Rencontre avec Brigitte Lecordier – Japan Expo 2022

Photo de Cinealtas avec "Brigitte Lecordier"

C’est au détour d’une allée de la Japan Expo 2022 que nous avons eu la chance de rencontrer Brigitte Lecordier. Comédienne de doublage emblématique depuis la fin des années 80, elle a donné sa voix à des personnages aussi célèbres que Son Goku, Bouli, Oui-Oui, Gavroche ou Bart dans Ken le survivant. Elle a accepté de se prêter au jeu d’une interview pour revenir sur sa carrière et sur son métier qu’elle affectionne tant.

  • GBG : Bonjour Brigitte Lecordier, merci beaucoup de nous accorder cette interview, vous qui avez bercé l’enfance de nombre de nos lecteurs.

Brigitte Lecordier : Tant mieux ! (rire)

  • GBG : Je ne sais pas s’il est vraiment besoin de vous présenter puisque vous êtes quand même l’une des comédiennes de doublage les plus connues, en France du moins. Mais pour ceux qui éventuellement vivraient dans une grotte depuis des années et ne vous connaîtraient pas, on va quand même tenter de répondre à la question : Brigitte Lecordier, qui êtes-vous ?

Brigitte Lecordier : Eh bien je suis comédienne, mais je suis une comédienne un peu particulière, parce qu’on me connaît surtout pour ma voix, et surtout pour des voix de dessins animés notamment japonais tels que Dragon Ball, Ranking of Kings plus récemment et puis des créations françaises comme La Petite Mort, Peepoodo, Bonne nuit les petits, etc.

Bonne nuit les petits ou nicolas était doublé par "Brigitte Lecordier"
  • GBG : Je sais que vous venez du monde du cirque et que votre rêve de petite fille était d’être un clown. Comment passe-t-on du cirque et d’un personnage de clown quasi muet et timide au doublage ?

Brigitte Lecordier : On est venu me chercher au cirque parce que j’étais une petite personne assez marrante et assez mobile, et qu’on avait besoin de moi pour une pièce de théâtre qui s’appelait Autosatisfaction, qui se jouait au TEP à Paris. Du coup, je suis partie dans l’aventure du théâtre, ça a fait boule de neige, ça ne s’est jamais arrêté. On vient te chercher pour un rôle, puis on t’en propose un autre, puis un autre, puis un autre. Et voilà, ça s’enchaîne comme ça en fait.

  • GBG : Et tout ça sans formation du coup. Vous l’avez dit, vous avez fait du théâtre. Vous avez été formée sur le tas ?

Brigitte Lecordier : Alors, j’ai été formé sur le tas, mais quand même, j’ai fait une formation. D’abord, j’ai été formée comme clown. Ensuite, je suis allée au cours de Pierre-Olivier Scotto qui est un excellent pédagogue avec qui je me suis bien entendue. On a fait d’ailleurs une de mes premières pièces qui s’appelait 1981, qui était un peu une satyre des années quatre-vingts et de ce qui s’y passait, un peu à la Canard Enchaîné. On écrivait tous nos sketchs et… puis voilà, c’est parti. Ce professeur m’a appris à dire du texte classique, à savoir rire, pleurer, chanter, tout faire. C’est un excellent professeur qui sortait de la comédie française, qui était très très jeune à l’époque et qui fait encore beaucoup de mise en scène aujourd’hui.

  • GBG : J’ai vu sur une de vos interviews une petite anecdote qui me touche personnellement (NDR : je suis la maman d’un ado autiste asperger) je sais que vous avez incarné au théâtre un autiste…

Brigitte Lecordier : Une magnifique pièce qui s’appelait Au milieu de nulle part. Et vraiment, j’ai un souvenir incroyable, d’ailleurs les gens qui l’ont vu ont aussi un souvenir magique de cette pièce.

  • GBG : Comment on travaille un rôle comme celui-là ?

Brigitte Lecordier : Ça a été très difficile. D’abord, j’avais lu le livre de Bettelheim dont a été tirée la pièce (NDR : Le livre en question se nomme La Forteresse vide), parce que dans la pièce mon personnage est celui de Joey. Bettelheim est un scientifique américain qui avait déclaré, dans les années 70, que s’il y avait des enfants autistes c’était la faute des parents et beaucoup la faute des mamans. Il était parti sur ce principe-là, mais en même temps il pensait que ses enfants avaient un intérêt, qu’ils étaient soignables. Donc il avait construit toute une structure aux Etats-Unis pour soigner les autistes qu’il retirait de leur famille pour essayer de leur apprendre des choses et parfois ça marchait.

Livre ayant inspiré la pièce de "Brigitte Lecordier" Au milieu de nulle part
  • GBG : Ça dépend en fait de l’autisme parce qu’en fait il y a autant de formes d’autisme que d’autistes. C’est très compliqué. Mais c’est vrai que ce que vous me dites, ça me parle parce que c’est un peu mon vécu aussi.

Brigitte Lecordier : Il y avait une culpabilité terrible sur les parents. Moi, j’interprétais Joey. C’est un petit garçon qui reliait tout avec des fils électriques ou des fils. Avec une ficelle, il aurait relié la table à la caméra, la caméra à la porte, il reliait tout et du coup Bettelheim en a fait un électricien.

  • GBG : Ce qui n’est pas bête. (rires)

Brigitte Lecordier : Oui, il avait fallu que je me mette dans sa tête, j’avais pris une petite radio d’autoradio et j’avais mis des fils qui sortaient de partout. Il avait un tic, c’était de toujours tirer sur les fils, plus il était ennuyé, plus il tirait. C’était un rôle extraordinaire ! J’étais pratiquement seule en scène, c’était un peu comme le petit prince. Au début, on me voit dans un truc où je dis que j’appelle une tour de contrôle. J’explique que je suis seul au monde, que je suis tombé au milieu de nulle part, dans le désert australien qui s’appelle le milieu de nulle part et qui l’est vraiment je pense pour le coup (rires).

Une tour de contrôle entre en contact avec moi, commence à me parler et à me faire faire des choses, ce que j’accepte. Et je raconte une histoire abracadabrante d’un avion qui s’est écrasé, dont je suis le seul survivant, etc. Au fur et à mesure, la tour de contrôle, qui continue de me parler tout du long, me dit qu’il faut dormir par moment, me dit qu’il faut manger aussi. Puis au fil du spectacle, tu te rends compte que cet enfant il est pas au milieu du désert, qu’il y a quelque chose. Il a dit un truc tout à l’heure, mais là il ne dit plus la même chose et ça avance, ça avance, ça avance.

À la fin, tu t’aperçois que cet enfant il est au milieu de son bac à sable, que la cage à écureuil c’est son avion et que sa radio c’est juste une boîte. J’avais pris d’ailleurs un autoradio, c’est une sorte de boîte en métal. Finalement, j’accepte de me faire soigner, donc je prends ma radio, je la pose dans le bac à sable et la tour de contrôle me demande : « mais tu n’oublies pas quelque chose ? », ce à quoi mon personnage répond : « maintenant, je la laisse là pour d’autres enfants » et je m’en vais. Les gens étaient vraiment très frappés par ce personnage qui était magnifiquement écrit. J’adorerais la rejouer d’ailleurs.

  • GBG : Et ce serait d’intérêt public d’ailleurs. L’autisme étant un handicap qui est de moins en moins inconnu vu qu’on en parle de plus en plus.

Brigitte Lecordier : C’est vrai qu’il faudrait la remonter. Après, je sais pas si je pourrais encore la jouer aujourd’hui. Au niveau vocal, ça marcherait, mais un petit personnage enfantin ? Parce qu’à l’époque, ça faisait vraiment l’image. J’avais la bouille qu’il fallait, la voix qu’il fallait et ce gamin, tu le voyais vraiment. C’était le petit prince, mais au fur et à mesure, tu te rends compte qu’il a un petit souci (rires).

  • GBG : Vous pouvez nous parler un peu de votre période Club Dorothée ?

Brigitte Lecordier : C’est une période chouette pour moi, même si c’est une période où j’ai énormément travaillé, parce que d’un seul coup il y avait l’explosion des chaînes de télé. On est passé d’une chaîne à 3 chaînes et de 3 chaînes à 40 chaînes, donc il fallait beaucoup fournir, on travaillait jour et nuit et on était très peu. Mais en fait, le Club Dorothée lui-même, on l’a très peu connu puisque eux ils enregistraient au rez-de-chaussée, nous on enregistrait au premier et on ne se croisait quasiment pas.

Le Club Dorothée pour lequel "Brigitte Lecordier" travaillais

On se voyait à la cantine avec Dorothée, on se faisait coucou. Les Musclés aussi, c’était des potes, mais on se faisait coucou et hop ils retournaient travailler en bas et nous, on allait travailler en haut. C’était en flux tendu, à peine ce qu’on doublait était fini d’enregistrer que c’était monté et diffusé tout de suite à la télé. Cette période était dingue ! C’était un peu le Netflix d’aujourd’hui, ces espèces de plateformes qui explosent et qui donnent un travail fou aux comédiens.

"Les musclés" musiciens de Dorothée
  • GBG : Ça reste un bon souvenir rétrospectivement ?

Brigitte Lecordier : Ah oui, oui, très bon ! Moi je faisais partie des gens très jeunes qui dirigeaient. Je crois que j’étais la plus jeune personne à diriger d’ailleurs.

  • GBG : Déjà à l’époque, vous dirigiez des acteurs ?

Brigitte Lecordier : Disons que le dessin animé est arrivé pratiquement en même temps que moi sur les chaînes de télé et mes aînés ne connaissaient pas le dessin animé. Ils connaissaient les séries et les films, mais le dessin animé pour eux c’était Bugs Bunny et les films de Disney. Là, d’un seul coup, ils voient arriver des trucs avec des cheveux pointus, des choses comme J’aime la gym ou Vas-y Julie ! Donc ils m’ont dit “tu es jeune, c’est ta génération, vas-y dirige ça, tu connaîtra mieux que nous !”. Mais je ne connaissais pas mieux qu’eux, simplement Je me suis jetée à l’eau.

"Bugs Bunny" symbole des vieux dessins animés

Je suis allée voir les chaînes, je me souviens, j’avais été voir les responsables de la 5, et je leur ai demandé ce qu’ils voulaient dans leurs dessins animés. Parce que souvent, par exemple pour Vas-y Julie, on ne recevait pas les films doublés en japonais mais doublés en italien. Du coup, on ne comprenait rien, parce que s’ils n’avaient pas compris une phrase en japonais ils s’en fichaient, ils redisaient deux fois la même chose, ce qui donnait parfois des choses comme : “Bonjour Monsieur, Bonjour Monsieur, Bonjour Monsieur”. Ils n’en avait rien à faire puisque pour ces gens-là, pour cette génération-là, le dessin animé était d’abord destiné aux enfants. Donc on peut faire ce qu’on veut, ils ne s’en rendront pas compte. C’était exactement ce sentiment-là, sauf que ces gens se sont trompés.

Du coup, quand je suis arrivée à la 5 et que je leur ai demandé ce qu’ils voulaient, ils m’ont répondu : “Fais ce que tu veux !”. Eh bien, j’ai fait ce que j’ai voulu ! Donc j’ai pris des supers auteurs que j’aimais bien, dont mon mari, puis j’ai fait un choix de comédiens que j’estimais, des jeunes, des moins jeunes, je mélangeais des gens qui arrivaient, des gens avec qui avaient de l’expérience, ça a donné des équipes de dessins animés et on s’est éclatés, mais vraiment ! On a pu faire ce qu’on voulait, nous n’avions aucun ordre. Le problème, c’est que certaines équipes on fait n’importe quoi, ce qui a amené à ce que maintenant tout soit contrôlé, même trop à mon goût. Aujourd’hui, on ne peut plus rien dire.

  • GBG : Vous avez été la créatrice d’un certain nombre de gimmick iconiques comme le “tanananana !” de Son Goku, comment est-ce que ça vous est venu ? Vous jouissez toujours de la même liberté qu’à l’époque lors des séances de doublages ?

Brigitte Lecordier : Aujourd’hui, je ne peux plus le faire. D’ailleurs, je crois que le “tanananana !” a été supprimé. C’est dommage parce qu’en fait on me reproche que ce ne soit pas japonais, mais non ce n’est pas japonais puisque c’est la version française. En ce moment, quand ils remasterisent les vidéos, ils enlèvent le nuage magique et mettent kinto-un à la place. Je ne comprends pas pourquoi on met un nom japonais d’un coup pour appeler mon nuage ?

Le "nuage magique" de Son Goku

Parce que Kinto-un, ça veut dire nuage kinto, mais je ne vais pas dire “nuage kinto !”, ce serait bizarre ! Ils ont laissé le nuage Kinto, même si j’ai dû en dire un dans toute ma carrière et qu’ils le recollent à chaque fois. Ça n’a pas de sens. Je ne faisais jamais le même nuage magique, quand je partais à l’attaque ce n’était pas la même façon de l’appeler que quand j’étais content ou que j’allais faire une farce à Tortue Géniale. C’est dommage.

  • GBG : À l’époque du Club Dorothée, comment étiez-vous perçue, vous les comédiens de doublage d’animation japonaise, par les autres professionnels du métier ? Est-ce que ce regard a changé aujourd’hui ?

Brigitte Lecordier : Ça dépend. De toute façon, nous étions tous comédiens. On allait jouer au théâtre, au cinéma, à la télé et il n’y avait pas de hiérarchie, il n’y en a jamais eu. Sauf aujourd’hui, il y a une petite hiérarchie entre les gens qui font du dessin animé et les gens qui font du film. Mais ça leur passera. Mais, par exemple, mon agent qui était un agent de cinéma et de théâtre, m’interdisait de mettre sur mon CV que je faisais du doublage. C’était très mal vu, c’est comme la pub, tu ne pouvais pas dire que tu en faisais. Tu pouvais en faire, mais sans que ça se sache. Donc elle me disait de ne surtout pas dire que je faisais du doublage. À l’époque, je devais faire Bonne nuit les petits et tout ça, et ça horrifiait mon agent.

  • GBG : Et le regard a changé maintenant ?

Brigitte Lecordier : Maintenant oui. Maintenant, tout le monde veut faire du doublage, même les stars. Je me souviens d’une émission que j’ai faite avec Jean-Luc Delarue où il y avait deux comédiennes très connues. Jean-Luc, qui adorait ce que je faisais (je venais de sortir le disque des chansons de Oui-Oui), demande à ces comédiennes de me donner la réplique sur Bonne nuit les petits je crois. Et les filles ont dit non, ce n’est pas le même métier. Ces gens-là aujourd’hui, ils viennent faire du doublage. Mais pas au même prix que le mien (rire).

  • GBG : À votre avis, quelles sont les différences entre jouer un rôle uniquement à la voix ou jouer un rôle au théâtre ou au cinéma par exemple ?

Brigitte Lecordier : C’est le même métier mais complémentaire. On peut faire de la voix et on peut faire du théâtre ou du cinéma de la même façon.

  • GBG : J’ai toujours été fascinée par le travail de la voix et j’avais une question, comment fait-on pour moduler sa voix et la rendre unique pour chaque rôle ? Et surtout, comment fait-on pour la retrouver instantanément ?

Brigitte Lecordier : Je me base sur les caractères des personnages en fait. Toriyama a dessiné des personnages très caractéristiques. Si tu prends Goku et Gohan, finalement, ils ont la même voix mais ils n’ont pas le même tempérament, donc je ne les joue pas de la même façon. Mais c’est uniquement une question de tempérament, ce n’est pas du tout une question de voix. Si tu mets les deux voix l’une sur l’autre, je suis sûre qu’elles se ressemblent, mais c’est la façon de jouer qui est différente.

Gohan doublé par "Brigitte Lecordier"

Même pour Goten et Trunks, il y en a un qui est un plus grand que l’autre, l’un qui est guerrier et l’autre qui est tout tendre, tout mignon. Ils sont toujours en train de se battre, mais Goten n’aura jamais le dessus sur Trunks qui est trop belligérant. C’est comme ça que tu vas les différencier. J’arrive à les retrouver grâce à l’image que j’ai d’eux dans la tête. Je les connais par cœur, ça fait trente ans que je vis avec eux, l’air de rien !

Goten et Trunks doublés par "Brigitte Lecordier"
  • GBG : Vous avez toujours fait de la direction d’acteurs et vous continuez le doublage. Continuez-vous le théâtre également ?

Brigitte Lecordier : Oui, à chaque fois qu’on me le propose. Pour l’instant, ça fait un moment que je n’ai pas remis les pieds sur scène. Mais j’en ai très envie !

  • GBG : Et dans tout ce que vous avez expérimenté dans votre carrière, qu’est-ce que vous avez préféré faire ?

Brigitte Lecordier : J’ai aimé tout ce que j’ai fait, vraiment. C’est ça qui est chouette dans mon métier, c’est qu’il est très très ouvert, très éclectique. Un jour, t’es à la radio, le lendemain au cinéma, le jour d’après tu fais une pub, puis tu te mets sur une chaîne Youtube et à chaque fois c’est des rencontres. Regarde où on est aujourd’hui, à la Japan Expo, c’est pas le bonheur ça ? (rire)

Retrouvez notre retour sur la Japan Expo 2022 ici !

  • GBG : Vous avez lancé votre chaîne YouTube et votre chaîne Twitch qui sont extrêmement intéressantes, où vous parlez de votre métier. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ces nouveaux médias ?

Brigitte Lecordier : C’est un peu l’inverse en fait, c’est un outil. J’avais les “Allo, c’est Ninou ?” que j’avais fait pour Canal Plus, et qui avait été diffusé pendant un an ou deux, et je m’étais dit c’est tellement dommage, c’est des petits bijoux et ils vont être dans un tiroir. Je me suis demandée ce que j’allais en faire et je venais juste de travailler avec Cyprien sur l’Épopée temporelle. Du coup, j’en parle à Cyprien, je lui ai demandé ce qu’il ferait avec les “Allo, c’est Ninou ?” et s’il pensait que ça avait sa place sur Internet. Il m’a répondu : “C’est évident ! Et il faut que tu fasses une chaîne YouTube, que tu parles de doublage, ça va intéresser tout le monde.” Il avait bien raison !

Retrouvez la Chaîne Twitch de Brigitte Lecordier ici !

  • GBG : Et il avait totalement raison, si vous ne connaissez pas je vous suggère d’aller vous abonner à la chaîne de Brigitte parce que franchement, c’est une mine d’or d’informations.

Brigitte Lecordier : Merci ! Et c’est chouette car grâce à ça je peux parler effectivement de mon métier, mais je peux en parler différemment de ce que les gens voient, en montrant ce qui est derrière, comment on fait tout ça et surtout pourquoi moi j’ai fait tout ça.

Retrouvez la Chaîne YouTube de Brigitte Lecordier ici !

  • GBG : Comment on passe de “Allô c’est Ninou”, “Bonne nuit les petits” ou Oui-Oui à Peepoodo ?
Le logo du studio "Bobbypills"

Brigitte Lecordier : C’est logique, j’ai commencé ma carrière avec Dragon Ball, Oui- Oui, et ces gens-là, ils ont grandi avec moi. Aujourd’hui, ils font du dessin animé, ils font de la production, des films, des podcasts, des chaînes Youtube, ils font toutes sortes de choses et du coup ils ont envie de travailler avec moi. Balak, pour le nommer, et tous les Bobbypills, quand ils ont fait appel à moi pour les Kassos, ils étaient tous fous dingues de me rencontrer, ils avaient tous envie de travailler avec moi parce qu’ils me connaissent depuis qu’ils sont tout petits, ils m’ont dans l’oreille et donc comme il y avait des rôles de gamins, ils se sont dit : “Il faut que ce soit Brigitte !”.

"Balak" Créateur du studio Bobbypills

Mais ils n’osaient pas trop m’appeler parce qu’ils se disaient que j’allais leur demander un paquet de fric. Et comme évidemment moi, il n’y a que l’argent qui m’intéresse… (rires) On a appris à se connaître et on a aimé travailler ensemble. On s’est connus sur les Kassos et Balak était en train d’écrire Peepoodo en se disant que pour ce petit personnage il n’y en a qu’une, c’est Brigitte. Donc il m’a appelé, c’était rigolo parce qu’ils n’osaient pas trop me demander et en même temps fallait que je dise oui puisque si je disais non, c’était la catastrophe car ils n’avaient pas de plan B.

Les Kassos avec "Brigitte Lecordier"

Ça a été un bonheur absolu que de faire ce petit voyou de hamster. En même temps, il est hyper mignon lui, il est très naïf. Limite, c’est même le plus soft de tous. Il ne dit rien, il apprend la vie avec ses copains. Bon, il a de drôles de copains, surtout cette espèce de taureau bizarre…

"Peepoodo" et ses amis
  • GBG : La chatte est pas mal non plus.

Brigitte Lecordier : Dr Lachatte ? Oui, c’est vrai que oui, et tout ce qu’elle dit est scientifiquement vrai à 300%.

"Dr Lachatte" dans peepoodo
  • GBG : Après, sa façon de le dire est géniale aussi !

Brigitte Lecordier : Oui c’est génial, elle est doublée par Jeanne Chartier qui est une excellente comédienne que j’admire et que j’estime beaucoup.

"Jeanne Chartier" double Dr Lachatte
  • GBG : Outre les personnages iconiques que vous avez doublé, y en a-t-il un moins connu pour lequel vous avez un affect particulier et que vous aimeriez mettre en lumière aujourd’hui ?

Brigitte Lecordier : Il y en a plusieurs, mais celui qui me viendrait à l’esprit c’est Conan le fils du futur. Conan, c’est un des premiers Miyazaki qui est arrivé en France. J’ai eu la chance de l’incarner, alors bizarrement à l’époque puisque comme les chaînes ne connaissaient pas Miyazaki, ils ont eu le culot de couper ses films par séquences de 5 minutes. Je ne les ai jamais revus mais à mon avis ce devait être un peu particulier. Et puis, j’ai eu la chance d’incarner ce personnage sur la série et c’est vraiment génial !

Conan voix de "Brigitte Lecordier"

D’ailleurs, j’ai fait une vidéo sur ma chaîne YouTube pour expliquer un peu ce qu’est ce dessin animé. En fait, c’est la genèse de tous les Miyazaki. Ça parle de la 4ème Guerre Mondiale, d’un monde un peu apocalyptique où il y a un grand-père et son petit garçon qui restent sur une île. Eux, ils vivent bien, ils savent ce qui s’est passé, mais la vie a repris son cours. Ils pensent être seuls au monde et d’un seul coup il y a des gens qui arrivent et qui sont loin d’être très sympas. Le film a été remasterisé là et c’est passé chez ADN. C’est assez chouette.

"Conan" le fils du futur
  • GBG : Un bon souvenir de doublage que vous pourriez partager avec nous ?

Brigitte Lecordier : Bah pour moi, ils sont tous bons, je me suis toujours vraiment amusée. Après, ce sont toujours les derniers qui sont les plus chouettes. Pour Peepoodo justement, on s’est marré comme des bananes avec Balak et toute l’équipe, c’était quand même assez joyeux je dois dire.

L'équipe de "Peepoodo"
  • GBG : Et c’est libérateur, non, d’incarner un personnage comme ça ?

Brigitte Lecordier : Ah bah oui. Toute ma vie, j’ai eu envie de faire dire des gros mots à Oui-Oui ! Là, c’était autorisé alors et en plus j’étais payée pour ça. J’ai eu beaucoup de chance en fait, j’ai incarné beaucoup de super personnages.

Peepoodo autre voix de "Brigitte Lecordier"
  • GBG : Je ne me rappelais pas qu’il y en avait eu autant, notamment Dans les Alpes avec Annette…

Brigitte Lecordier : C’est marrant, j’en ai signé ce matin et je me rappelais même plus que j’avais fait ça. Ah oui, Denis, le pauvre ! Je crois qu’il lui arrive tout, il se casse la jambe, son père meurt, sa mère est handicapée, son chien tombe malade… C’était l’horreur ! C’est peut-être pour ça qu’il s’appelait Denis d’ailleurs…

Denis incarné par "Brigitte Lecordier"
  • GBG : Je sais que l’on doit vous le demander à chaque fois, mais est-ce que vous auriez des conseils pour une personne qui souhaiterait se lancer dans le doublage ?

Brigitte Lecordier : Si tu as envie de faire du doublage, il faut absolument être comédien. Il faut prendre des cours, car quand tu arrives en studio il faut être hyper efficace tout de suite. Donc il faut savoir rire, pleurer, donner tous les sentiments qu’il faut par rapport au personnage que tu es en train de jouer. Après, il faut être courageux, prendre son sac à dos et aller dans les studios se faire connaître des directeurs artistiques, et ça c’est très dur. Mais comme dans le théâtre ou le cinéma cela dit, ce sont les métiers artistiques qui sont difficiles d’accès. Une fois qu’on est lancé, on est lancé, mais c’est des rencontres, c’est des coups de chance, et c’est beaucoup de boulot parce qu’il faut être performant.

Quand tu fais un essai, parfois tu as soixante candidats et il n’y en a qu’un qui sera pris et il faut que ce soit toi. Donc il faut arriver à convaincre tout le monde que c’est toi le meilleur. Et ce n’est pas parce que tu es le meilleur, c’est parce que tu auras donné envie de travailler avec toi. Il faut que ce soit évident pour les gens qui choisissent. Parfois, tu te demandes pourquoi il a été choisi ou pourquoi j’ai été choisi ? Tu ne peux pas le savoir. Moi, pourquoi j’ai été choisie pour Son Goku ? Je pense qu’il y avait d’autres filles qui avaient essayé, qui étaient très bien aussi. Pourquoi j’ai été choisie ? Je n’en sais rien…

  • GBG : Peut-être pour ce timbre de voix inimitable ? (rires)

Brigitte Lecordier : Certainement ! (rires)

  • GBG : Donc les cours de comédie, ça, c’est la base. Peut-on plus hésiter ou se tromper quand on joue sur scène ?

Brigitte Lecordier : Non, sur scène tu as tout un temps de répétition, ton texte tu l’as eu en avance, tu as répété et quand tu viens jouer sur scène tu connais ton rôle, tu sais ce que tu joues. Quand tu arrives en doublage, tu ne sais pas ce que tu vas jouer, sauf si c’est une série que tu as déjà faite. Mais les 3/4 du temps, ce sont des choses que tu ne connais pas, que tu vas découvrir, donc il faut être dans l’immédiateté.

  • GBG : En doublage, vous n’avez jamais le texte ou un script avant ?

Brigitte Lecordier : Non jamais. C’est au moment où tu vas le faire que tu le découvres. Des productions comme Peepoodo, j’ai eu le texte, ils m’ont montré ce qu’ils avaient envie de faire et on a répété avant, parce que c’est de la création française. Mais quand tu es en doublage, non. On t’appelle, on te demande si tu es libre mardi, et tu y vas. Puis on te dit: “maintenant, tu fais le gros monsieur rouge” et tu fais le gros monsieur rouge. Il faut être dispo et être immédiatement le monsieur rouge. Donc tu vois, il faut être vraiment bon comédien pour pouvoir tout de suite se dire “Ok j’y vais !”. Et c’est surtout le jeu qui est important puisque la voix elle vient toute seule. Mais le jeu ne vient pas tout seul, il vient avec le travail.

  • GBG : Et vous vous servez beaucoup de votre corps dans ces cas-là ?

Brigitte Lecordier : Bien sûr ! Bon, on se retient, on a des camarades à droite et à gauche quand même, mais tu es obligé de bouger, tu es très expressif. Quand on voit des sessions de doublage filmées, on voit que les acteurs sont très expressifs, souvent ils font la même tête que leur personnage.

  • GBG : Du coup, ça doit être plus dur pour le jeu vidéo, non ? Parce que vous n’avez pas les images.

Brigitte Lecordier : Oui, le jeu vidéo, c’est très particulier puisque là on travaille au spectre, c’est-à-dire que tu as un spectre qui fait une certaine longueur et soit il faut être exact, soit tu as une marge de 10 à 20%. Tu as une phrase à dire et il faut qu’elle rentre dans ce spectre, tout en essayant de comprendre à qui parle le personnage puisque tu n’as que des fichiers audios.

  • GBG : Et en plus, vous n’avez aucune référence sur ce qui s’est dit avant ou après ?

Brigitte Lecordier : Alors maintenant, les directeurs artistiques de jeux vidéos sont briefés et parfois des directeurs artistiques américains sont en ligne en même temps qu’on enregistre. De plus en plus, on sent la qualité qui s’améliore, il y a des animatics, etc, qu’il n’y avait pas avant. Malgré tout, parfois tu ne sais pas trop ce que tu joues, mais il faut y aller à fond.

  • GBG : En tout cas, on sent, à chaque fois que l’on écoute votre voix, que vous vous éclatez !

Brigitte Lecordier : Bah oui, j’espère bien.

  • GBG : Merci Brigitte de nous avoir accordé cette interview.

Brigitte Lecordier : Merci à toi.

Pour conclure…

Un grand merci à l’équipe de Japan Expo d’avoir rendu cette interview possible et à Brigitte Lecordier d’avoir gentiment accepté de répondre à nos questions.

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