Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin

Alors que la fournée 2026 des cahiers de vacances pour adulte avait déjà mis à l’honneur Caryl Ferey, la collection de 404 Éditions mettant en scène des héros de la littérature voit un nouveau nom apparaître à son catalogue, celui d’Arsène Lupin. Prenant la suite des cahiers d’enquêtes consacrés à Sherlock Holmes et au Comte de Monte Cristo, le Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin, apparu en librairie le 7 mai 2026, nous lance sur les traces du gentleman cambrioleur imaginé par Maurice Leblanc. Au cours de trois nouvelles inédites, l’intelligent monte-en-l’air va semer le trouble tout autant qu’une myriade de petites énigmes destinées à nous faire perdre notre latin.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Le carnet aux trente énigmes

Parviendrez-vous à résoudre les enquêtes dans l’univers de Maurice Leblanc et de son célèbre gentleman-cambrioleur ?

Entrez dans l’univers fascinant d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur créé par Maurice Leblanc ! Dans ce recueil d’enquêtes inédites, vous croiserez la route du célèbre voleur au talent insoupçonné pour déjouer les pièges les plus retors.

Quatre intrigues captivantes vous attendent, mêlant mystères insondables et coups d’éclat audacieux. Mobilisez vos sens aiguisés pour percer les secrets de chaque affaire. Étudiez les indices éparpillés, démêlez les faux témoignages, et gardez votre esprit vif pour suivre les subtiles machinations de Lupin ou déjouer les pièges des enquêteurs.

Des ruelles sombres de Paris aux demeures cossues de la haute société, vous serez plongé dans le Paris Belle Époque de la fin du XIXe siècle. À vous de jouer ! Grâce aux jeux et énigmes proposés, affûtez vos talents de fin limier avant de vous lancer sur les traces d’Arsène Lupin. Une aventure haletante vous attend !

404 Éditions

Vous l’aurez remarqué, la collection des Cahiers d’enquête se compose de deux genres d’ouvrages : d’un côté ceux créés par des maîtres du polar français comme Franck Thilliez et Caryl Férey et de l’autre ceux consacrés à des héros de fiction. Après Sherlock Holmes et le Comte de Monte Cristo, c’est au plus dandy des voleurs d’avoir droit à son cahier de vacances, je veux bien évidemment parler d’Arsène Lupin. Reprenant le modèle adopté dans le cahier consacré à Edmond Dantès (alias le Comte de Monte Cristo), les trois affaires qui composent ce Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin se situent tout au long de la vie fictive du personnage de Maurice Leblanc et nous amènent à résoudre des casses-têtes de plus en plus retors au fil des pages.

Ainsi, la première nouvelle, intitulée L’insouciance d’une cigarette, se déroule dans la jeunesse du voleur quand ce dernier porte encore son nom de naissance : Raoul d’Andrésy. Les inspecteurs Perrault et Andremond sont appelés à l’hôtel Meurice où un individu s’est introduit dans plusieurs chambres. Il a notamment dérobé un étui à cigarette à la fille du Comte de Lasteyrie qui espère bien que les policiers vont retrouver ce qui lui appartient et appréhender le voleur. Pour la deuxième intrigue : L’abbaye d’Opium, l’action prend place en 1912, alors que Lupin est de retour dans sa ville de Fécamp. De passage à l’église, il remarque que cette dernière est bondée et les actions des paroissiens le laissent plus que circonspect. Mais ce n’est que lorsqu’une enfant vient lui demander de l’aide qu’il voit ses craintes se confirmer : la paroisse et son prêtre cachent un secret.

Enfin, la troisième enquête intervient à la fin de la vie d’Arsène Lupin et s’intitule L’ultime évasion. Âgé de 59 ans, le célèbre bandit est incarcéré dans une petite prison depuis un an et est sur le point de s’évader une dernière fois avant de disparaître pour de bon. Il prend alors la plume pour laisser au lecteur, comme un testament, le récit de ce plan audacieux destiné à lui rendre sa liberté. Une nouvelle fois, des questions émaillent les diverses intrigues et il vous appartiendra d’y répondre avant de passer à la suite du texte. Chaque histoire sera également précédée d’un entraînement cérébral destiné à échauffer vos neurones pour les réflexions qui vont immanquablement suivre.

Alias

Derrière le Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin, on trouve Lisa Dupuy, une autrice fan de dystopie et de voyages temporels. Alors que ses études d’anglais et son entreprise de consulting sur la gestion du temps ne l’y destinaient pas vraiment, Lisa se lance dans l’écriture en grande passionnée de jeux de rôles qu’elle est. Son fond de commerce ? Le game mastering et nombre de projets ludiques que ce soit sous forme de livres, de jeux de société ou encore de Murder Party. Elle a même contribué à l’écriture de scripts pour des vidéos YouTube. La demoiselle est donc passée maître dans l’art de raconter des histoires et d’y incorporer des jeux.

Il faut bien reconnaître que le Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin ne fait pas exception à la règle puisque les interrogations posées y sont parfaitement intégrées, laissant la possibilité, pour les énigmes les plus complexes, d’utiliser un, voire deux indices pour parvenir à trouver la solution. Cependant, en cas d’impasse trop longue, le lecteur pourra sans souci passer outre la question à répondre et continuer sa lecture jusqu’au prochain casse-tête. De même, les réponses sont intégralement fournies en fin d’ouvrage et se révèlent assez détaillées pour comprendre le raisonnement suivi par le héros. D’ailleurs, le style de l’auteure est clair et efficace tout comme les trois intrigues présentées, assez prenantes pour donner envie d’aller jusqu’au bout et d’en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Pour autant, et malgré toutes les qualités énumérées, ce cahier m’a tout de même laissé un petit peu perplexe…

C’est le plus grand des voleurs…

Bien que je ne sois pas vraiment une grande fan de l’œuvre de Maurice Leblanc, auquel je préfère de loin celle de Gaston Leroux, j’ai tout de même lu un certain nombre de ses écrits mettant en scène le gentleman cambrioleur. Il est évident que les défauts que je vais désormais relever n’en seront pas forcément aux yeux d’autres lecteurs, mais je dois avouer que ça a malgré tout entraîné une petite frustration en ce qui me concerne. Outre le fait que malgré des qualités d’écriture certaines, je n’ai absolument rien retrouvé du style littéraire de Maurice Leblanc, pourtant assez accessible, je dois bien dire que le titre de la deuxième nouvelle dévoilant d’emblée tout un pan de l’affaire était assez maladroit, aiguillant sans préambule le lecteur dans la bonne direction.

Par ailleurs, j’ai beaucoup de mal à comprendre comment en 1933 Arsène Lupin se retrouve en prison, sans avoir visiblement levé le pied sur les coups tordus, alors que Maurice Leblanc a voulu, dans un ultime texte découvert en 2011 par sa petite-fille, terminer les aventures du voleur en le faisant se ranger définitivement en épousant Cora, princesse de Lerne, en 1920. Si l’on emprunte un univers à un auteur, j’aime quand ce dernier est cohérent avec sa biographie fictive, et j’aurais apprécié une plus grande fidélité aux textes originaux. Pareil pour l’inspectrice Andremont, dont la profession paraît difficilement compatible avec la réalité historique de l’époque, les premières policières françaises n’ayant été recrutées qu’au milieu des années 1930.

Mais j’avoue pinailler quelque peu, d’autant que j’ai vraiment apprécié les divers clins d’oeil émaillant le livre comme le géant du sucre Ferdinand Béghin (réel fondateur de la marque Béghin Say) cité dans la dernière affaire, ou encore la réponse à la toute dernière énigme du livre qui, si elle n’est pas extrêmement dure à trouver est assez géniale dans la réponse qu’elle implique. Un petit mot également pour les superbes illustrations d’Ines cœur Mezzoud, qui confèrent à ce livret l’élégance et le raffinement qui est de mise quand on évoque Arsène Lupin et la Belle Époque. Un véritable sans faute artistique !

Ne vous y trompez pas, comme les autres cahiers de la collection, le Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin saura vous occuper agréablement le temps de résoudre ses casse-têtes et autres puzzles. Finalement, avec un héros qui a connu tant d’incarnations différentes (de Georges Descrières à Omar Sy en passant par Jean-Claude Brialy) et pris de multiples identités, quelques transgressions à son modèle ne sont peut-être pas si graves, du moment que l’âme et les valeurs du voleur justicier sont respectées. C’est sans doute cela le plus important.

Pour conclure…

Le Cahier d’enquêtes d’Arsène Lupin réussit ce qu’il entreprend : proposer quelques heures de réflexion agréables en compagnie du plus célèbre des gentlemen cambrioleurs. Certes, les amateurs les plus pointilleux de Maurice Leblanc pourront tiquer devant certaines libertés prises avec le matériau d’origine, là où d’autres y verront simplement une nouvelle variation autour d’un personnage qui n’a jamais cessé de se réinventer au fil des décennies. Car après tout, Arsène Lupin n’est-il pas lui-même un maître du déguisement et des faux-semblants ? Entre énigmes bien pensées, clins d’œil savoureux et intrigues suffisamment prenantes pour donner envie d’en tourner les pages, ce cahier trouve sa place aux côtés des autres ouvrages de la collection et prouve que, même lorsqu’il change de visage, le gentleman cambrioleur sait toujours comment attirer notre attention… et dérober quelques heures de notre temps.

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