After God – Tome 8 & 9

After God continue son petit bonhomme de chemin et enchaîne moments forts et révélations à tel point que l’on ne sait plus vraiment à quel dieu se vouer. Alors que les motivations des uns et des autres se rejoignent parfois pour mieux se contrarier par la suite, l’intrigue de Sumi Eno se complexifie et ce ne sont pas les tomes 8 et 9 qui vont apporter une pause au lecteur pour lui permettre de remettre les événements dans l’ordre. Apparu chez les revendeurs le 18 février 2026, le tome 9 d’After God voit Tokinaga prendre des risques inconsidérés, Obikawa s’interroge sur le bien fondé de ses actions et Waka retrouve une mémoire qu’elle n’est pas censée avoir. Une lecture exigeante qui nous a retourné la foi.

Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.

Divina Commedia

Pardonner aux divinités ? Impossible…

Alors que des divinités ont envahi le Japon, la jeune Waka cherche à s’introduire dans cette zone dangereuse de Tokyo, bien décidée à retrouver son amie disparue. Seulement, la jeune fille est habitée par “quelque chose”… S’agit-il du déclencheur de la ruine et de la destruction ? Ou bien est-ce l’arme qui sauvera le monde ?
Sumi Eno explore le thème du déicide dans le monde contemporain avec des scènes extraordinairement détaillées et violentes qui sont sa marque de fabrique. Mais elle n’hésite pas non plus à ponctuer son récit de moments plus légers et drôles qui humanisent ses personnages.
Avec After God, Sumi Eno signe une œuvre intensément perturbante, mais dont la maestria graphique vous emporte aux frontières des pouvoirs et de la manipulation.

Glénat

Dans After God, les dieux ne sauvent pas l’humanité, ils la contaminent. Appelées IPO, ces divinités ont ravagé le monde il y a trente ans, laissant Tokyo à moitié inhabitable. C’est dans cette capitale empoisonnée que Tokinaga, vétérinaire pour l’Institut anti-divinités, croise la route de Waka Kamikura, une adolescente prête à tout pour venger son amie morte au contact d’un dieu. Mais leur rencontre tourne court lorsqu’une humaine asservie à la divinité Ahwaz les attaque. Waka révèle alors son secret : derrière ses lunettes noires se cachent des yeux semblables à ceux des IPO. Et lorsque la vérité éclate sur le sort de son amie Shion, Waka laisse enfin parler Alula, l’IPO qui sommeille en elle, et terrasse son ennemie. Conduite à l’Institut, surveillée, étudiée, Waka devient à la fois espoir et menace.

Elle s’installe près de Tokinaga et rencontre Obikawa, modeste employé qui dissimule lui aussi une divinité, Orokapi, le dieu-serpent, prêt à pactiser avec les humains. Pendant ce temps, Ahwaz tisse sa toile, recrute de nouveaux fidèles et entraîne Waka dans le palais labyrinthique de Volof, un IPO instable, incapable de comprendre la mort, mais prompt à promettre des illusions de bonheur. L’affrontement laisse des traces. Volof disparaît, Orokapi fait un choix radical, et Tokinaga ressort marqué, son corps peu à peu gagné par les stigmates d’une maladie inconnue. À l’Institut, une décision s’impose : les humains liés aux IPO sont désormais la priorité et pour sa sécurité, Waka doit quitter Tokyo. Avant son départ, elle demande un dernier rendez-vous à Tokinaga, qui accepte de l’accompagner.

Cependant, loin de l’espoir de la jeune fille de passer un moment seule avec lui, le vétérinaire compte bien mettre ce temps à profit pour s’entretenir avec Alula. Alors que la divinité s’incarne dans le corps de Waka, commence pour Tokinaga une conversation qui va changer le cours des événements en demandant à Alula de taire ses pouvoirs à Waka et à Obikawa en échange de sa vie. Être déviant, l’employé de l’Institut craint la violence et la souffrance tout autant qu’il la désire pour lui-même et son but est d’être tué par une Alula au fait de sa gloire, ce que la divinité réincarnée n’est pas encore. Toutefois, avant ce funeste destin, il espère pouvoir débarrasser le monde des IPO qui le contaminent.

Une fois le rendez-vous terminé, le retour de Waka à Saga est annulé, et le couple retourne à l’Institut, non sans que les pouvoirs de Tokinaga n’aient été découverts par Yako, femme aveugle et partisane d’Ahwaz. Alors que le passé de Yako est révélé, le vétérinaire reçoit une demande d’aide totalement inattendue. 

L’enfant et l’oiseau

Depuis que les divinités s’y sont installées, Tokyo est devenue une zone dangereuse. À la demande de Tokinaga, Obikawa (alias Orokapi) accepte de lui fournir une “drogue”. Incapable de savoir s’il a eu raison d’agir ainsi, Obikawa se rend à la bibliothèque en quête d’une réponse. Mais c’est là que se cache Yaeko, une fillette qui vit aux côtés de Yako. Lorsqu’elle active le pouvoir que lui a donné la divinité Ahwaz, la bibliothèque bascule dans le chaos…

Glénat

Après avoir vu débarqué chez lui Yuma, à la fin du tome 7 d’after God, Tokinaga demande au garçon de lui donner tous les renseignements dont il dispose pour sauver ses sœurs, Yaeko et Kurumi. Mais il est interrompu par Obikawa furieux contre le garçon qui a essayé de le contrôler avec ses bonbons vivants. Une fois calmé, l’IPO annonce à Yuma qu’il ne peut plus retourner auprès d’Ahwaz après avoir évacué l’eau de la divinité, lui permettant de vivre près d’elle sans décéder et à Tokinaga qu’il ne pourra pas le voir durant deux semaines, étant mis en quarantaine pour une batterie d’examens.

Après avoir envoyé le garçon en sécurité dans l’ouest, le vétérinaire commence à dépendre de la drogue synthétisée par Orokapi, ce qui perturbe le serpent qui y voit une réminiscence de ce qu’il s’est passé avec Volof. De son côté, Waka se pose de plus en plus de questions sur la divinité en elle ainsi que sur le comportement suspect de Tokinaga. Orokapi et Waka vont alors décider de se rendre à la bibliothèque afin d’y trouver des réponses, mais rien ne les a préparés à ce qui les y attend ni à ce qui va en découler.

Découvrez un extrait d’After God – Tome 8 ici !

Déjà vu

Depuis que les divinités s’y sont installées, Tokyo est devenue une zone dangereuse. En voyageant dans le temps, Tokinaga a jusqu’à présent réussi à préserver la population de la région des pires maux. Seulement, Wauke, qui connaît son pouvoir particulier, lance une offensive contre l’institut de recherche anti-divinités. Tokinaga a pris toutes les mesures nécessaires pour vivre une deuxième version de cet affrontement, mais Wauke tente un coup de poker qui entraîne des dégâts au-delà de toute prévision…

Glénat

Désormais transformé en chien par le pouvoir de Yaeko, Tokinaga se retrouve face à Yako et Wauke venus récupérer les fillettes. Si l’homme ne se doute de rien, Yako identifie le membre de l’Institut à son odeur et décide de s’en débarrasser, forçant Sachiyuki à remonter dans le temps pour tenter de les faire interpeller. Au fait des pouvoirs du jeune homme, Yako comprend le piège et laisse les filles seules au parc. Désormais conscient de devoir intervenir pour se débarrasser de ceux qui menacent Ahwaz, Yako et Wauke montent un plan pour pousser Waka et Tokinaga à s’entretuer après avoir fait disparaître Yoriko. Pour cela ils comptent utiliser Kurumi qui a le pouvoir de se transformer en fantôme afin de manipuler Waka en la laissant assister à une conversation entre Wauke, devenu un homme gaz, et vétérinaire…

Lisez un extrait d’After God – Tome 9 ici !

Braindead

Je l’avais déjà évoqué dans ma dernière critique d’After God, mais l’intrigue du manga, déjà passablement complexe, se densifie encore plus au sein des derniers tomes sortis. Maintenant que le lien entre Nisrokha et Tokinaga est établi et que ce dernier ne cache plus du tout au lecteur l’utilisation de son pouvoir de remonter dans le temps, l’enchaînement des événements n’en est que plus difficile à suivre. C’en est au point qu’il m’a fallu plusieurs lectures et autant de temps de réflexion pour tenter de mettre un peu d’ordre dans le récit de Sumi Eno, sans totalement y parvenir à ma grande honte. Le nom de Nisrokha m’évoquant d’emblée quelque chose, j’ai fini par retrouver sa trace dans le tome 7 d’After God, où l’autrice évoque son influence sans pour autant tout dévoiler.

Nisrokha est en effet inspiré de Nisroch, divinité assyro-babylonienne mentionnée dans la Bible au livre d’Esaïe, chapitre 37, verset 38. Bien que découlant d’une erreur de traduction et n’ayant jamais appartenu au panthéon assyrien à proprement parler, ce dieu à tête d’aigle aurait présidé à l’agriculture et/ou à la Lune, versé dans l’art du combat. Dans la tradition biblique, Nisroch est un ange, gardien originel de l’arbre de la connaissance du jardin d’Eden, déchu après avoir fait preuve d’orgueil, puis élevé au rang de divinité par les Assyriens. Voilà qui donne un nouvel éclairage sur les propos de Nisrokha concernant les IPO quand ce dernier parle de « récolte » et de « culture », ainsi que sur sa détestation d’Orokapi, un serpent, comme celui qui a tenté Ève. Il serait donc le jardinier ayant planté les graines des IPO afin de s’assurer une source de nourriture.

Je m’interroge toutefois sur son besoin de s’allier avec Tokinaga et sur ses liens, à peine évoqués, avec Waka, qui serait non plus une lycéenne lambda mais une sorcière ayant vécu auprès de la famille du vétérinaire. Les motivations de l’IPO restent un mystère total : si sa puissance est capable de créer des divinités, pourquoi aurait-il besoin de l’aide des humains ? Et si les IPO ne sont que du carburant pour le dieu-oiseau, pourquoi Tokinaga n’attendrait-il pas simplement la récolte pour s’en débarrasser ?

En tout état de cause, une chose est certaine : After God est une lecture qui attend beaucoup de ceux qui auront le courage de parcourir ses planches. Arpenter le monde de Sumi Eno se mérite, ne serait-ce que par l’exigence de réflexion qu’il suscite. Pour autant, si cet effort ne rebute pas, After God vous ouvre les portes d’un univers aussi fascinant que malaisant qui, personnellement, me fascine autant qu’il me perturbe. Or, je suis désormais trop impliquée émotionnellement et intellectuellement pour ne pas aller jusqu’au dénouement. En attendant ce dernier, je vais patienter jusqu’au prochain volume d’After God, dont la date de sortie reste pour l’instant inconnue.

Pour conclure…

After God n’est pas un manga qui se laisse apprivoiser facilement, et les tomes 8 et 9 en sont la démonstration la plus éloquente. Entre les allers-retours temporels de Tokinaga, les tractations souterraines entre humains et divinités, et l’émergence d’un Nisrokha dont les contours mythologiques éclairent d’une lumière nouvelle les métaphores agricoles qui jalonnent le récit, Sumi Eno exige de son lecteur une attention de tous les instants. Le jardinier qui cultive les IPO comme une récolte, la détestation d’Orokapi le serpent, les liens encore flous entre Nisrokha, Tokinaga et une Waka qui serait peut-être bien plus qu’une lycéenne ordinaire : les questions s’accumulent sans que les réponses ne se pressent. Et c’est précisément là que réside le piège tendu par l’autrice : on entre dans After God pour une histoire de lutte contre des dieux dont dépend la survie de la race humaine, on en ressort avec la foi en un final fascinant où tout prend alors sens et l’impossibilité d’en rester là. Exigeant, insaisissable et malaisant à la fois, After God est le genre de série qui ne mérite pas seulement d’être lu, mais d’être étudié. Le prochain tome ne saurait tarder trop longtemps du moins l’espère-t-on.

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