White Snake

La « Légende du serpent blanc » est sans conteste l’un des contes les plus connus de la mythologie chinoise mais également l’un des plus adapté, que ce soit au théatre, en film ou en animation. Il était donc logique pour le studio Light Chaser d’en faire le sujet d’un de ses films d’animation. Sorti sur les écrans chinois (et présenté au festival d’Annecy) le 11 janvier 2019, White Snake arrive donc au cinéma dans nos contrées le 9 février prochain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette œuvre ne manque pas de mordant.

Des serpents et des hommes

White Snake débute alors qu’une jeune femme tout de blanc vêtue échoue dans sa méditation pour atteindre l’immortalité. Afin de l’aider, sa sœur va alors lui donner une épingle à cheveux en jade qui va faire remonter à la surface les souvenirs de la jeune fille. Nous voilà transporté en plein cœur de la chine médiévale où l’on retrouve notre héroïne tentant d’assassiner un puissant sorcier qui puise son pouvoir en absorbant la force vitale de serpents. S’ensuit un combat épique avec un général, lui aussi doté de pouvoirs magiques, à l’issue duquel Blanca (car c’est le nom du personnage principal) est repoussée. Devenue amnésique, elle est recueillie dans un village de chasseurs de serpents par un herboriste nommé Xi Xuan. Commence alors pour elle un long chemin à la recherche de ses souvenirs. Une quête pour répondre à trois questions. Qui est-elle ? Quelle mission doit-elle accomplir ? Et d’où lui viennent ses étranges pouvoirs ? Elle ne sera pas seule dans sa quête, puisque Xi Xuan et son fidèle compagnon canin Doudou (caution humoristique du film) vont l’accompagner lors de son périple. Il est difficile de vous parler plus amplement de l’intrigue sans vous spoiler des événements importants, et il serait dommage de vous gâcher le plaisir de découvrir, au fil du film, la naissance de cet amour entre deux êtres qui n’étaient pourtant pas destinés à être ensemble.

Les deux personnages principaux de "White Snake"

Les références de White Snake

Car oui, à l’instar de la légende originelle, et malgré des combats extrêmement bien chorégraphiés rappelant ceux de films comme « Tigres et Dragons », le sujet ici est bien une histoire d’amour entre un humain et un démon serpent (mais ça, vous l’aviez sûrement deviné). Le conte, transmis oralement puis couché par écrit vers la fin de la dynastie Ming, narre l’histoire d’un démon serpent qui, sauvé par un homme, jure de lui rendre son bienfait. Quelques réincarnations plus tard, ayant pris la forme d’une belle jeune femme, le serpent retrouve son bienfaiteur et une histoire d’amour débute entre eux. Il est intéressant de noter qu’en fait l’action du film prend place avant le début de la légende et donne une interprétation sur le lien originel entre Blanca et Xi Xuan. La suite de White Snake, Green Snake (déjà disponible sur Netflix depuis le 26 novembre 2021), se déroule en partie après la fin de la légende. Finalement, celle-ci n’est que très peu illustrée dans les deux films. Mais ce n’est pas dérangeant, l’histoire étant assez intemporelle pour nous embarquer sans connaissances préalables. Elle représente également une excellente porte d’entrée vers le folklore chinois pour qui voudrait approfondir un peu le sujet. Les autres thèmes abordés dans le film, comme la place de l’humain dans la nature, sa relation avec les autres espèces, ou la question de savoir si la nature des êtres détermine ce qu’ils sont, sont des thèmes forts abordés avec beaucoup de délicatesse mais également avec une certaine noirceur. Le conflit entre les hommes et les démons est loin d’être aussi manichéen qu’il n’y paraît et l’on passe régulièrement d’un côté ou de l’autre des factions sans parvenir au final à choisir un camp.

Le parapluie est un objet important dans l'histoire de "White Snake"

La création du film

Le studio Light Chaser, qui se cache derrière White Snake, n’est pas vraiment un débutant en matière d’animation. Fondé en mars 2013 à Pékin par l’ancien dirigeant du site Tudou.com (genre de YouTube leader en Chine) Gary Wang, le studio affiche (depuis sa création) sa volonté de faire des long-métrages d’animation pour le marché international. Les premières productions du studio, comme The Guardian Brothers, Tea Pets et Oscar et le monde des chats, étaient clairement destinés à un public enfantin. Attention, avec White Snake ce n’est plus le cas. Par la dureté de certains propos, celui-ci se destine à un public plus âgé, voire adolescent, tout comme les autres titres qui suivirent : Green Snake ou encore Nezha Reborn. Et ce revirement n’est pas un hasard. Car si Light Chaser a fait de la retranscription des contes chinois en animation son fer de lance, il amorce avec White Snake un univers étendu. Depuis 2019, le studio s’est en effet mis en tête de réaliser deux sagas parallèles mais ayant le même univers et des personnages communs : la saga « New Legend », comprenant White Snake et ses suites (je dis « ses » car un troisième opus est plus ou moins annoncé lors d’une scène post générique de Green Snake) et la saga « New Gods » avec Nezha Reborn et Yang Jian (dont la sortie est prévue pour cette année). Il me tarde de voir toutes les connexions entre les films, même si à mon avis un peu de recherche sur les légendes et les protagonistes des différents opus seront nécessaires afin de bien comprendre les tenants et les aboutissants des différentes intrigues.

Mon avis

Les décors somptueux de "White Snake"

Avec White Snake, Amp Wong et Ji Zhao signent un film d’une grande beauté visuelle, rendant parfaitement hommage à la majesté des paysages de la région du Hunan au sud-ouest de la Chine. On se laisse porter par le scénario et, même s’il s’avère assez prévisible, ce n’est au final pas grave tant l’animation des combats est nerveuse et celle des moments plus contemplatifs empreinte de poésie. Certes, le film souffre de quelques longueurs et le personnage de Doudou n’a aucune plus-value dans l’histoire. Il semble n’avoir été rajouté que pour le prétexte d’avoir un personnage rigolo (ce qu’il n’est au final pas tant que ça). Malgré tout, découvrir ces deux héroïnes fortes et indépendantes (Blanca et sa sœur Verta), prêtes à tout pour protéger ceux qui leur sont chers, ainsi que leurs convictions, le tout servi par une musique digne de l’empire du milieu et des graphismes n’ayant rien à envier à un Disney ou à un DreamWorks, m’a séduite au plus haut point. J’ai passé une heure et demie dans un monde fantastique et onirique, et je vous recommande chaudement l’expérience.

Pour conclure…

De par son histoire et la qualité de sa mise en scène, White Snake a déjà tout d’un très bon long métrage d’animation. Ajoutez-y une bande son collant parfaitement à l’ambiance et des personnages charismatiques et vous obtiendrez un excellent divertissement. Si l’animation chinoise s’est faite discrète ces dernières années, elle nous prouve ici qu’elle est bien présente et bien décidée à se faire une place sur la scène internationale. Il ne nous reste plus qu’à découvrir les autres titres disponibles sur Netflix, tout en scrutant avec impatience les prochaines productions du studio.

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