Mutafukaz 1886

Mutafukaz 1886 est une BD de chez Ankama, plus précisément du Label 619. Il est édité chez Ankama Éditions et le premier chapitre est paru le 12 février 2021 en France. Ici, nous parlerons des 3 premières BD sur les 5 prévues.

Reboot de l’excellente série homonyme, Mutafukaz 1886 nous propose de retrouver nos chers Lino et Vince dans une aventure transposée dans un Far-Ouest aussi dangereux que la légendaire Dark Meat City. Alors ? Aventure de pistolero badass ou tire raté de pied-tendre ?

Mutafukaz 1886 - 3 chapitres

Locomotive historique

First things first, rendons hommage à la souche originelle. Mutafukaz premier du nom est une série de six tomes parus chez Ankama en la sainte année 2006. Et qui narre les aventures urbaines et contemporaines de deux marginaux dans une mégalopole tentaculaire. Le premier personnage de cette épopée qui mêle habilement catch mexicain, films d’envahisseurs et influences hollywoodiennes, c’est Dark Meat City, le décor fantasmé. Ville monde aux quartiers interlopes, aussi aiguisée qu’un cutter et puissante qu’une mâchoire de hyène. Cette cité saura broyer qui ne saura pas être suffisamment prudent. Ou suffisamment armé.

Nous y suivons donc les pérégrinations de Lino et Vince, deux jeunes à l’avenir incertain et au quotidien difficile. Appartement miteux, quartier ultra violent qui ferait passer “Les Guerriers de la Nuit” (Walter Hill, 1979) pour un épisode de Derrick, la vie n’est pas rose pour nos deux héros. Mais le pire reste à venir. Organisation secrète et super-pouvoirs ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Bref, pas de spoils ici ! Mais soyez certains que l’œuvre toute entière mérite vos deniers et votre temps, que ce soit les tomes papier ou le long métrage sorti en 2017. Tout un univers riche sorti du prolifique esprit de Guillaume Renard, aka Run. Il s’est vite imposé comme une figure de proue d’un renouveau de la BD hexagonale.

Le dernier tome de Mutafukaz est sorti en 2015 et de nombreux fans en étaient à se gratter les veines. Outre les excellents “Loba Loca” et “Puta Madre” qui avaient su les contenter, il était temps à Lino et Vince de refaire parler d’eux. Et cette fois au temps des cow-boys. Le western est à l’honneur au label 619, car il y a peu sortait le très bon Horseback 1861 : Unleashed States of America, de David Hasteda et Nikho.

La ruée vers l’or

Alors qu’en est-il de Mutafukaz 1886 ? Adios DMC (Dark Meat City, oui je fais des acronymes, je suis comme ça), et welcome Hawk Canyon. Nous retrouvons Lino et Vince dans cette autre temporalité qu’est le western. Quasi identiques aux versions 2006, ces visages familiers nous accueillent et embrassent notre nostalgie. Dès les premières pages, nous sommes dans l’ambiance : recherche d’or avec le tamis au bord de la rivière, évocation du roman d’Herman Melville “Moby Dick” et racket… pas de doute, on est bien chez Run. Que ce soit par le style graphique, sur lequel je reviendrais plus tard, ou la narration. Nous retrouvons de suite cette fragrance propre au Label 619. Une identité que beaucoup auront cherché à imiter sans jamais l’égaler.

Comme à mon habitude, je me ferais force de ne pas trop vous en dire. Respectant trop le travail des artistes pour venir gâcher quoi que ce soit avec la phrase de trop. Histoire de vous donner l’eau à la bouche, sachez que nos héros, sans oublier l’âne fidèle Burrito, auront à faire avec les Machos. Ces entités extra-terrestres issues de la matière noire de notre cosmos auront mis la main sur l’économie d’une Californie naissante, notamment via les compagnies minières. Et oui ! Les Machos ! Ces fameuses bestioles déjà présentes dans le Mutafukaz de 2006.

Aussi inquiétants soient-ils, cela fait également plaisir de les retrouver. Autant dire que l’aventure risque d’être mouvementée. Si vous ajoutez à tout ça une bonne dose bien sentie de Native Americans et d’une innommable société secrète aux trois lettres, vous obtenez pour sûr un cocktail jouissif. Poussière, saloon aux prestations particulières, duels, grands espaces et « bâtons qui crachent le fer”, tous les codes du genre seront là pour vous contenter.

Lire notre article : Freaks’ Squeele : tomes 1 à 7

Bullseye !!!

J’ai donc la chance et le privilège de pouvoir lire les trois premiers tomes de ce fameux Mutafukaz 1886 et, sans surprise, c’est une réussite. Qui pouvait bien en douter ? Le premier chapitre met de suite dans l’ambiance et on se délecte à replonger dans cet univers à la tonalité si singulière. Tous les codes sont là et on sent que cela a été fait avec amour et respect. Le rythme est bien mené et l’ennui n’a jamais le temps de pointer le bout de son nez. On comprend assez vite que l’histoire ne sera pas simple pour Lino et Vince et que leurs problèmes revêtent plusieurs formes.

Le deuxième chapitre a une tonalité plus amérindienne et est quelque peu plus posée. Ainsi sont évoquées toutes les brimades et horreurs qui ont été faites au premier peuple d’Amérique, et c’est glaçant. Pour rappel, on parle d’environ 60 millions de victimes. Quasiment l’équivalent de la population française. Ce massacre, d’après de récentes études, aurait même eu impact au niveau climatique global. Voila voila…

Le troisième chapitre est celui qui m’aura le plus marquée, voire même choquée. Je m’interdis de vous en révéler plus au risque de gâcher votre lecture. Mais certaines cases auront réussi à me glacer. Oui, on est bien dans Mutafukaz. Ça peut être très violent et sans pitié. Après le calme, tout relatif j’entends, du deuxième chapitre, ça fait l’effet d’une douche froide doublée de gifles de Bud Spencer. Ça réveille et ça fait mal. Donc au final, vous l’aurez compris, c’est un grand oui et j’ai hâte de lire la suite dès que possible. La fin sur laquelle je suis restée est un gros cliffhanger qui promet du très lourd pour la suite.

Deux Pistoleros dans le soleil couchant

Pour le premier arc Mutafukaz, Run se trouvait être au dessin et au scénario. Ce qui devait représenter un travail titanesque. Cette fois, pour le Mutafukaz 1886 donc, il délègue le dessin à Simon Hutt, avec lequel il avait déjà travaillé pour un Doggybags (#13). Côté scénario, Run nous sert un plat dont lui seul a la recette. On retrouve tout de suite sa patte. Pour ce qui est du début, on sent l’auteur en terrain connu. Mélangeant ses influences aux références, il accouche d’un récit solide et qui prête à de belles choses à suivre. C’est carré. La narration est en flux tendu et les pages s’enchaînent facilement (même si petite réserve sur un micro passage amerindien où le texte est envahissant). Pour le fond, on est bon, c’est solide. Alors qu’en est-il de la forme ?

C’est là que ça m’aura le plus interpellée. En réalité, le travail de Simon Hutt est si proche de celui de Run que c’en est confondant. Si le dessinateur n’était pas mentionné, il serait proprement impossible de penser qu’il s’agisse du travail de quelqu’un d’autre que Run. En soi donc, c’est super, on ne pourrait pas plus coller à l’esprit original. Mais… C’est une interrogation toute personnelle, et qui est arrivée dès les premières pages : Si c’est pour coller autant au style de Run, pourquoi est-ce que ce n’est pas lui-même qui dessine ? Niveau qualitatif, il n’y a rien à dire, Simon Hutt tient la baraque. Après, j’imagine qu’il y a la notion de temps, Run pouvant se consacrer à autre chose. Et en même temps, est-ce qu’un autre style aurait été profitable étant donné que les amoureux de la licence sont habitués à une charte graphique ?

Pour résumer, leur collaboration semble couler de source et le résultat final sonne comme une évidence. Et les deux parents peuvent être fiers de leur rejeton, même si ce dernier est méchant et violent.

Pour conclure…

Mutafukaz 1886 est, évidemment, une réussite, tant sur le fond que sur la forme. Les deux auteurs arrivent à nous proposer un récit solide et intéressant doublé d’un graphisme on ne peut plus proche du style original. Comme à son habitude, le label 619 nous pond des produits de très belle facture. D’ailleurs, une collector est disponible et elle est tout simplement magnifique. Que ce soit pour les fans acquis à la cause de Vince et Lino ou les néophytes (qui ont la chance de pouvoir découvrir ce monde), Mutafukaz 1886 est une œuvre jalon qui mérite sa place dans toute bédéthèque.

Pour finir, vous pouvez retrouver les 3 premières BD chez Ankama-Shop au prix de 4.95€ chacune et dont le 3ème titre “Chapter Three” est paru le 9 avril 2021.

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  • Cool ! Me voilà rassuré. Même si j’avais toute confiance dans ce spin-off/reboot, c’est toujours sympa de lire des choses aussi positives !