Editeur habitué du genre Yaoi, Taifu Comics revient une nouvelle fois avec un one-shot et une histoire d’amour douce et tendre qui fait fi des barrières. Le serpent et l’oiseau, disponible en librairie depuis le 30 mai 2025, nous raconte la romance improbable entre un moineau naïf et respirant la joie de vivre et un serpent albinos mélancolique. Pour cette critique nous avons entendu l’appel de la forêt et nous nous sommes rendus dans ses profondeurs à la découverte de ses habitants.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

La ballade du serpent blanc et de l’oiseau farceur
Quand Komazu, un jeune moineau naïf et intrépide, tombe nez à nez avec un serpent albinos, il pense que son heure a sonné. Cependant, Shiratô s’avère être un serpent bienveillant et doux qui lui sauve la vie. Intrigués, les deux animaux commencent alors à s’apprivoiser l’un l’autre, et découvrent avec fascination les particularités de leur espèce respective. Ce qui est différent de ce qu’ils connaissent, mais aussi ce qui est semblable… L’instinct de reproduction, par exemple. Mais a-t-on déjà vu un oiseau amoureux d’un serpent ?
Taifu Comics

Le serpent et l’oiseau commence alors que Komazu, un jeune moineau aussi exubérant que naïf, part un beau matin à la cueillette. Mais alors qu’il s’affaire à la tâche, il est surpris par une couleuvre albinos perchée dans un arbre. Alors que Komazu se retrouve coincé au sol et en danger d’être piétiné par une horde de sangliers, il appel au secour et à la grande de surprise de voir que c’est le serpent qui y répond. De retour chez lui, Komazu est intrigué par le fait que la couleuvre blanche l’ai laissé partir sans chercher à le manger, comme il l’a appris depuis son éclosion.

Reparti à la recherche de denrées, le moineau découvre un kimono au bord de la rivière et il se trouve que celui-ci appartient à Shiratô, le serpent qui lui a sauvé la vie la veille. Après une altercation entre les deux garçons, la couleuvre s’enfuit, laissant Komazu dans l’expectative et en possession de ses vêtements. De plus en plus étonné par les réactions de Shiratô, Komazu décide d’en apprendre plus sur ce serpent décidément pas comme les autres. Mais cet intérêt réciproque naissant ne risque-t-il pas de se heurter à la réalité des instincts primaires de ces deux animaux ? Un jeu entre la proie et son prédateur qui pourrait bien se terminer très mal…
Une plume au gré du vent
Le serpent et l’oiseau est la première publication en France de Nna Natuso, pseudonyme de la mangaka Aoi Hazuki, déjà auteur de Komorebi Shoutengai no Changing Wonder en 2021 et de Hana to Enbukyoku en 2022, n’ayant pour l’instant pas dépassé les frontières du japon. Prépublié dans l’archipel en 2021, dans le magazine Canna des éditions Printemps Shuppan, Le serpent et l’oiseau (Suzu Hebi Kyûairon de son titre original) est un titre aussi léger que ses protagonistes prenant pour décor un Japon traditionnel où les animaux, notamment les serpents, possèdent certains pouvoirs.


Chaque planche est admirablement travaillée et les décors sont très détaillés, à tel point qu’il n’est pas rare de s’arrêter sur case afin d’en examiner le dessin. Toutefois, cela ne nuit absolument pas à la lisibilité de l’action et apporte une certaine réalité à l’intrigue. Les personnages aux traits fins sont aussi attrayants dans leur forme animale qu’humaine et sous cette dernière, on peut y distinguer des éléments qui nous rappellent immédiatement à quelle espèce ils appartiennent. Un style graphique très poétique qui colle parfaitement à l’atmosphère de l’histoire et en réhausse les effets, se révélant dynamique et enjoué quand Komazu entre en scène et plus lent et contemplatif quand c’est Shiratô qui en est au centre.
Eclosion des sentiments !
Cela fait quelques années qu’à la rédaction nous chroniquons des mangas de chez Taifu Comics (Les Secrets brillent dans la Nuit, Ménage à deux, Grapefruit Moon, Swinging Hearts, …) et quand j’ai accepté de parler de ce titre, Le serpent et l’oiseau, je savais pertinemment à quel genre ce dernier appartenait. Toutefois, la curiosité a été la plus forte et bien que je n’ai encore jamais critiqué de Yaoi, je me suis laissée tentée. Bien m’en a pris puisque j’ai d’emblée été charmée par l’ambiance paisible, mais en même temps un peu mélancolique qui se dégage du titre de Nna Natsuo.

Il est assez perturbant de voir ces animaux qui passent assez souvent de leur forme humaine à leur forme d’origine, laissant derrière eux les vêtements qu’ils portent à cette occasion et surtout dotés d’appareils reproducteurs conformes à ceux de leur race même sous leur apparence humaine. Pour autant, j’apprécie grandement le contraste entre l’exubérance et la simplicité de Komazu (qui pour le coup possède vraiment une cervelle de moineau) et la réserve triste de Shiratô.
Ce dernier d’ailleurs, fait un cas de conscience de manger d’autres êtres vivants avec lesquels il peut interagir et même discuter, ce qui en fait un personnage torturé qui cherche sa rédemption en ne se nourrissant que très peu, voire pas du tout. Ce n’est d’ailleurs que dans sa relation avec Komazu et dans l’acceptation totale de celui-ci qu’il va finir par atteindre une sorte de paix intérieure, lui qui n’a toujours vécu que dans le remords et la tristesse de sa condition de prédateur. Cela dit, Le serpent et l’oiseau n’est pas triste non plus, puisque la joie de vivre de Komazu transparaît dans toutes les pages et amène même quelques moments comiques, que ce soit par sa maladresse ou sa naïveté, qui viennent un peu illuminer les planches.

On passe par beaucoup de sentiments à la lecture de ce one-shot et, en ce qui me concerne, c’est un sentiment de bienveillance et d’attachement à ce couple hors du commun qui m’a accompagné au fil de ma lecture. Certes le manga de Nna Natsuo est réservé à un public averti, car il contient tout de même quelques scènes de sexe, mais au final, je n’en retire qu’une histoire touchante qui fait du bien au coeur et que j’ai relue plusieurs fois, un peu déçue qu’il ne s’agisse que d’un one-shot. Un beau message d’espoir et d’amour qui m’a profondément émue et dont je vous conseille la lecture pour peu que le Boy Love ne vous rebute pas.
Avec Le serpent et l’oiseau, Nna Natsuo nous propose une histoire d’amour insolite entre un oiseau et un serpent, pourtant deux ennemis naturels. Parfaitement conscients de ce qui les sépare, nos héros vont devoir se battre pour pouvoir être ensemble, ce qui confère au manga une ambiance aussi joyeuse que mélancolique, du fait des caractères opposés de Shiratô et Komazu, tout en restant tendre et émouvant. Bien que réservé à un public averti (et oui ! l’instinct de reproduction est bel et bien présent), il serait dommage de passer à côté de ce Boy Love qui saura vous charmer tout autant que vous faire sourire. Une excellente lecture qui fait du bien au cœur.




