Victoria Jamieson est une auteure américaine, illustratrice pour enfants et jeunes adultes. Après un premier livre à succès sorti pendant sa troisième année d’études en design, elle décide finalement de se tourner vers l’illustration. Ayant elle-même joué au Roller Derby, c’est une histoire en partie biographique que l’auteure nous propose avec Roller Girl. Enfilez vos patins et suivez-moi !
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.


Roller Derby Kesako ?
Le Roller Derby est un sport de contact majoritairement féminin qui se pratique en patins à roulettes. Le sport se pratique sur une piste, où deux équipes vont s’affronter. Le but est de dépasser en un temps donné les adversaires sans se faire projeter hors de la piste.
Astrid, 12 ans, est inséparable de sa meilleure amie, Charlotte. Jusqu’au jour où elle découvre le Roller Derby.
Nous suivons Astrid, une adolescente de 12 ans et sa meilleure amie, Charlotte. Très fusionnelles, toujours ensemble et partageant les mêmes passions, c’est régulièrement que la maman d’Astrid emmène les deux jeunes filles dans des sorties culturelles. Habituellement ces visites ne trouvent pas grâce aux yeux des adolescentes, jusqu’au jour où elles assistent à un match de Roller Derby. Pour Astrid, c’est un véritable coup de foudre. Bien décidée à intégrer le club de sa ville, elle va s’y inscrire lors d’un stage. Malheureusement, le coup de foudre pour le sport à roulettes n’a pas le succès escompté auprès de sa meilleure amie, lui préférant la danse. Cette première rupture dans cette amitié va questionner cette dernière. Comment celle-ci va évoluer ? Va-t-elle survivre à ce changement dans leur relation ?
Après avoir assisté à un match, elle tombe amoureuse de ce sport intense et décide de s’y inscrire pour un camp d’été – même si Charlotte, elle, a choisi une autre discipline.
404 Éditions
L’Âge Ingrat
L’histoire se décline en 16 chapitres, et ce qui est sûr, c’est qu’avec Roller Girl, on saute à pieds joints dans la sous-culture qu’est le Roller Derby autant qu’on retourne en adolescence. Tous les codes propres à cette discipline s’y trouvent. En effet, les esthétiques telles que les films d’horreur, le rockabilly, le punk ou le pin-up sont des imageries qui vont imprégner ce sport. L’esprit d’équipe est un thème fort présent et mis en avant, en contradiction avec les thèmes très autocentrés que peut avoir une adolescente de 12 ans comme Astrid. La place des parents et les étapes par lesquelles peuvent passer les jeunes générations sont également représentées, que ce soit à travers des sujets comme le sentiment de surprotection, le mensonge, le style vestimentaire qui s’émancipe, …

De plus, le Rollers Derby est l’un des seuls sports dominés par les femmes, ce qui crée une forte identité féministe. Dans Roller Girl cela se traduit par tout un panel de personnages hauts en couleurs, des filles qui sortent des conventions et des cases habituelles, que ce soit par leurs piercings, leurs tatouages, leurs cheveux colorés, leur esprit rebelle, leurs tenues et accessoires, et bien entendu, leur nom de scène ! Comme pour le catch, chaque patineuse s’affuble d’un pseudonyme pour courir, qui la représente d’une manière ou d’une autre. Vous l’aurez compris, l’un des thèmes centraux sera l’imagerie de la femme, mais nous naviguerons, ou plutôt patinerons, à travers d’autres thèmes, tels que l’amitié ou le passage à l’adolescence, et, bien entendu, le sport et la discipline qu’est le Roller Derby.
Les thèmes habituellement perçus comme “féminins” tels que le vernis à ongles, le maquillage, les fringues, ou les mecs, sont ici remis en question et même diabolisés par Astrid, qui les considère comme limitant et superficiels. On retrouve également des thèmes propres à l’adolescence comme l’émancipation de deux personnes dans des domaines différents qui vont finalement les éloigner. Mais aussi la rencontre de nouvelles personnes partageant nos loisirs et avec qui on va passer plus de temps et de plaisir qu’avec d’anciens camarades créant du doute ou de la jalousie.

Au fil de son apprentissage, Astrid devra surmonter ses craintes, trouver sa propre voie et s’entraîner dur pour devenir une véritable Roller Girl.
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Ça Roule ?
Lorsque j’ai eu Roller Girl en main, ce qui m’a tout de suite sauté aux yeux c’est le dynamisme de la couverture. Toute de jaune vêtue, souple, avec une illustration d’Astrid en tenue de Roller Derby en train de patiner, en vernis sélectif, on a l’impression qu’elle va surgir hors de la couverture. Toutes les couleurs sont contrastées et saturées. On a vraiment une impression de joie et de bonne humeur, qui se prolonge à l’intérieur de l’ouvrage, ce dernier étant intégralement en couleur. On comprend à la couverture, aux couleurs et au style de dessin que la lecture va être dynamique, rebondissante.

Le format est plus petit qu’une bande dessinée franco-belge, en effet, il s’agit ici en réalité d’un comics, et le livre adopte donc le format standard anglo-saxon, et le nombre de pages est plutôt conséquent (16 chapitres, pour rappel). Couplé à cela, le style du dessin, très décontracté, que j’ai associé aux dessins de livres éducatifs scolaires, ou de certains blogs bd, est à la fois naïf mais efficace. Le style est simple, avec des corps souples en ligne claire, des visages très émotifs. Les proportions ne sont pas toujours très réalistes, on sent que le dessin n’est là que pour illustrer, pas pour véhiculer de lui-même une émotion. Ce côté “sans prise de tête” et spontané donne au livre un côté journal intime illustré.

La découpe des cases se rapproche de celles de bande dessinée conventionnelle, bien que celles-ci soient plus grandes et moins nombreuses par page. De temps à autre, pour marquer un moment important, nous aurons droit à une splash page (une grande illustration sur toute une page). Ces dernières semblent plus soignées que le reste de la bd, et valent le détour. Ajoutons à cela, le peu, voir pas, de détails dans les arrière-plans qui se contenteront d’être de simples aplats de couleurs. Et nous avons Roller Girl. Attention donc à ne pas s’attendre à une œuvre d’art visuelle très aboutie, mais plutôt à une BD pour enfant/jeunes adultes qui va à l’essentiel mais qui réussit très bien à développer son propos.
Comme sur des Roulettes
Roller Girl se lit vraiment très facilement, il est léger, drôle et j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures et mésaventures d’Astrid, son apprentissage du Roller Derby ou encore l’évolution de son amitié avec Charlotte, bien que l’immaturité de leurs réactions m’ait dérangée de temps en temps (je vieillis). Le dessin n’est, à mon sens, pas le point fort de cet ouvrage mais ne représente pas non plus un défaut en soi.
Abordant des thèmes intéressants et importants à travers la discipline qu’est le Roller derby, cette BD pourrait plaire aux plus jeunes d’entre vous, ou à une petite ado de votre entourage. Le dynamisme du dessin et l’humour, ainsi que les pleines pages présentes çà et là dans l’ouvrage, et enfin le personnage attachant d’Astrid, donnent envie d’en savoir plus et de constamment tourner les pages sans même s’en rendre compte.




