Mon chien pour la vie est un manga one shot édité chez Doki Doki. L’auteure, Iriko Aoiro, sort la première édition de ce recueil en 2022 au Japon. Sur base de son histoire personnelle avec sa chienne, May, dont elle a eu beaucoup de mal à faire le deuil, la mangaka a voulu partager, en plus de sa propre expérience, les histoires d’autres personnes pour aider celles et ceux qui ont besoin de réconfort et de soutien pendant ce moment difficile.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.


A travers cinq petites histoires différentes, dont une première très biographique, l’autrice nous fait revivre toutes les émotions qu’il est possible de traverser lors de la perte d’un petit chien qu’on a aimé.
Récits Partagés
Je vous préviens, il va falloir sortir les mouchoirs et les mettre à côté de vous pendant votre lecture, car c’est plutôt intense ! L’éditeur dit lui-même avoir hésité à publier cet ouvrage, car leurs titres habituels sont plutôt feelgood avec les animaux. Cependant, ils ont trouvé le thème assez bien traité et d’utilité publique pour mettre en avant l’importance d’être entouré dans ce moment difficile. Si vous avez des animaux de compagnie ou en avez eu, Mon chien pour la vie va résonner en vous et vous arracher quelques larmes.
En effet, à travers cinq petites histoires indépendantes les unes des autres, nous allons revivre les meilleurs moments, mais aussi les plus difficiles entre un maître et son chien. Chaque relation va s’avérer unique, et sera tout aussi belle et touchante, peu importe l’âge du maître, ou la race du chien. Différents thèmes sont abordés en parallèle de la douloureuse perte d’un animal, comme par exemple l’euthanasie, le processus du deuil ou l’épanouissement personnel.
Chacune des histoires aura un canevas sensiblement identique avec la présentation du maître ou de la maîtresse à travers sa vie personnelle et les problèmes ou difficultés qu’il rencontre, sa rencontre fortuite ou pas avec sa boule de poils, les différents moments de connivences qu’ils traversent comme les promenades, les jeux, les moments câlins… Jusqu’à la maladie, les visites chez le vétérinaire, l’annonce de la mauvaise nouvelle, les traitements éventuels, les difficultés que cela peut engager jusqu’à arriver à la perte de cet animal aimé.
Enfin, le processus de deuil est abordé de différentes façons, car il n’y a pas de deuil mais des deuils. Propre à chacun. Heureusement, chaque histoire finit avec l’espoir et les souvenirs heureux vécus ensemble. Malgré un canevas plutôt similaire, chaque histoire a son propre style, son propre vécu, ce qui les rendent toutes uniques dans leur genre, comme les relations que l’on a avec nos animaux. Lors de la première histoire, l’auteure nous apprend grâce à une note en bas de page comment adapter un âge chien en âge humain. J’ai trouvé mignon qu’à chaque nouveau chapitre, l’âge humain de l’animal était noté, ainsi que son rôle familial (petite ou grande sœur, etc), ajouté à la race du chien ainsi que son petit nom.

Comment l’accompagner dans les derniers instants de sa vie, comment continuer à honorer ce que l’on a vécu avec lui, à quel point il a compté et nous a permis d’évoluer…
Doki Doki
Simplicité et émotions
C’est dans un format de manga classique, avec sa jaquette à rabats retirable, que l’on découvre Mon chien pour la vie. Le dos du livre comprend un résumé général, lui-même encadré par une image de chaque animal, son prénom, et un court résumé le concernant. Le style graphique est très classique, très simple et très sobre, ce qui sied bien au thème du manga. Sans fioritures, les dessins nous montrent l’essentiel. J’ai eu l’impression que le dessin n’était d’ailleurs là que pour illustrer le propos et non l’inverse.

En effet, le dessin pourrait être apparenté à une esquisse tant le trait peut sembler nerveux et à peine tracé par moments. Ce n’est pas un mal en soit, juste un style graphique, que l’on aime ou pas. On retrouve malgré tout les caractéristiques des shōjo, avec les yeux pétillants, les petits arrière-plans mignons, les chiens dessinés en version cartoon. On imagine facilement des couleurs pastel, des intérieurs ensoleillés, là où dans les moments plus tristes on se trouve face à un style plus mature, type seinen (toutes proportions gardées), avec la douleur et la tristesse représentées par les larmes, bien sûr, mais également des hachures noires et contrastées, les mots aussi ont leur importance.


C’est d’ailleurs sur le récit qu’il faut, je pense, s’imprégner car le style graphique, bien qu’agréable comme mentionné plus haut, reste parfois trop vague afin de représenter les émotions avec toute la complexité que certaines demanderaient. C’est donc plutôt une évocation poétique et “croquée” (ausens artistique du terme) de ces récits de vie (et de mort) qu’il faut voir ici plutôt qu’un travail documentaire poussé comme le ferait un mangaka au dessin plus abouti (qui eux s’illustrent souvent dans les récits historiques par exemple). J’ai trouvé la justesse de chaque relation de Mon Chien pour la Vie très bien rendue, très intimiste. Avec ce type de sujet, il n’y a pas vraiment besoin de s’attacher aux personnages pour pouvoir s’identifier à eux. Avoir vécu la perte d’un animal suffit à faire surgir notre empathie.
Perdre une animal de compagnie est toujours une épreuve douloureuse, qui doit aussi nous rappeler à quel point nous avons été chanceux de le croiser dans notre existence.
Doki Doki
L’Amour et le Deuil
C’était très émouvant pour moi de lire toutes ces histoires de Mon Chien pour la Vie. Je n’ai pas pu les lire d’une traite et ai préféré en lire par-ci par-là pour ne pas me retrouver noyée dans mes larmes. J’ai toujours eu des animaux, chiens ou chats, et la perte de l’un d’eux est toujours une épreuve, surtout lorsqu’on l’a gardé avec nous de nombreuses années, qu’on lui a parlés, etc. J’ai vraiment ressenti la douleur de ces personnes à travers leurs pertes, la soudaineté de leur arrivée aussi. Comme les animaux ne savent pas exprimer les choses, lorsque l’on se rend compte que quelque chose cloche, il est souvent déjà trop tard, ce qui rend l’épreuve encore plus rude. Tous ces doutes, ces peurs et émotions diverses et variées sont présents dans Mon chien pour la vie, et on les ressent à travers les différents protagonistes.
Au travers de cinq histoires courtes, nous accompagnons un maître et son chien dans leurs derniers moments ensemble. Ce récit de tranches de vie atypique et peu joyeux montre toute la force de l’amour qui uni un animal à son maître. Avec un style graphique plutôt simple, tantôt mignon, tantôt plus noir. Mon chien pour la vie aborde entre autres sujets le processus de deuil. Si vous n’avez pas peur de verser une larme pendant votre lecture, ce manga est peut-être fait pour vous !




