Avec Super Ball Girls, une nouvelle série de l’auteur de Blue Lock, Muneyuki Kaneshiro, quitte définitivement le monde du football pour nous emmener dans le quotidien d’un jeune homme, Eita Ichiyoshi, dont la vie quotidienne est morne et sans intérêt mais en passe d’être chamboulée. L’auteur est accompagné par l’artiste Akira Hiramoto, qui a notamment illustré le magnifique Me and the Devil Blues. Une équipe de choc pour une nouvelle série haute en couleurs et riche en rebondissements (clin d’œil) en tous genres…
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
« De toute façon, ‘le meilleur’, ça n’a jamais été pour moi… »
Eita Ichiyoshi est l’un de ces losers résignés et persuadés que sa condition ne pourra jamais s’améliorer.
Balle qui Roule…
Eita Ichiyoshi est un jeune homme employé dans une fabrique de chocolat. Las de sa vie monotone, il rêve que celle-ci se transforme pour devenir plus palpitante. C’est en rentrant chez lui après une journée de travail qu’une balle magique va littéralement tomber du ciel. En la ramenant chez lui, et en jouant avec, une jeune et jolie femme va en sortir (complètement nue !). Sa nouvelle vie peut enfin commencer…
Il convient, avant d’aller plus loin, de préciser que malgré de nombreuses similitudes dans le pitch de départ, il ne s’agit pas ici d’une histoire façon Chobits, mais bien d’un manga adressé à un public averti. En effet, ce dernier comporte son lot de nudité et de scènes explicites qui ne s’adressent nullement à un jeune public. Maintenant que les choses sont dites, allons retrouver Eita pour aller plus loin dans le déroulé de l’histoire, sans spoilers majeurs, bien entendu.


Cette jeune femme sortie de la balle magique semble empressée de rouler des pelles au protagoniste. Ce dernier ne se fait évidemment pas prier. Quelle n’est pas sa surprise (et la nôtre !) de constater que ce baiser semble provoquer la création de nouvelles balles magiques, qui elles aussi, en se cognant contre les murs, lors de leur expulsion du dos de la jeune femme, se transforment en quatre autres beautés (toujours nues…). C’est ici que commence le périple d’Eichi, qui va devoir gérer son abstinence en vivant avec ce harem de femmes (et qui sera donc mise à rude épreuve) pour éviter la propagation d’autres balles.
Mais le soir de Noël, lorsqu’il lance une étrange balle rebondissante ramassée dans la rue, la fille de ses rêves débarque sous ses yeux, comme tombée du ciel !
Soleil Manga
Chocolat et Cinéma
Ce qui m’a le plus marqué dans les premières pages de Super Ball Girls, c’est l’utilisation du langage familier, parfois vulgaire, utilisé par les personnages, et en particulier le collègue d’Eita, que l’on va suivre pendant les premières pages de l’œuvre. J’ai trouvé que cela donnait un ton de série B (voire Z), un peu comme lorsque l’on regarde un nanar à la VF très argotique. D’ailleurs, pour faire un parallèle avec le genre cinématographique, on y retrouve également ce mélange entre horreur et sexy, notamment pour ce qui est du corps de la femme, un peu comme si les Gremlins avaient rencontrés Weird Science.


Hormis la question du langage, le ton est rapidement donné lorsque l’on nous explique le fétichisme du protagoniste pour les bouches féminines, et l’obsession qu’il a pour ces dernières depuis son plus jeune âge. On y retrouve sans grande surprise les classiques du genre, comme le filet de bave lors des embrassades, ainsi que les quiproquos et poses plus que suggestives qui les accompagnent. Le tout pour illustrer le cliché du gars lambda qui a raté sa vie et qui, malgré lui, se retrouve entouré de nanas super sexy qui ont toutes envie de lui. À la seule différence qu’ici il est sous-entendu entre les lignes que ces sympathiques jeunes femmes venues d’on ne sait où se servent de l’attrait qu’elles exercent sur les hommes pour se reproduire et créer plus de balles magiques, et donc de versions de leur race.

Une chose est sûre : pour les considérations féministes, passez votre chemin ! Ici, la femme, et surtout son corps (rien que là, il y a un raccourci qui est fait…) n’est qu’un objet, une chose. En effet, il est plusieurs fois fait mention d’ ”élever” ces créatures comme s’il s’agissait de drôles d’animaux. L’auteur va même jusqu’à profiter qu’elles ne soient pas considérées comme humaines pour que Eichi leur vole un baiser… En parallèle, il y a de brèves tentatives de tenter d’humaniser ces cinq filles, quand au bout d’une semaine (!!!) Eichi trouve de bon ton de leur trouver un nom. Sauf qu’il ne souhaite pas que leurs noms soient de simples numéros car il trouve ça trop déshumanisant…
Cela sonnerait bien si cela ne faisait pas plusieurs chapitres entiers que ces femmes sont traitées comme de vulgaires morceaux de viande et objets sexuels… Plutôt ironique… D’autant que l’auteur semble enchaîner les lieux communs puisqu’il arrive à retourner une scène de harcèlement où l’harceleur devient la victime…

Et ce n’est que le début des surprises ! Il se retrouve bientôt entouré de quatre incroyables nymphettes…
Il voulait que sa via change ? Il va être servi…
Soleil Manga
Fondu de Toi
Le style graphique de Super Ball Girls est agréable et plutôt dans la norme. Là où il tire son épingle du jeu c’est dans les chara designs plus horrifiques, ou qui veulent exprimer la folie. En effet, les visages sont alors déformés, les yeux sont grands et reflètent vraiment la détresse du personnage, les dents sont pointues, cernées de noirs… Autre caractéristique de ce Super Ball Girls, c’est l’auto-censure.

En effet, le titre nous expose une galerie de femmes qui vont être la plupart du temps dénudées, mais l’auteur choisit de censurer la poitrine ou les parties génitales. Certes, cela permet de s’adresser à un plus large public de cette manière (encore que…), en restant dans le ecchi sans tomber dans le hentai. De plus, le titre possède une réelle dimension slapstick qui elle, par contre, fait réellement mouche. Il regorge de plusieurs scènes burlesques et semi-gores vraiment marrantes cette fois. Cela permet de contrebalancer le côté déjà-vu de l’histoire classique de harem.
Sans être désagréable à lire, ce n’est pas non plus le meilleur moment que j’ai passé sur un manga. L’histoire est sympathique et pourrait prendre une tournure vraiment intéressante dans les prochains tomes si elle arrive à s’affranchir du côté ecchi du manga pour embrasser complètement le côté horrifique. Quelles sont les conséquences si ces jeunes femmes continuent de se multiplier ? Quel impact cela aura sur le monde ? Et d’où viennent-elles ces créatures bizarroïdes et pourtant si féminines ?




