réellement, à savoir une création de Quim, un réceptacle potentiel pour l’âme de l’ennemi mortel de Sora. De ce fait, il n’a jamais eu d’existence propre, ses souvenirs de sa famille n’étant que des mensonges créés pour lui permettre de mener une vie normale. Si nous partons du principe que le corps sans tête est une part d’Azuma, vu ses connaissances de la nature profonde du jeune homme, il serait logique de penser qu’il s’agit en réalité d’une personnification des pouvoirs de Quim, présent dans chaque réceptacle et capable de lancer une réinitialisation de ce dernier dès que le besoin s’en fait sentir.

Par ailleurs, je commence à soupçonner un nouveau tournant dans la relation amitié / rivalité qui unit Tokio et Azuma, qui sont en réalité les deux faces d’une même pièce évoluant en parallèle l’une de l’autre. En effet, que se passerait-il si Tokio héritait de la marque de Zora pendant qu’Azuma lui devenait le détenteur de l’âme de son ennemi juré ? Et si le fléau noir prophétisé par Sora était en fait le retour du tyran ? De son côté, Tokio, en privilégiant le dialogue avec Zora plutôt que l’affrontement, s’émancipe de Yamatomori qui prône l’éradication pure et simple de sa fondatrice.

Lui qui n’avait réellement aucune volonté propre au début du manga, ne vivant sa vie que par procuration via Azuma, qui comble de l’ironie est en fait une coquille vide, il se trouve désormais capable de tenir tête au groupe dont il fait partie quitte à remettre en question les interprétations des visions de Mado et de Zora, pourtant paroles d’évangiles pour leurs partisans respectifs. Une subtile façon de mettre en balance la part de l’innée et de l’acquis, puisqu’au final Tokio, tout comme Azuma, doivent-ils se définir comme leur nature intrinsèque ou sont-ils la somme de leur vécu et de leurs expériences ?

En ce qui me concerne, je penche pour la deuxième solution et à ce titre Azuma a transcender sa nature de réceptacle pour devenir un être à part entière. Je n’ai qu’une hâte : savoir si j’ai bien lu entre les lignes et si nous nous dirigeons vers un combat fratricide entre les deux meilleurs amis. Mais pour cela, il faudra encore patienter avant de pouvoir mettre la main sur le prochain tome de Choujin X, dont la date de sortie n’est pas encore annoncée.
Avec ce douzième tome, Sui Ishida confirme son talent pour déconstruire ses protagonistes avant de les reforger dans la douleur. Azuma, confronté à la révélation dévastatrice de sa nature artificielle, et Tokio, s’affirmant enfin comme être pensant capable de défier l’ordre établi, incarnent cette dialectique entre l’essence et l’existence qui traverse l’œuvre. Le mangaka orchestre avec maestria un crescendo tragique où chaque personnage se retrouve piégé entre ce qu’il est censé être et ce qu’il choisit de devenir. L’ombre du fléau noir plane toujours, mais c’est désormais dans le cœur de nos héros que se joue la véritable bataille. Entre trahisons révélées, alliances fragiles et prophéties contradictoires, ce tome ne laisse aucun répit et pose les jalons d’un affrontement qui pourrait bien déchirer ce qui restait d’innocence dans ce monde fracturé. Vivement la suite pour découvrir si Ishida osera pousser jusqu’au bout la logique implacable qu’il a mise en place, quitte à briser définitivement le lien sacré qui unit Tokio et Azuma.




